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La cíte de Bâle av qvatorzième siècle

donner des quêtes & des colleétes, de faire furtout diftribuer à la jeuneflé nécefliteufe des étotfes chaudes en vue de l’hiver qui s'approche ; ces étoffes portent le nom de drap des écoliers. Depuis cinq cents ans jamais, dans la cité bâloife, on n'a manqué à cet antique ufage ; quelle en eft La raifon ? Il rappelle à l'habitant de Bâle l’une des cataftrophes les plus mémorables qui aient jamais frappé fa patrie ; honneur aux defcendants qui ont accepté & acquittent fi religieufement les legs pies inftitués par leurs pères ! |

Le 18 octobre 13$6, Bâle fe vit renverfée par un tremblement de terre tel que des rues entières difparurent dans ce bouleverfement; peu de mai-

1 Bafel im viergehnten Jahrhundert. Gefchichtliche Darftellungen zur fünften Säcularfeier des Erdbebens am S. Lucastage 1356, herausgegeben von der Bafler hifiorifchen Gefellfchaft. Bafel,1856

fons demeurèrent debout & intactes, fi bien que le tremblement de terre de Bâle eft refté chez tous les chroniqueurs fuifles & étrangers comme une époque de mémoire néfafte. Des centaines d'infortunés périrent fous les décombres, des milliers d’autres étoient errants & fans afile à l'approche de l'hiver; la charité dut faire des merveilles pour fubvenir à tant de befoins, pour aider à tant de mifères : telle eft l’origine de la diftribution d’aumônes qui fe fait à Bâle régulièrement chaque 18 octobre. Il y a deux ans, en 18$6, cinq fiècles s'étoient écoulés depuis que le fléau avoit févi, & les Bâlois penfèrent que, pour fêter dignement cet anniverfaire mémorable, ils avoient quelque chofe à ajouter à leurs aumônes accoutumées; en préfence des transformations fubies par leur patrie, femblables à ces voyageurs qui veulent jeter un dernier regard fur une ville aimée, laquelle ils ne doivent jamais revoir, ils chargèrent cinq de leurs plus favants profeffeurs de tracer le tableau de ce qu'étoit la cité au moment où elle fut détruite, monument commémoratif de la ville de Bâle des anciens jours à la ville de Bâle de l'avenir. C'eft là ce qu'ont fait, avec un talent remarquable, le profeffeur Fechter qui, donnant la topo- . graphie de Bâle avant 1350, nous fait parcourir fes rues, racontant ce qu'étoient à cette époque les mœurs & les ufages; le docteur Théodore Meyer-Mérian, qui place le lecteur au moment de. la grande pefte qui défola l'Europe, & eut pour fuite la perfécution des Juifs & les promenades

AV. QNAPORZ'EME MECELE: $

des flagellants; le profeffeur Wackernagel qui donne, d'après les chroniqueurs, les différents récits du tremblement de terre ; le profeffeur Charles Schmidt de Strasbourg, qui fait l’hiftoire de Nicolas de Bâle, ce premier réformateur, & de fes adeptes connus fous le nom des cAmis de Dieu; enfin MM. les profeffeurs Jean Schnell & Wackernagel, dont l’un a traité de la légiflation, laquelle régiffoit alors Bâle, & l’autre, parlant de l’art en ce temps, a dit ce qu'étoient Le peintures fi connues fous le nom de Danfes des Morts. Tel eft le livre dont vous nous avez chargé, Meflieurs, de rendre compte, tâche que nous avons entreprile avec d'autant plus d empreflement, qu'avant d’être appelées à à devenir parties intégrantes d’une même patrie, une conformité de deftinées & d'intérêts ont fait de Bâle & de Genève deux fœurs, dès longtemps unies par les liens de l'amitié.

La cathédrale de Bâle, dont les hautes tours couronnent l'architecture, & qui domine elle-même la colline & le Rhin, fut, dès la fondation dé la ville du moyen âge, le premier noyau autour duquel font venus fe grouper tous les autres bâtiments, puis fucceffivement la ville entière. Là, autour du lieu d'habitation de l'évêque, prélat influent, tous les dignitaires de l’Eglife choifirent leur demeure, & il fe forma un rudiment de ville appelé Bourg, enclos de murailles. L’autre ville, la véritable, fut auffi féparée à fon tour de fes faubourgs par de hautes & fortes murailles deftinées

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à la défendre des ennemis extérieurs ; elles étoient percées de diftance en diftance par des portes qui fe fermoient au couvre-feu; nous ne parlons pas ici du petit Bâle, bâti de l’autre côté du Rhin fur la rive droite.

