‹ La cité de Carcassonne (Aude) (volume 2)Chapitre 11 sur 26 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

l'église et la fabrique.

La fondation et la construction de l'église primitive de Bazouges remontent à une époque fort ancienne.

Il nous a été donné de retrouver les copies de trois chartes qui retracent en détail les origines de cette église.

Ces chartes, rédigées vers la fin du XI« siècle, faisaient partie du carlulaire de Saint-Serge (1). Elles furent copiées, au milieu du XVII® siècle, pour les besoins d'un procès sur lequel nous reviendrons plus tard, communiquées par dom Avril, dom Benoit et Jehan Huchet religieux et coUationnées sur l'original par Louis Boylesve, conseiller du roi, lieutenant en la sénéchaussée d'Anjou , les derniers jours de juin

L'authenticité de ces pièces a été contestée, au cours du procès pour lequel elles ont été produites. Dès cette époque, ni les adversaires ni les juges ne paraissent avoir pu trancher la question d'une façon très claire ; nous l'éluciderons encore bien moins facilement aujourd'hui, que nous ne pouvons même plus compulser les originaux (2). Dans tous les cas, si plusieurs falsifications ont été apportées au texte primitif c'est en ce qui concerne les questions de détail, et non pas en ce qui se rapporte à l'historique proprement dit; nous pouvons donc accepter, sans discussion, l'ensemble des faits que ces pièces vont nous faire connaître.

(1) Folio 94 verso, et folio 95 recto.

(^) Un des cartulaires de Saint-Serge a été détruit, Tautre a été croit-on, transporté en Angleterre. M. Marchegay, ancien archiviste de Jilalno-et-Loirc les a reconstitués partiellement au moyen de copies UkiUm par lui, sur les titres épars qu'il a pu rencontrer, soit dans les dépôts publics, soit dans les archives particulières.

Sou travail so trouve aux archives départementales de Maine-et-

La première charte (1) intitulée : notitia de basolgiis, s'exprime ainsi : (2)

(1) Archives de la Fabrique de Bazougcs. — Archives de la Barbée

(2) Voici le texte latin :

« Ex veterum scriptorum inspectione dedicimus eaque noviter fiunt, si antiquitate aliquâ autorisentur, valentiora esse. Scripturus igitur qualiier Sanctus Sergius, ecclesiam de Basolgiis habuerit, ab Hugonis, ipsius ecclesise domini, aiitiqua conventione initium sumam. Tempore itaque Domini Daiberti abbatis, venit Hugo in capitulum Sancti Sergii, ut condonaret ei ecclesiam de Basolgiis ; sed, inter. venientibus quibusdam amicis cleri Âlmerii , qui tune ecclesi<e deserviebat , quod facere tune decreverat prolongavit ; eo tamen rcspectu, ut eamdem ecclesiam de manu suâ non ejiceret, dando aut vendendo alicui, nisi monachis Sancti Sergii. Quam conventionem, mortuo Hugone, Hadulphus fîlius ejus recognescens, concessione Rainaldi fratris sui, Sancto Sergio et monachis ejus, supradictam ecclesiam , sicut justum erat , in manu Domini Âchardi abbatis donavit, pro anima videlicet suà et patris sui Hugonis et matris suœ Aremburgis et antecessorum suorum qui ecclesiam œdificaverant. Donavit autem ecclesiam cum omni presbyteratu , scilicet, cum omnibus oblationibus altaris et cum décima omnium animalium, leguminum , primiciscrumque omnium aliarum rerum , quinque exceptis, id est ; frumento, simula, avena et ordeo et vino. Donavit etiam sepulturam totam , ad quatuor denarios constitutam , et dimidietatem burgi qui tune ibi erat aut fuerit et consuetudlnem ejus similiter. Nihil igitur in ecclesia rctinuit , prster quinque supradictorum deoimam, quam prcesentialiter donare non voluit ; et prseter quindecim solidos de vindragio quos presbyter reddet monachis et monachi Radulpho. Moditionem quoque presbyteri reddet Radulphus monachis , scilicet duos modios , unum fnimenti et alterum sigulie ; et monachi reddent presbytero. Donavit etiam, idem Radulphus, proprii aratri sui totam decimam solidam et quietam de terra quae est ante boscum et decimam duorum molendinorum qui tune in exclusa suà erant, et tertii cum factus fuerit de annona et de piscibus. Et si exclusa in alio loco fuerit remota, decimam omnhim molendinorum qui in ea facti fuerint donavit. Caritatem ergo faciens de 8U0, in caritate, de dono ecclesiae mille solidos accepit et frater ejus Rainaldus dccem libras. Hoc autem totum factum est consilio et autoritate domini Gaufridi Andegavorum episcnpi. Conccssit etiani hoc Hubertus de Durestallo, jure terrente doniiiiationis, hujus rei capitalis dominus ; et liabuit centuiii solidos ex htM;. • Etiani donuni suuni supradictum Radulphus, coiicedonto fratre suo Rainaldo, angmentavit, concedens Sancto Sergiu quidquid in ejus fedio, aut dono, aut emptiono, possct acquirere; ita tamen ut non amitteret servitium suum. Et cùm volebat banc eleemosynam

