FAMILLE GILLES DE LA BERARDIÈRE
Le domaine de la Barbée était composé de deux cents arpents de terre labourable ; de quarante arpents de pré ; de quatre étangs formant ensemble quarante arpents ; de cent arpents de bois taillis ; de dix arpents de futaie ; de neuf
(1) La pièce qui contient l'exposé de toute cette procédure, ne renferme pas moins de 216 rôles, 219 feuillets, 438 pages.
(2) Cette famille avait pour armes : d'argent à 3 biches passantes de gueules, posées 9 et i.
La famille EveiUard portait : d^axur à 3 trèfles d'or, posés 9et i.
arpents de vignes et d'un parc enclos de huit arpents. Le tout était évalué à 4000 livres de revenu. Les fiefe qui dépendaient de la terre étaient au nombre de dix -sept. Savoir :
Le fief de la Motte de la Barbée, mouvant de la seigneurie des Pins.
Les fiefs de la Grande-Bai*bée , d'Oillé, du Grand- Verrières, de la Grande - Boderaie, de Lavau^ des Trois- Relières, de Larandière, de la Franquerais, de la Petite- Boderaie, de Lavazé, des Bellardières, mouvant du comté de Durtal.
Le fief de la Roche de Bazouges, mouvant du marquisat de la Varenne et du fief des Pins .
Les fiefs de la Rigaudière, du Petit-Verrières, Dalliché et de la Marigné, mouvant du château de Bazouges.
Le produit casuel et annuel de ces fiefs était évalué à 600 livres de revenu.
Le nouveau propriétaire, Guillaume-Gilles de la Bérardière , capitaine de cavalerie , avait épousé , en 1685 , Françoise, fille de François Eveillard, conseiller au parlement de Bretagne. Il descendait d'une suite de gentilshommes qui possédaient la seigneurie de la Grue en Vendomois et dont la filiation était établie, sans lacune, depuis Nicole Gilles qui vivait en 1476.
Il décéda le 7 novembre 1700, à Mayen , paroisse du Poitou, laissant à sa veuve l'administration d'une partie de ses biens et la propriété de la Barbée.
Ce fut seulement en vertu d'un partage effectué par celleci entre ses enfants, le 20 février 1725, que son fils Marin- Gilles de la Bérardière devint seigneur de la Barbée.
Les autres enfants étaient : Françoise femme de Charles de Montplacé, chevalier, mort avant 1720 (1). — AnnSy qui
(i) Voyez, suite à rannorial de Cauvin. — Annuaire de la Sartbe, p* 254. — Année 1861.
épousa, le 8 janvier 1730, Charles-Fraiiçois Héard de Bois- Simon (i) — et deux filles religieases.
Marin-GiUes de la Bérardière épousa, en 1735, Marie- Anne Rousieau de la Êunille Rousseau de la Patrière en Poitou, dont une branche était venue s'étaMir au Maine vers
Peu de temps après, naquit, de ce mariage, Claude Marin et, plus tard, le 2 janvier 1742, Marie François Marine (2).
La Barbée fut érigée en baronnie, par lettres patentes du 20 avril 1758. Cette faveur de\*int la cause d'une reprise, acharnée pour le coup, du Êuneux procès pendant depuis des siècles , entre Bazouges et la Barbée, au sujet de la seigneurie de paroisse.
Dans les susdites lettres patentes, le seigneur de la Bari[)ée s'était faài qualifier de titres qui blessèrent le seigneur de Bazouges et le portèrent à rédiger une opposition à Tenregistrement de ces lettres.
Les griefis portaient principalement sur ce que M. de la Bérardière avait pris la qualité de patron fondateur de Téglise et paroisse de Bazouges et sur ce que, par erreur, les fiefs Dalliché et de la Marigné avaient été portés comme mouvants du comté de Durtal, alors c[u'ils étaient mouvant de la seigneurie de Bazouges.
Le parlement rendit sur cette affaire un premier arrêt, daté du 2 septembre 1752. Il ordonnait que la qualité de seigneur fondateur et patron de l'église et paroisse de Bazouges, prise par M. de la Bérardière, serait restreinte à celle de fondateur de ladite église. Il maintenait le seigneur de Bazouges dans le droit où il était de se dire, nommer et qualifier seigneur de la paroisse. Il prononçait, en outre, que
(i) Voyez, suite à rarmorial de Cauvin. — Annuaire de la Sarthe, p. 173. — Année 1860.