Le bourg ou château, ca/frum, dans les vieilles chroniques, comprenoit toute la place qu'occupoient la cathédrale & les bâtiments avoifinants; c'eft là que l’évêque, prince & feigneur de la ville, avoit fa réfidence, & quand la bourgeoifie de Bâle, le dimanche avant la Saint-Jean, montoit au château pour prêter ferment à l'évêque, on difoit vul: gairement qu'elle alloit à la cour.

Ce caftrum formoit un carré long, dont le côté nord-eft aboutifloit à la pente au-deflus du Rhin, mais dont on ne fauroit plus déterminer aujourd'hui exactement l'étendue précife; fes murailles étoient défendues par des tours, notamment par la tour rouge de Saint-Ulric, qui furmontoit la porte d'entrée & {ervoit de prifon à ceux qui avoient encouru la difgrâce de monfeigneur. Dès qu’un délinquant avoit été mis dans la tour rouge, le maire tendoit devant la porte un fil de foie dont il affujettifloit les deux extrémités au moyen d'un peu de cire ; les gens de l'évêque étoient chargés du foin du prifonnier, l’écuyer veilloit à fes chevaux, le majordome lui fournifloit la nourriture, l’écuyer tranchant du vin, le chambellan des habits; pour l’accufé, il demeuroit dans fa captivité jufqu'à ce qu'il plûüt à l’évêque de la faire cefer. S'il quittoit la prifon fans permiffion, fes droits &

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fes vaffaux pafloient à fon héritier ; lui-même on le déclaroit hors la loi, on le conduifoit jufqu’à une des portes de la ville où on lui remettoit un pain dans un fac en lui confeillant de s’en aller plus loin. La cathédrale & les bâtiments qui l'entourent, avec leur enceinte de murailles & de tours, devoient offrir à cette époque un afpeét qui rappeloit fort le nom de caftrum ou de château qu’on lui donnoit. Ce caftrum fut d'abord le lieu de demeure prefque exclufif des valets de l'évêque & de leurs ferviteurs à eux-mêmes, moins leurs femmes obligées de réfider en dehors des murailles; plus tard cette fuite de l’évêque fit place aux chanoines qui occupèrent certain grand bâtiment en communication avec la cathédrale. Meflieurs les chanoines, s'étant trouvés trop à l’étroit, obtinrent la permiffion de rompte leur communauté & de s'établir dans les maifons avoifinantes ; leur ancienne demeure n’en continua pas moins de porter le nom de cloître, & les habitations y attenantes s’appelerent curie clauftrales. Tout le mas de maifons entourant la cathédrale, propriété particulière de l’évêque, étoit un lieu de franchife où Le bras de la juftice féculière perdoit fon pouvoir. | C'eft en l'an 917 que les premiers documents font pour la premiere fois mention d’une cathédrale à Bâle ; brûlée à cette époque dans une invafon des Hongrois, c'eft à l'empereur Henri II que, fuivant la tradition, revient le mérite d’avoi de 1010 à 1019 relevé l'églife épifcopale; mais victime comme l’autre d’un incendie, il n’eft rien

Ld

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refté du monument dû à la piété de l’empereur;

la cathédrale, rebâtie enfin pour la troifième fois vers la fin du douzième fiècle, réfifta au tremblement de terre qui, cinquante ans plus tard, renverfa la ville; c’eft la même églife qui, de nos. jours encore, fait à fi jufte titre l’orgueil de l'antique Cité: co du patriotifme des Bâlois, elle vient récemment, grâce à leurs dons, de s AAANUeT lir encore & d’être reftaurée.

Nous fuivons notre auteur & nous fortons de la cathédrale ; voici devant nous le bâtiment appelé la Maïfon de l'évêque, bien que celui-ci n’y fit pas conftamment fa réfidence. Ici d'ordinaire partout le filence & la folitude, fauf à de certains jours de l’année, comme à la Saint-Martin, par exemple, où le bailli, le maire & leurs fubordonnés venoient faire un petit repas chez l'évêque avant de prélever dans la ville le denier qui revenoit à monfeigneur, ou quand un homme de métier arrivoit, bannières déployées, entouré de fes ouvriers, pour fe faire recevoir dans la bourgeoife. À cette époque, en effet, les différentes claffes de la population formoient des catégories fort tranchées : en haut, c’étoit le prince-évêque avec fes ferviteurs, la plupart chevaliers ; après fe plaçoient les bourgeois ou patriciens, qui fe livroient au commerce & fournifloient les huit confeillers qui, avec les chevaliers, ont longtemps compofé feuls le Confeil ; auffi leur donnoit-on le nom de cAchrburger ou (es huit bourgeois; enfin venoient les artifans, tous divifés en corporations ou maïtrifes.