<r De rinspection des écrivains anciens, nous apprenons » que les choses nouvellement faites, quand elles s'autori- » sent de quelque antiquité, en reçoivent une plus grande » valeur. Voulant donc raconter comment Saint - Serge vint » en possession de Téglise de Bazouges, je remonterai » jusqu'à l'ancienne convention de Hugues , seigneur de la » dite église. Au temps donc du seigneur abbé Daiberte (i), » Hugues vint au chapitre de Saint - Serge, pour lui faire » don de l'église de Bazouges. Mais par l'intervention de » quelques amis du prêtre Almerius, qui desservait alors » cette église, ce qu'il voulait faire présentement fut remis » à d'autres temps, avec promesse, toutefois, qu'il ne 2> laisserait point sortir de ses mains ladite église, en la » donnant ou en la vendant à qui que ce soit, si ce n'est )> aux moines de Saint -Serge. Hugues étant mort, son fils » Radulphe reconnut cette convention et, avec le consente- » ment de son frère Rainald , il donna, comme il était juste, » ladite église à Saint - Serge et à ses moines. Il la remit

)» prodesse animabus pro quibus eam faciebat, requisivit ut monachi, » mansionem, juxta eamdem ecclesiam, facerent ; et ipse daret de » terra sufficienter ad aediflcia monachorum. Hanc autem mansionem, » quandiu presbyter iste vixerit, non expctet à monachis ; sed post » obitum ejus, cùm tota res in manu monachorum propriè venerit, » statutum est ut monachi mansionem habeant aut juxta ecclesiam, » ut suprà dictum est, aut juxta castellum suum, in loco quem, idem » Radulphus, domino abbati monstravit; si libéré et convenienter locum » eumdem eis concesserit, et cùm ibi capella aediflcabitur, statutum 1» est, ut Radulphus et monachi eam communiter œdiflcent , et > aedidcata propria sit monachorum.

» Hsec viderunt et audierunt : Hubertus de Durcstallo ; Widdo de y» Basolgiis ; Ranulphus de Currum : Vitalis frater ejus ; Walterius » Galenus ; Kainaldus Hupenarius ; Rainaldus Mantellus ; Ranulphus » filius Radulphi pistoris ; Vualterius frater ejus ; Gunterius de Olliaco; » Robertus de Basolgiis ; Johanncs Corv'isiarius ; Gaufridus filius » Ermengardis ; Guillielmus famulus ; Hugo Panceval : Vivienus filius p Radulphi porcher (sic); Robertus Brilto ; Girardus Rufus ; Gascelinus » Braconarius ; Radulphus Pichardus ; Wido filius Vualterii ; Guarinus » Piscis ; Gofridus Tegrinus de Troata ; Hugo de Baraciaco ; Gof ridus » Martinus, canonicus sancti Mauritii ; Theobaldus de Troata; Warinus » Rufus pater ejus ; Aimericus homo monachorum ; Girardus cocus.

(1) Abbé de Saint-Serge de 4055 à 1083.

* aux mains du seigneur Achard (4), abbé, pour la rémission i cle son âme, pour celles de son père Hugues et de sa » mère Aremburge , et pour celles de ses ancêtres qui

* vivaient bâti l'église. Or, il donna cette église avec tout ce

* cx^i est du droit des prêtres, à savoir : toutes les oblations

n de l'autel, la dime de tous les animaux, légumes et

j» f>Témices de toutes autres choses, cinq seulement excep-.

j» ^^es, qui sont : le froment, le seigle, l'avoine, l'orge et le vin.

j» XIl donna également le droit entier de sépulture, évalué à

> <:X^^tre deniers, et la moitié du bourg qui était ou aurait

» ^bté audit lieu, avec le droit d'usage. Il ne retint donc rien

» ^^n ladite église, si ce h'est la dime des cinq choses sus-

f énoncées, qu'il ne voulut pas abandonner présentement,

f ^t encore quinze sols de droit de vinage, que le prêtre

9 X^^yera aux moines et les moines à Radulphe. De son

» C5^té, Radulphe donnera aux moines la mesurée du prêtre

» c];ui est de deux boisseaux, l'un de froment, l'autre de

j» s«igle, et les moines la rendront au prêtre. Le même

» T\adulphe a donné, encore, toute la dîme de sa propre

f oharrue, solide et paisible, pour la -terre qui est devant

» les bois, et aussi la dime des deux moulins qui étaient

» alors sur son écluse et du troisième, quand il sera fait,

* tant en farine qu'en poissons. Et si l'écluse était reportée » en autre place, il donne la dîme de tous les moulins qui y

