‹ La cité de Carcassonne (Aude) (volume 2)Chapitre 10 sur 26 · TOPOGRAPHIE · texte numérisé non relu

TOPOGRAPHIE

La paroisse et commune de Bazouges - sur - le - Loir est située sur la frontière sud -ouest du département de la Sarlhe, à douze lieues du Mans ; elle fait partie de l'arrondissement et du canton de La Flèche. Son tcrritoiie, cpii dépendait autrefois de la province d'Anjou et de réleclion de La Flèche, ressortissait d'une part à la juridiction ih' cette ville et d'autre part à la juridiction de Baugé. Le ruisseau de la Daufardière qui coupait le hourg en deux, formait la limite.

Bazouges est borné au nord et nord • est par Grosniièies ; à l'est par Verron et La Flèche ; au sud et ausud-est-par Cré-sur-le-Loir ; enfin , au sud-ouest , h l'ouest et au nordouest par Durtal, commune du département de Maine-et- Loire.

L'élymologie de Bazomjes est bien connue ; ce nom vieni du mot latin Basilica^ qui désignait l'édifice, où les magistrats rendaient la justice ; il implique donc, pour les localités

qui le portent, une origine romaine et une importance primordiale déjà considérable. L*hypothèse est d'ailleurs fort bien justifiée dans Tespèce ; car il est très certain que les Romains ont eu , dans l'angle formé par le ruisseau de Verdun et la rivière du Loir, un vaste établissement avec camp retranché, atelier monétaire et autres dépendances. L'emplacement de ce camp , dont on retrouve encore la disposition, est presque totalement situé sur la commune de Cré, voisine de celle de Bazouges.

Le territoire de Bazouges s'étend principalement sur la vallée du Loir et remonte jusqu'au sommet du coteau qui borde la rive droite de ce cours d'eau.

Les alluvions modernes qui longent la rivière, sont éminemment propres aux prairies et à la culture des légumes ou des chanvres; elles sont suivies, du côté gauche, par des grès verts également fertiles, et, du côté droit, par des alluvions anciennes. Vers le pied du coteau s'étendent des grès verts appartenant aux zones supérieure et moyenne. Enfin, le coteau lui - même est composé d*argiles à nodule siliceux , de grès , de sables crétacés et de craie tuffeau disposés en bandes parallèles.

Ce versant, bien exposé au soleil, est couvert de vignobles, dont le produit considérable forme une richesse pour le pays.

Trois mouHns, celui de Bazouges, celui de la Barbée, celui des Moulins-Neufs , amènent aussi, dans les environs, un assez grand commerce de céréales et de farines.

Le Loir décrit, à travers le territoire de la commune, une vaste courbe en forme d'S. Il reçoit du coteau, riche en eaux vives, quelques petits affluents qui portent les noms de Fontaine, de Mondagran et de la Daufardière, La rive gauche en fournit un beaucoup plus important, appelé le Verdun .

Le Loir baigne les maisons du bourg, souvent à plus grands flots que ne le souhaiteraient peut-être le» pro-

priétaires. Mais comme ils doivent oublier leurs ennuis de l'hiver, lorsque, l'été venu, ils vont, au milieu des jardins en fleurs , contempler la délicieuse perspective , que les vertes prairies, les arbres touffus, la cascade du moulin et la nappe d*eau miroitante, offrent aux yeux ravis !

La nouvelle ligne du chemin de fer de La Flèche à Angers enserre le bourg au plus près , du côté opposé à la rivière.

Enfin, la grande route du Mans à Angers, le traverse en longeant une pittoresque église, une place plantée d'arbres et quelques vieilles maisons à pignons sculptés.

De belles routes bien entretenues, serpentant, comme des allées de parc, à travers les prairies, les bois et les vignes, relient Bazouges aux villages voisins, Verron, Crosmières, la Chapelle-d'Aligné, les Rairies et Cré.

A part les progrès amenés par la ci\ilisation matérielle du XIX® siècle et le développement des constructions, le bourg présente le même aspect général qu'autrefois. Un plan de 4770, conservé aux archives de la Barbée, permet de comparer la topographie ancienne avec la topographie actuelle et de constater leur presque complète analogie.

La rue Basse^ partant du portail de l'église et aboutissant à l'avenue du château « était anciennement le chemin de Durtal à La Flèche » (1). C'est vraisemblablement la voie la plus antique.