Quand

Quand un artifan, connu depuis longues années par fa conduite & fon refpeét pour la maïfon de Dieu, avoit envie de fe faire recevoir bourgeois, il devoit fe rendre, entouré de fes valets, avec trois chevaux bien équipés, devant la Maifon de l’évéque. Là, maitres & valets mettoient pied à terre, le pétitionnaire préfentoit à genoux fon placet à monfeigneur, & fi fa demande étoit agréée, le nouveau bourgeois laifloit fes chevaux & s’en retournoit à pied ; c’étoit une faveur fpéciale de la part du prélat de reftituer un des chevaux ; il le rendoit en difant : « Va, retourne-t-en à cheval, & fois femblable aux chevaliers & aux valets nos ferviteurs ; tu peux avoir le Confeil de Bâle fi tu veux y être le bienvenu. » Sur quoi le nouveau bourgeois fe retiroit.

Mefieurs les chanoines, comme nous l'avons dit plus haut, demeuroient enfemble ou dans des bâtiments voifins; ils mangeoient en commun; & deux fois l'an, a Noël & à Pâques, ils étoient régalés quatre jours de fuite par Le prévôt du chapitre; certain vieux document, confervé au travers des fiècles, nous permet de rétablir ici le menu du feftin.

Les chanoines étoient au nombre de vingtquatre, & pendant les quatre jours fériés le prévôt étoit tenu de tuer par jour un cochon pour huit chanoines. Voici comment fe décompofoit le repas: au premier fervice, ferculum, on fervoit les jambons, gambæ pofteriores, les pieds & la tête en gelée, falacium ; au fecond on fervoit la viande de

porc hâchée & affaifonnée de neuf épiceries différentes, quod novem recipit confeliones, & quatre efpèces dé faucifles de foie, de poumons, &c., auxquelles on ajoutoit la hôte: les joues & L dos de l'animal, le tout, dit le doute convenablement poivré; au OU ième fervice paroifloit de la viande fumée fur des choux ; au quatrième, un cochon de lait bien poivré; au cinquième fervice, les rôtis étoient apportés en pompe; au fixième venoit une part de fanglier entourée de gibier ; au feptième, de la venaifon à la moutarde ; au huitième, enfin, on fervoit des pois cuits avec des œufs, du lait & du fang; le repas fe terminoit par des NES de porc, fparula, bouillies d'abord, rôties enfuite. Si le dîner des chanoines cé fur un des jours maigres, feria fexta, les viandes fe remplaçoient par des faumons en gelée, des perches à la moutarde, des faumons à l'huile, des truites au vinaigre, dé brochets poivrés & cuits à l'huile. Chaque convive, en outre, recevoit des gaufres, oblara, & un pain de trois 1e plus à midi un gobelet de vin blanc & un demi-quartaut, foit quatre mefures de vin épicé ; enfin, pour fon repas du foir, chaque chanoine avoit encore la moitié d’une poule avec un petit pain, des gâteaux & des fruits, deux gobelets de vin ordinaire & le tiers d’un quartaut de vin rouge chargé d'épices. (pigmenris).

Cependant il eft temps que nous quittions la table fi fomptueufement fervie des chanoines... Quel eft ce bruit? On court, on veut voir, la foule