* seraient faits*- Faisant donc ainsi la charité de son bien

• propre, il reçut en charité mille sous, pour le don de

• l*église, et son frère Rainald, dix livres. Et tout ceci a été

• feit par le conseil et par l'autorité de Geoffroy évéque

* d'Angers (2) et du consentement de Hubert de Durtal » seigneur dominant de cette chose, lequel pour cela a reçu

* cent sous.

» Voulant encore augmenter le don susdit, Radulphe, du I consentement de son frère Rainald , concéda à saint

(1) Abbé de SainUâeiKe de 1083 à 1094.

(S) Geoffroy évéque d'Angers vivait en 1073.

» Serge tout ce qu'il pourrait acquérir dans son fief, soit » par don, soit par achat, de telle sorte pourtant, qu'il ne » perdit pas le droit de suzeraineté. Et comme il voulait » que cette aumône fut profitable aux âmes de ceux pour » lesquels il la faisait, il demanda que les moines eussent » une habitation auprès de ladite église et il promii. de leur » donner suffisamment de terre pour construire les bâti- » ments. Tant que le prêtre qui est à présent vivra, il » (Radulphe) n'exigera point des moines qu'ils fassent cette » habitation ; mais après sa mort, le tout étant entre les » mains des moines et leur propriété, il a été convenu que » les moines auraient leur habitation , ou près de l'église, » comme il a été dit plus haut, ou près de son château, » sur le lieu que ledit Radulphe a montré au seigneur abbé. » Lors donc qu'il leur aura, librement et conformément aux » conventions, remis ledit emplacement et que l'on y bâtira » une chapelle, il a été convenu que Radulphe et les » moines la bâtiraient à frais communs et qu'une fois bâtie » elle serait la propriété des moines (1).

La seconde charte continue le récit dans les termes suivants (2) :

(1) Cet établissement fut en efTet fondé sous le nom de prieuré du Creux. — Archives de la Fabrique de Bazouges. — Archives de la Barbée.

(2) ITEM NOTiTiA DE BASOLOiis. — « Quando Radulphus de Basolgiis > infirmitatem de qua obiit sibi ingravescere sentiret , convocans » monachos sancti Sergii, monachus effectus est, ibique remisit omnes » omnino tam exactiones quam consuetudines , quas quoquomodo » possidebat aut requirebat , in omnibus , tam terris quam vineis , » obedientiœ Camporum adjacentibus ; et hœc per consilium et » concessionem et voluntatem fratrum suorum Rainaldi et Roberti et » sororis suas Alburgis et per auctoritatem domini et cognati 8U| » Huberti de Durestallo. His peractis, post paululum defunctus est el • ad ecclesiam nostram delatus, ibique est honoriflcè sepultus et in » martiroIogiOy intra fratrum nomina fldeliter est adscriptus; huic » sucessit , sicut mos est, frater ejus Rainaldus, qui tam citisaimô » horum omnium oblitus, patris scilicet donationis et propriae conces- » 8ioni8;Ut potius fratris eleemosynam infestaret qvam défendent!.

c Quand Radulphe de Bazouges \it s'aggraver la maladie » dont il mourut, il convoqua les moines de saint Seiige, se » fit moine lui - même et en même temps leur fit remise de 3 tous les droits et coutumes qu'il possédait ou prétendait 3 posséder, à quelque titre que ce lut, en toutes terres et 3 vignes adjacentes à l'obédience des Champs ; et ce, par 3 le conseil, la concession et la volonté de ses fiières 3 Rainald et Robert et de sa sœur Alburge et par l'autorité 3 de son suzerain et parent de Durtal. Ceci feit, après peu, 3 il mourut et fut apporté à notre église où il fut honorable- 3 ment enseveli ; son nom fut inscrit fidèlement au 3 martyrologe entre les noms de nos firères. Son frère 3 Rainald, ci -dessus nommé, lui succéda, selon l'usage. 9 Ce dernier oublia bientôt tout ce qui est plus haut 3 rapporté, à savoir la donation de son frère et son propre 3 consentement. Il attaqua ce don, au lieu de le défendre, 3 car il disait n'avoir jamais consenti , comme les moines le 3 prétendaient. Les moines, au contraire, invoquant le dire 3 des témoins présents, voulaient défendre une chose si 3 légalement acquise. Ce que voyant, ledit Rainald, qui 3 savait véritable l'assertion des moines et qui connaissait 3 le dire des témoins, requit l'abbé, par l'intermédiaire des

jft Dicebat enim se nunquam ita, sicut monachi accIamaiMint, conces- » sisse; monachi verô eum per praesentium testium aggredientes » assertionem, rem tam legaliter acquisitam defendere volebant ; ille