La rue, formée par la grande route, qui coupe le bourg dans le sens de sa longueur, n'a dû prendre son importance actuelle que depuis l'améHoration du chemin et son déplacement, faits antérieurs à 1770, puisque sur le plan, cette nie figure avec la mention : grand chemin d'Angers et de Durtal à la Flèclie,

La rue Juive relie perpendiculairement les deux voies précédentes et pcisse en arrière du chevet de l'église. Elle doit être contemporaine de la rue Basse, Son nom indique

(1) Aveu rendu, par le curé, à la seigneurie de la Barbée, le 46 août 1774 ( Arch. dep. G. 778 ).

forcément , le séjour à Bazouges , d'une petite colonie juive, ou tout au moins , l'existence d'un événement dans lequel des juifs auraient joué le principal rôle. Les archives que nous avons eues entre les mains, pas plus que la tradition, ne nous ont pas permis de préciser Torigine de cette dénomination.

Le plan de 1770 indique encore "deux bouts de rues, à l'entrée des chemins de Crosmières et de la Chapelled' Aligné ; rien de changé de ce côté.

En face du chemin de la Chapelle- d'Aligné, on a ouvert une voie, donnant accès au pont construit sur le Loir, qui a remplacé l'ancien bac, situé plus en amont, à peu de distance du château.

Le cimetière qui entourait l'église a disparu pour faire place à un quinconce ; le grand cimetière de 1770 est occupé maintenant par les bâtiments de l'école des garçons et par la mairie. L'enclos du presbytère a été notablement amoindri. Enfin, les terrains vagues qui s'étendaient le long de la route de Durtal, en face de la cure et de l'ancien cimetière, ont été convertis en une place couverte d'arbres.

C'est là, qu'en été, se tient une assemblée annuelle où les boutiques foraines étalent leurs tirs aux macarons et leurs tombolas séduisantes, où les entrepreneurs de danses alignent leurs parquets et où la jeunesse du pays se rend en foule.

La population de Bazouges, qui était en 1828 de 1,802 habitants n'est plus aujourd'hui que de 1,584. Ici, comme ailleurs, il faut donc constater, de ce chef, une diminution notable.

Plusieurs châteaux et de nombreuses villas émergent des futaies et des hautes avenues qui les entourent.

En première ligne, il faut citer le château de Bazouges pittoresquement assis au bord du Loir. Sa porte à grosses tours avec mâchicoulis et chemins couverts, sa chapelle gothique et ses douves, constituent encore un magnifique reste féodal.

La Barbée est un château moderne bâti sur remplacement du vieux manoir ruiné. Des eaux vives et des bois raccompagnent de tous côtés ; une large terrasse domine la livière et les prairies.

La Masseliere était une ancienne habitation située à mihauteur dans un pli du coteau ; elle a été reconstruite tout récemment dans le style Henri III, puis entourée d'un parc où les massifs d'arbres se mêlent agréablement aux prairies.

Non loin de la Masseliere^ la Boisarderie a été restaurée avec un goût charmant.

Caillebert se cache au miheu d'une végétation luxuriante. Marigné^ Fontaine^ AmhrièreSy attirent les regards, tant par la fraîcheur des sites naturels qui les entourent que par l'heureuse disposition des parcs et des avenues qui ont embelli leurs dehors.

Il faudrait en citer d'autres encore, mais ces descriptions nous entraîneraient trop loin et nous feraient sortir de notre sujet.

Nous n'avons entrepris cette courte exposition de l'état présent et cette rapide promenade à travers les lieux dont nous allons essayer de rappeler le passé, que pour mieux faire connaître les modifications survenues dans le cours des siècles. Ces modifications, pour s'être opérées insensiblement, n'en sont pas moins profondes ; le paysan, l'artisan ou le seigneur du moyen âge ne se reconnaîtraient, pas plus les uns que les autres, dans le pays où ils passèrent leur vie . Tout est changé , manière de penser comme manière d'agir, mœurs de famille comme mœurs publiques. Nos études ne vont embrasser qu'un cercle bien restreint ; mais, en parcourant ces chroniques locales, si le lecteur daigne s'arrêter un instant aux considérations générales, il découvrira peut - être, dans les faits particuliers, le contre coup des grands événements de rhistoiro, et dans la vie de nos modestes personnages, l'influence des habitudes sociales de la France.

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