s’aflemble, elle eft avide de contempler les Confeils de la ville de Bâle qui vont prêter au princeévêque, leur feigneur, ferment d’obéiffance. Cette cérémonie avoit lieu le dimanche avant la Saint- Jean-Baptifte. Déjà La veille le maître d'hôtel, l'écuyer tranchant, le chambellan & le valet de l’évêque avoient pofté fur la place du marché, devant l'hôtel de ville, quatre chevaux montés par des hommes de fervice qui, la nuit venue, cédoient la place à quatre huifliers; ceux-ci parcouroient, bâtons levés, les rues de la ville, ordonnant aux maîtres & aux valets de comparoître le lendemain par devant Sa Grandeur l’évêque. On a, pendant ce temps, dans la réfidence de monfeigneur, élevé extérieurement, contre le pilier de cette chapelle de la cathédrale qui portoit le nom de Pierre d'Af pelt, un fiége haut de trois ou quatre degrés recouverts de tapis ; devant les degrés fe drefle une peute colonne de fer fur laquelle repofe Le livre des Evangiles. Le dimanche matin, au fof des cloches, quand les vieux confeillers & le chapitre ont pris leur première réfection chez l’évêque, celuici revêt fes habits pontificaux les plus fomptueux & fe rend aux degrés qu’il monte. Les chanoines nouvellement élus jurent fur les Evangiles, les Laïques jurent en levant feulement la main; puis on apporte une croix fur laquelle le bourgmeftre, le chef des maïîtrifes & les confeillers prêtent ferment d'obéiffance à l'évêque & au chapitre ; le fecrétaire de la ville lit l'acte des franchifes & libertés de la cité, fur quoi le nouveau bourgmeftre & les

confeillers offrent leurs félicitations au chef des maïtrifes que vient d'élire l'évêque, &z lui ayant pofé une couronne fur la tête, ils lente & le régalent. Après le repas, le ol élu eft conduit par le fous-fecrétaire & par les huifliers de La ville dans les différentes maîtrifes où il reçoit des compagnons le ferment de fidélité à l’évêque, tandis qu'il leur donne la miflion d'envoyer un maître les repréfenter dans les Confeils ; c’étoit la clôture du grand dimanche de la Saint-Jean-Baptifte. /

Nous franchifons la tour de Saint-Ulric pour pénétrer dans la ville même de Bâle, dont les rues aboutiffent pour la plupart à la muraille du caftrum comme au centre d’un éventail. Les couvents étoient nombreux à cette époque: nous paflons fucceflivement devant celui des Auguftins, où fe tenoient des differtations favantes, devant l’églife Saint-Ulric, puis plus loin devant le nouveau grand hôpital où des béguines remplifloient dans cetemps auprès des malades le rôle que rempliffent aujourd'hui les fœurs grifes ; au grand hôpital étoit joint un bâtiment appelé l’Aôrellerie des malheureux, où l'on recevoit les eftropiés ; pour les infortunés privés de leur raifon, ils étoient regardés comme poflédés du démon, & le guet avoit charge d'en délivrer la ville; RU lit-on fouvent dans les comptes du Confeil : « Chaffer un fou ; à Jean le fourd pour l'avoir mis hors à coups de verge, cinq fous.» Apres le grand hôpital venoit le couvent des Francifcains; mais avant de nous engager plus avant

ANS OQNWATORZTEME SIECLE. 13

dans le vieux Bâle, arrêtons-nous un inftant & examinons ce qu'étoient à cette époque les habitations, leur conftruction & leur afpect.

L'extérieur des maifons offroit alors un autre coup d'œil que de nos jours ; le plus petit nombre étoit en pierres, Le plus grand étoit en bois. Bâle n’avoit dans fon enfemble, fes bâtiments & fes murailles qu'une apparence mefquine ; les habirations des particuliers, petites & folidement conftruites, n'étoient percées que de peu de fenêtres étroites ; auffi ne devoit-il régner à l’intérieur qu'une forte de demi-jour, d'autant que, jufqu’au milieu du quinzième fiècle, les vitres furent remplacées par un cadre de bois tendu d’un parchemin huilé; on ne rencontroit des vitraux coloriés que dans les demeures des riches, dans les églifes & dans les couvents. L’ufage des volets ou contrevents femble avoir été inconnu dans ce temps où des auvents en tenoient lieu & garantifloient les fenêtres de la pluie; ils étoient même fi faillants qu'on profita de la circonftance du tremblement de terre pour exiger qu'ils fuffent moins larges. Chaque étage dépafloit celui qui étoit au-deflous, & on comprendra combien les rues étroites devoient être fombres & mal aérées fi l’on ajoute que les toits étoient fi proéminents qu’une ordonnance des Confeils dut interdire de les faire avancer de plus de quatre pieds; ces toits, pañlablement plats, étoient couverts en écailles de bois que nous nommons tavillons, ou en chaume. Nous ne parlons ici que des maifons fervant de demeu-

res aux bafles claffes ou à la petite bourgeoifie ; toutes fe refflembloient, & leur ligne uniforme n’étoit ici & là interrompue que par quelques habitations de nobles aflez femblables à des châteaux forts avec des gargouilles de pierre & de hautes cheminées hiftoriées où nichoient les cigognes : la façade de ces maifons nobles étoit ornée de peintures plus ou moins fantaftiques, d’une chimère, d’un lion, de diables, de diablotins, d’un foleil ou d’une rs