> vero hoc conspiciens et veram esse monachorum assertionem et tes-

> tium alflrmationem cognoscens, requisivit abbatem per monachos,

> quatenus ei pro faedere caritatis pelles vulpines daret et sic omnia li-

> bentis et fideliter concederet et tueretur perpetualiter. Monachi vero, » virum illum magis habere cupientes pacificum quam iratum, quod

> petebat pacificé obtulerunt et sic veniens in capitulum, adducens secum . » fratrem suum Robertum et de militibus unum, cuncta sicut frater » 8UU8 dederat, remoto omni ingenio, domino et sanctis martiribus » Sergio et Baccho et abbati Bemardo et cœteris fratribus, omnino » remisit et donum hujus rei in manu abbatis prius positum, ipse » prœsentialiter, super altare portavit. Hijyus rei testes sunt: 1 Reinericus; Rainaldus; Robertus malus; Merchinus; Âimericus 1 hostellarius ; Giraldus cocus ».

» moines, de lui donner des peaux de renards, à titre » d*amicale alliance, et lui fit dire qu'ainsi, volontiers et » fidèlement, il lui concéderait le tout et le protégerait » perpétuellement. Les moines donc, aimant mieux avoir » un tel homme pour ami que pour ennemi, lui offrirent de A bon gré ce qu'il demandait. Etant alors venu au chapitre » et ayant amené avec lui son frère Robert et un de ses j» soldats, il remit entièrement et sans feinte, au seigneur » et aux saints martyrs Serge et Bacch, ainsi qu'à l'abbé » Bernard (1) et aux autres frères, tout ce que son frère avait » donné. Après avoir remis d'abord l'acte de donation aux » mains de l'abbé lui - même, il fut ensuite de sa propre » personne le porter sur l'autel. »

Le récit de la troisième chartCi bien qu'il n'ait pas pour objet principal l'église de Bazouges, ajoute encore de nouveaux détails à ceux que nous connaissons déjà (2).

(1) Âbbé de Saint-Serge de i09i à 1103.

(3> Archives de la Barbée.

« NOTrriA DE MiRiAGO : In nomine sanctœ et individu» Trinitatis, » ob conûrmationem veritatis, dignum ducimus memoria litterarum » traderequod, Wklo de Croioio et Âlburgis ejus uxor, pro redemptione » animarum suarum et parentum suorum vivorum et defiinctorum » dederunt et vendiderunt Domino et sanctis maitiribus Sergio et

• Baccho et monachis Domino ibidem famulantibus , perpetualiter » decimam trium moiendinorum, quos habebant in suo castello in » Lido ; concessit etiam , pro anima Gualterii filii sui^ proprium » monachis, quidquid ipsi molendini molerent a sabbato, sonantibus B vesperis, usque ad noctem sequentis diei. Concessit etiam, ipse, et » Alburgis ejus uxor et filii ipsius Guidonis, venditionem ecclesise » sancti Albini de Basolgiis , sicuti eis vendiderat Radulphus de » Barbeia, cum omnibus quse ad ipsam venditionem pertinebant ex

• integro , pro animabus , videlicet , suis et prœcipuè pro anima » Gualterii filii sui, quem multum diligebant. Dédit etiam decimam sui » furnilis quod in suo castello habebit. Concessit etiam, imo reddidit^ » monachis sancti Sergii, ecclesiam sancti Melanii de Miriaco ; dederat » enimèiseamquondam pro Radulphofhitresuoqui in prœfata ecclesia, » habitum susceperat monachium et utvir strenuus, in eadem ecclesia, ji in eodem habita, perseveraverat usque ad finem vitse ; et ut certior p fiatnotitiaveritatis, donum, salva veritate, commendavimus litteris ; » ecclesiam dédit solidam et quietam sicuti habebant, cum presbiterio, V ita sanè et quandiu vixerit, presbiter, a monachis teneat sicuti a

« Au nom de la sainte et indivisible Trinité , pour la » confirmation de la vérité et pour la confusion des em- » bûches des méchants, nous avons jugé digne de laisser » par écrit la manière dont Guy de Gré et sa femme f Alburge donnèrent à tout jamais à Dieu, aux martyrs i saint Serge et saint Bacch, et vendirent pareillement aux 1 moines qui servaient ensemble ce Dieu, la dîme des trois