Tel étoit l'extérieur : A ne dans l'intérieur de quelque demeure de modefte apparence, & voyons quel tableau il nous offrira. Il n’y avoit guère qu'une pièce qui fervoit à la famille de lieu d'habitation & pour prendre fes repas; de grands veftibules & d’autres chambres fans deftination occupoient le refte de l'efpace. Dans cette falle commune régnoit alentour des murailles un grand banc de bois, devant lequel fe drefloit une longue table aux ue mañlifs ; on voyoit encore D fiéges de bois pofés fur un plancher carré femé de menue paille ou de joncs; on ufa pendant longtemps, même pour la falle des Confeils, de ce genre de couverture. L'hiver, la Hbc étoit chauffée par un feu de At où l’on brüloit du thym afin d'en corriger les vapeurs malfaifantes. Les poêles ne devinrent en ufage à Bâle que vers la fin du quinzième fiècle, &, nous dit l'auteur, on avoit foin, pour répandre une bonne odeur, de placer des pommes dans la cavette ou des baies odorantes. Des oifeaux en cage ani-

moient la chambre, tandis que d'autre part, contre la muraille, le gros tonneau à bière, & fur une étagère les canettes brillantes & les plats d’étain bien polis réjouifloient les yeux des vifiteurs ; car, pour les gobelets d'argent cifelé, les tafles précieufes, on les tenoit foigneufement ferrés dans quelque bahut avec les habillements, les chaperons & les fourrures. Contre la muraille fe trouvoit en outre quelque grand lit avec fes oreillers & fes duvets ; toute cuifine en ce temps n’avoit pas fa cheminée ; la fumée en plus d’un endroit alloit où elle pouvoit chercher fon iflue vers le dehors. f |

Nous avons dit ce qu’étoient les maifons,voyons comment s’habilloient leurs habitants. Les hommes comme les femmes fe vêtoient généralement de drap ; les hommes paroifloient en public en manteaux & avec une forte de long pourpointap-. pelé rappharr, qui, l'hiver, fe doubloit de fourrures & fe garnifloit fouventen bas d’une frange ou de bandelettes ; fous le pourpoint on portoit des culottes qui n'étoient cependant, paraît-il, que l'attribut des gens riches. Le manteau fe trouvoit retenu au moyen d'une ceinture où l’on pañloit, fi l'on en avoit obtenu la permiffion, un couteau dont le Confeil déterminoit la longueur; la tête étoit couverte d'un chapeau conique furmonté d’une plume; les plus riches y ajoutoient comme ornements de l'or, de l'argent, de l'émail & des perles. Dans les occalions folennelles, comme à la proceffion de la Fête-Dieu, le chef des confeillers ne

fe montroit en public qu'avec un petit chapeau qui portoit le nom de rchappeline. Les fouliers des hommes, de même que ceux des femmes, fe terminoient en une pointe relevée ou en bec; quand la culotte étoit de peau, il y avoit pour fire de le genou un renflement artificiel, & fi alors les pauvres, comme ceux de nos jours, alloient nupieds ou en fabots, les riches en revanche avoient des fouliers artiftement découpés.

Les manteaux des femmes nommés rappharts, comme ceux des hommes, étoient pour les élégantes de velours ou dé foie unie, munis de longues queues traînantes, ainfi que de manches fendues & flottantes; les femmes Les plus vaines de leur toilette avoient des garnitures de fourrure, des treffes d’or, ou fe faifoient coudre fur leur manteau des lenue d’or, des images d’oifeaux & des fleurs. Les robes étoient rayées & fendues, & quelquefois fi fort ouvertes par le haut que les épaules fortoient nues; un cordon ferroit la taille, & un scheppel, ou chapeau conique, auquel s’adaptoit un voile d’une longueur & d'une largeur déterminées que bordoit une guipure gaufrée, recouvroit la tête. Les jeunes filles laiffoient pendre leurs cheveux en trefles fur leur dos, & il n’étoit pas rare d'en rencontrer qui, pieds nus & une couronne fur la tête, {e rendoient à l'églife. L'or, l'argent, les pierres précieufes, les Docles he chaînes ne les rubans fervoient à orner chapeaux, ceintures & manteaux, & l’on voyoit des femmes, voulant trancher du bel air & finger les

mœurs

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