> moulins sur le Loir qui étaient dépendants de son » château ; et cela pour la rédemption de leurs âmes et de i celles de leurs parents vivants ou défunts. Il donna aussi » aux moines en propre, à Tintention de Tâme de son fils » Gautier, tout ce que les moulins ci - dessus nommés » moudraient depuis le son des vêpres du jour du samedi » jusqu'à la nuit du jour suivant qui est le dimanche. Le » même Guy, sa femme et ses enfants, donnèrent aussi leur » consentement à la vendition de l'église de Saint-Axibin-de- » Bazouges, que Radulphe de la Barbée avait donnée aux » moines et de la même manière qu'il la leur avait donnée, I c'est-à-dire à l'intention de leurs âmes et surtout de celle » de son fils Gautier, qu'il aimait tendrement. Il donna aussi

> la dime du four qu'il avait dans son château ; il donna

• encore , bien plus il rendit aux moines de Saint-Sei^e, » l'église de Saint - Melan - de - Miré (1), car il la leur avait » déjà donnée, à l'intention de Radulphe son frère qui y

> Guidone tenuerat, post mortem ejus, in domlnium sancti Sergii

• revertetur et sicut abbati placuerit et monachis, de ea facient,

• sicuti de sua propria, consuetudines quas presbiter reddebat Guidoni t et uxori suae, quindecim videllcet solidos, monachis reddet et caetera

• bénéficia, sicuti Guidoni faciebat, monachis faciet. Concessit etiam

• dimidietatem burgi qui ibidem erat et erit et omnium consue- » tudtnum quae de burgo exeunt mediatem , scilicet vindarum et 1 pedagii et vicarise et mediatem furnilis. Testes Albericus de

> Laiviaco ; Trechembaldus filius Ulrici ; Leganus de Favoleriis ;

• Radulphus de Barbeia; Rainaldus et Robertus fratres ejus; Tascardus

> praefectus Guidonis ; Ratfridus prœfectus ; Aymericus bostellarius ;

> Stephanus fraudus (sic) ».

(1) Bfiré, paroisse de Maine-et-Loire, au canton de Ghàteauneuf.

j) avait pris Thabit de moine et qui, comme un bon religieux, » avait persévéré jusqu'à sa mort, dans cette même église, fi suus le môme habit. Ainsi, afin de rendre cette vérité plus » rerlaine, nous avons mis ici par écrit, pour l'assurance » (le cette même vérité, le don entier et tel qu'il fût fait » dans le temps. Il donna l'église avec le presbytère, d'une » manière solide et paisible, à condition que, tant que le » prêtre desservant alors vivrait, il la tiendrait des moines, » comme il la tenait auparavant de lui. Mais après sa mort » elle devait retourner et devenir propre à Saint -Serge, » Guy permettant à l'abbé et aux moines, d'en disposer » comme il leur plairait et comme d'une chose qui leur » appartiendrait. Les usages que le prêtre devait à Guy et à » son épouse, qui consistaient en quinze sols, devaient être » rendus aux moines ; en un mot, il devait rendre tout, aux » moines, de la même manière qu'il le rendait à Guy, avant » cette donation. Il donna enfin la moitié du bourg qui j» existait alors ou qui existerait un jour, avec la moitié de » ses usages ; c'est - à - dire la moitié des vendanges et du » four et la moitié de ce que pourrait prétendre un substi- » tuant de môme qu'un substitué. »

Ainsi donc , les seigneurs , après avoir bâti, sur leurs terrains et h leurs frais, l'église de Bazouges, en demeurèrent quelque temps propriétaires et nommèrent eux - mêmes les pii'^tres qui la desservirent tout d'rbord. Vers le commencement du XI« siècle, Hugues et son épouse Aremburge, voulant faire une œuvre de dévotion, donnèrent, aux moines Jo Siùnt- Serge, les bâtiments de cette église et les i\*s8ouivos nécessaires pour l'entretien du culte. Mais afin ao uo oonunettre aucune injustice, l'effet de cette donation ùu ivtanlé jusqu'à l'époque où décéderait le titulaire ^uv8<iil« lo prêtre AJmérius.

Uu^u\n!i tHant mort, son fils Radulphe, fidèle aux engageiK'uis ^MU^niols. confirma la donation faite aux moines de Su44i-*c«'5f^\ «vec les mêmes privilèges et sous la réserve

— iodes mêmes conditions. De plus, il formula le désir tjue l'abbé voulut bien établir à Bazouges, plusieurs religieux de son ordre, afin d'assurer le service de l'église. Pour cet effet, il s'engagea à fournir le terrain nécessaire à la construction d'une habitation et à contribuer aux frais d'érection. Puis, pénétré d'un grand sentiment de foi et atteint d'une maladie grave, il se retira au prieuré de Miré, où il ne tarda pas à mourir sous l'habit monacal.

Bien que les décisions de Radulphe eussent été prises avec le consentement de ses frères Rainald et Robert et de sa sœur Alburge, Rainald tenta de contester aux moines la possession des choses qui leur avaient été données, mais il dût bientôt renoncer à son projet et reconnaître lui - même, la véracité des actes faits par ses prédécesseurs. Enfin, plus tard, l'abbé de Saint - Serge obtint une dernière et définitive ratification, qui lui fût accordée par Alburge et Guy de Gré son époux.

Conformément au vœu de Radulphe, les religieux fondèrent un prieuré, sur le territoire de Bazouges, au lieu nommé le Creux, et y entretinrent un certain nombre de moines, qui desservirent l'église pendant longtemps.

L'abbé de Saint-Serge conserva le droit de présenter à la cure (1) et le prieur du Creux continua, jusqu'à l'époque de la révolution, à s'intituler : ctiré primitif de Bazouges.

Les curés séculiers protestèrent toujours contre cette qualification, attendu que les moines, loin d'avoir desservi Téglise à son origine, n'avaient fait eux-mêmes que succéder aux prêtres, nommés par les seigneurs depuis la fondation jusqu'à la donation de Hugues et de ses fils.

(1) Les curés des églises dépendant de Saint-Serge devaient prêter à l'abbé du monastère le serment que voici :

c N. — ( persona, rector ) juravit se domno abbati et ejus succes-

• sohbus , prsepositis sacrosanctis evangeliis , reverenciam patrono

• debitam exhibere ; dictamque ecclesiam ab alio quam dicti monas- > terii nullatenus adoptare et se jura monasterii seu membrorum » ipsius scienter nunquam occupare » ( restitution des Cartulaire* de » Saint'Serge par Marchegay. — Archives de Maine-et-Loire ).

Rien, dans le style actuel de réglise, ne rappelle une si ancienne origine ; c'est à peine si Ton peut encore reconnaître, dans la maçonnerie du mur méridional de la nef^ au ras du sol , les vestiges d'un petit appareil qui pourrait appartenir à la construction primitive.

^ Le premier sanctuaire fut remplacé, au XII* siècle, par un monument plus vaste, dont la tour, les transepts, les absides et le portail subsistent aujourd'hui. Quant à la nef, devenue trop petite une seconde fois, elle a disparu, au commencement du XV® siècle, pour faire place à un vaisseau de même longueur que l'ancien, mais beaucoup plus large. Cette disposition a rompu l'harmonie du monument.

Le portail est demeuré, comme nous l'avons dit, dans son intégrité ; les belles lignes de son arcature fournissent un assez riche spécimen du genre. Il est composé de plusieurs archivoltes et voussures, ornées de dessins géométriques en forme d'ovales, de pyramides tronquées ou de zigzags. Les cintres reposent sur huit colonnes unies dont les chapiteaux et les tailloirs sont recouverts de feuillages, de lions et d'animaux fantastiques.

La tour privée de la flèche qui la dominait autrefois et qui fut renversée par l'ouragan du 18 novembre 1728 est encore fort intéressante, malgré cette mutilation.

Huit contreforts garnissent et corroborent les quatre angles, dans toute leur élévation. Huit fenêtres en plein cintre, disposées deux à deux, sur les quatre lEaces, laissent échapper le son des cloches. Chaque fenêtre se compose de quatre colonnes dont les pieds droits sont surmontés de tores, placés dans les arcs en retrait de la voussure. La partie supérieure de ces fenêtres est, du reste, moderne; les dégâts de l'ouragan de 1728 avaient atteint les hautes assises (le la tour et l'on fut obligé de les reprendre en totalité, lorsque l'on voulut étabhr, sur les ruines, le toît que nous voyons.

Ce travail fut exécuté, comme l'indique une inscription (1), aux firais de M. Le Pelletier, alors curé de Bazouges.

Huit autres ouvertures, aujourd'hui murées, décoraient, plus bas, une partie de la muraille qui n'était pas alors masquée par les toits, depuis surélevés, de la nef^ de l'abside et des transepts.

n est à croire qu'un léger intervalle a séparé l'édification des deux transepts^ ils ne semblent pas avoir été construits sous la direction du même ouvrier. En effet, celui du nord oflBre seulement une fenêtre, encore diffère- 1- elle des ouvertures du transept méridional, tant par son architecture que par ses dimensions. Des contreforts soutiennent les ancres du pignon qui a été exhaussé de quatre - vingt centimètres comme il est facile de le voir par la position de l'ancien entablement. Cet exhaussement, aussi bien que celui de l'autre transept et celui de l'abside, doit remonter à l'époque de la dernière reconstruction de la nef. *

L'aspect sévère du pignon méridional est fort remarquable. Cinq contreforts vigoureux soutiennent au midi, à l'orient et à l'occident, la poussée des voûtes. L'appareil mis en œu\Te dans cette façade est rehaussé par l'emploi du moellon au-dessus des fenêtres. Celles-ci sont en plein cintre et affectent une forme allongée.

On remarque, au sommet du pignon, une croix grecque, évidée à jour, dans une pierre ronde.

Primitivement, les absides et les transepts étaient couverts en briques creuses, maçonnées sur l'inclinaison de l'extrados des voûtes, en sorte que les ouvertures du fond de la tour restaient dégagées et que l'incendie n'était pas à craindre dans cette partie de l'édifice.

Deux chapelles qui ne paraissent pas remonter audelà

(1)A EITE AIT LAN 173 X DEPNS DK MKR PKLLKriE. Une

ouverture pratiquée clans ces dernières années jwur placer un cadran a coupé le dernier chiffre de la date et les deux preuiiéres leUres du mot AVX.

du XVI* siècle masquent Toccident des transepts. Elles ont été mises en communication avec l'église par de larges arcades pratiquées dans les murs de la nef et des transepts.

Le grand portail que nous avons décrit et deux portes latérales, situées aux angles rentrants formés par la jonction de la nef et des chapelles, donnent accès dans Tintérieur de l'église.

La chapelle du nord a été construite, vers 1615, par Jacques Gaultier seigneur de Fontaine. Tout un pan de la muraille de l'église menaçait ruine alors et entraînait une partie de la charpente. Les fabriciens reculaient devant les dépenses considérables qu'il y avait à faire pour ari'êter le progrès du mal, lorsque Jacques Gaultier leur proposa d'exécuter le travail, à condition que sur l'emplacement d'une partie de ce mur» il bâtirait une chapelle , dont le terrain et l'élévation lui appartiendraient et qui serait fournie et desservie de tout par la fabrique.

Le fondateur la dédia à saint Jacques et à saint Jean- Baptiste, y fit établir un banc pour sa famille et y trouva plus tard sa sépulture.

Cette chapelle fut ensuite débaptisée et consacrée aux anges gardiens. Deux brefs de Benoit XIV, datés de l'année 1745, érigèrent une congrégation sous ce vocable et lui accordèrent le privilège de nombreuses indulgences (1).

L'autel du transept nord a toujours été dédié à la sainte Vierge. Au milieu du XVII* siècle, une personne charitable, Marie Coustard, légua une somme assez considérable, au moyen de laquelle son ornementation fut enrichie d'un retable en pierre sculptée.

Pour passer de l'autel de la sainte Vierge à celui de saint Aubin, patron de l'église, il faut traverser Tintertransept compris entre les quatre gros piliers qui supportent la tour.

(1) Ces brefs existent aux archives de la fabrique.

Le chœur est très petit; il est formé par une abside romane dont la voûte, en coupole, tourne à l'ogive.

Le retable de Tautel, masque une partie des sept fenêtres qui éclairaient autrefois Tédifice.

Le transept méridional est orné d'un rétable construit, en 1676, par Nicolas Bouteiller, maître sculpteur à la Flèche. Cet artiste reçut pour la façon de son œuvre la somme de ^2 livres. Les tableaux placés sur l'autel furent exécutés par le peintre Emoul d'Angers et coûtèrent 44 livres. La statue de saint Pierre en terre cuite de Ligron et placée dans la haute niche, fut achetée au moyen d'une souscription locale. Marie Coustard donna les statues de la Madeleine et de saint Augustin, qui furent bientôt remplacées par deux belles figures, sorties des ateliers de Ligron, Tune représentant saint Jean Baptiste et l'autre sainte Marthe (4).

Nous ignorons la date à laquelle s'élevèrent les murs de la chapelle méridionale ; mais nous savons à quelle époque fut consacré son autel de saint Etienne. Cette cérémonie faite, en 1624, par l'évéque de Treguier , comme nous l'apprend un procès-verbal (2), a dû se passer peu de temps après l'achèvement de la chapelle, qui remonterait ainsi aux premières années du XVII« siècle.

La nef, dépourvue de caractère extérieur, présente intérieurement une curieuse voûte, presqu'unique en son genre, construite en bardeaux de chêne, c'est-à-dire en lames de bois fendu, semblables à celles que l'on emploie pour la tonnellerie. Ces bardeaux n'ont pas subi le moindre polissage, ils ont été employés à l'état fruste. Les couvrejoints et la corniche portent des moulures fort simples. Les quatre tirants, trop faibles, ont chassé par endroits ; c'était le cas d'employer au contraire de fortes pièces , car la charpente a été construite au-dessous de l'équerre, dans le

(1) Archives départ, de la Sarthe, G. 778.

(2) Archives de la fabrique de Bazouges.

but d'éviter une partie de l'élévation qu'aurait, autrement, entraînée la largeur. L'arc décrit par la voûte se ressent, bien entendu, de cette disposition ; il appartient à un cercle de si grand rayon^ qu'il passe trop bas sur la nef et coupe même le sommet des trois fenêtres ouvertes dans le pignon.

Les voûtes en bardeaux deviennent rares; le goût moderne n'en veut plus ; presque partout, les restaurations entreprises de nos jours les ont fait disparaître. A la conservation de leur souvenir, celle-ci ajoute l'intérêt particulier de peintures, en face desquelles, l'artiste et l'archéologue peuvent méditer longtemps.

L'auteur de cette œu^Te est un naïf, mal servi dans l'exécution par sa main peu sûre, mais guidé dans la conception par un vrai sentiment artistique. A travers l'incorrection du dessin , brille encore l'harmonie de la pensée. Le plan d'ensemble, simple, se poursuit tout d'une pièce, sans incohérence et sans interruption. Quatorze personnages, parmi lesquels figurent les douze apôtres, et douze anges portant les instruments de la passion, alternent avec des arbres et se succèdent sur les rangs de bardeaux, entre chaque couvre -joint. Ils ont la taille naturelle del'homme, se présentent de face et reposent leurs pieds sur la corniche. Au-dessus de leurs têtes, un che\Ton, se reliant aux bordures des couvre - joints, les sépare du reste de la décoration, fourni par des guirlandes, où les fleurs et les fruits se mêlent aux feuillages. Semblable disposition est adoptée pour les arbres, en sorte que l'œil du spectateur suit les mêmes lignes d'un bout à l'autre. Le tronc des arbres est en partie recouvert par une sorte de voile blanc, sur lequel ressortent en noir les versets du Credo. L'intelligence de l'auteur se reconnaît également dans certains détails, tels que la disposition des couleurs. Il a choisi fort judicieusement les tonalités diverses qui devaient entrer dans la composition des champs tracés le long des couvre-

— SBjoints et il â obtenu des effets de lumière étonnants avec remploi alternatif du jaune, du gris, du vert et du rouge.

Les personnages sont dessinés en teintes plates; les figures laissent généralement beaucoup à désirer. Le premier personnage à gauche de la grande porte est infiniment plus soigné que les autres ; le peintre a voulu faire un portrait, peut-être celui du donateur de la voûte. En fece, saint Antoine est aussi traité d'une façon supérieure.

Du reste, il faut observer que l'exécution se relâche de plus en plus, à mesure que l'on approche du chœur ; les apôtres sont mieux peints que les premiers anges et les derniers sont absolument bâclés. L'artiste^ plein d'ardeur au début, se fatigue en route et s'ennuie vers la fin. Il lui tarde d'enlever ses échafaudages. Le curé, peut - être aussi, veut jouir hâtivement des nouvelles décorations et presse outre mesure (4).

Le Seigneur et saint Antoine sont les plus visibles , à cause de leur position sur la tribune, qui permet au spectateur de les aborder et de les toucher même. Quelquesunes des autres figures ont poussé au noir et sont devenues à peu près indéchiffrables. Toutes ont subi les atteintes du temps.

Voici dans quel ordre sont disposés, sur chaque panneau, anges, apôtres, arbres et inscriptions.

En partant du haut de Véglise côté de l^épitre,

Ange portant la croix.

Arbre.

Ange portant les clous.

Arbre.

Ange portant les tenailles.

(1) M. Renouard) Tartiste bien connu, nous a fort aimableniont fourni les éléments de cette description et le dessin qui la complète; aux remerciements que nous désirons lui faire parvenir^ nous en joignons d autres, à l'adresse de MM. Fleury et Dangin, dont le talent a su reproduire si fidèlement le croquis du peintre.

Arbre.

Ange, les ailes déployées, portant les vei^ges.

Arbre.

Ange portant la Sainte-Face.

Arbre au tronc duquel est attaché un écusson.

Ange portant la tunique.

Aii>re.

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