(2) Elle épousa, le 7 février 1771, Prosper- François - Marie - Henri - Augustin de Collasseau, chevalier, capitaine au corps royal d'artillerie, fils de Prosper-César-Annibal de Collasseau et de défunte dame Marthe* Catherine de Montplacé. (Arch. de TEtat civil de Bazouges)
toutes autres énonciations faites dans les lettres patentes ne pourraient nuire ou préjudicier c tant à la mouvance » médiate et immédiate qu'au droit de haute, moyenne et » basse justice appartenant à Fontaine de la Crochinière à » cause de sa seigneurie de Bazouges ». Enfin il reconnaissait que les fiefs Dalliché et de la Marigné étaient mouvants de Bazouges.
Les lettres ainsi rectifiées furent enr^strées parle Parlement, le 4 décembre 1752, et par la chambre des comptes, le 12 septembre 1754.
Mais l'arrêt ci-dessus rapporté, en partageant le gâteau, n'avait satisfait personne. Le seigneur de la Barbée, soutenu par son suzerain de Durtal, ne se tint pas pour battu. Il fit présenter, sous le nom de M. de la Rochefoucault (1), un aveu du comté de Durtal, à la Chambre des Comptes, dans lequel ledit comte de Durtal se disait seigneur et patron dans la paroisse de Bazouges. Le droit refusé au Yassal fut accordé sans difficulté au suzerain, grâce à sa haute personnalité sans doute, par une sentence des requêtes du palais, en date du 11 août 1758.
Dès le 14 septembre suivant, espérant ainsi tourner la difiQculté, M. de la Rochefoucault fit abandon de ce droit à M. de la Bérardière, dans les termes suivants :
e sachant que les fief, terre et seigneurie de la
» Barbée mouvant de lui à foi et hommage lige est de » grande étendue, que plusieurs beaux droits y sont » attachés, que ladite terre a été décorée par le roi du titre » de baronnie et que les seigneurs de la Barbée sont fonda- » teurs de Téglise, pour quoi il veut donner à Marin Gilles » de la Bérardière propriétaire de ladite terre des marques » de sa bienveillance.... il lui a cédé et inféodé la seigneurie
(1) Alexandre, duc de la Rochefoucault et de la Hocheguyon, pair de
France y prince de Marcillac, marquis de Barbezieux, de Liancourt et
^ :* • . d'Halluyn, comte de Durtal, chevalier des ordres du roi et grand maître
de la garde-robe.
f de la paroisse dudit Bazouges, ensemble les droits honori- » fiques et des prières nominales dans Téglise dudit » Bazouges et l'exercice de la haute , moyenne et basse
» justice... »
Les circonstances étaient favorables M. de Fontaine, seigneur de Bazouges , venait de mourir laissant une succession obérée; des créanciers s'intéressent peu aux querelles de ce genre ; ils préfèrent l'argent. Le comte de Durtal et son vassal de la Barbée restèrent donc à peu près libres d'agir à leur guise.
M. Aumont, qui acheta la terre de Bazouges, après avoir passé plusieurs années à étudier ses titres, rouvrit les hostilités en faisant, par huisser, défense au curé de Bazouges de recommander le comte de Durtal et le baron de la Barbée aux prières nominales, en qualité de seigneurs de paroisse ; ceux-ci protestèrent et ayant possession d'an et jour, furent provisoilemrat maintenus.
Leur adversaire ne les troubla pas autrement, car il mourut en 1764, au moment où il allait agir de nouveau.
Marin Gilles de la Bérardière décéda lui-même en cette année, laissant pour successeur, son fils Claude Marin Gilles de la Bérardière^ marié à Françoise Deshayes (1).
Le nouveau baron sembla d'abord devoir jouir paisiblement de ses prétentions. Il n'avait plus en face de lui que deux femmes , l'une encore inexpérimentée (2) , l'autre très âgée (3). Il fit enterrer son père dans l'église, fit peindre une litre funèbre et prit hautement le titre de seigneur de Bazouges.
(i) 19 janvier 1756 — Mariage, par François Deshayes» curé de Chàteaugontier) de Claude-Marin-GiUes de la Bérardière, âgé de 28 ans, avec demoiseUe Françoise Deshayes, &gée de 17 ans, ÛUe de défunt Joseph - Laurent Deshayes, seigneur de Lesnaudière, et de dame Anne Pioger (Arch. de TEtat civil de la Flèche).
(2) Marie Hubert, veuve de François Aumont, âgée de 38 ans.
(3) Marie-Marthe Hubert, belle-mère de François Aumont, âgée de 60 ans, morte en 1766.
L'ennemi, cependant, ne faisait que sommeiller. Il reprit ses attaques, en 1769, avec une énergie sans pareille.
Marie Hubert, veuve en premières noces de François Aumont, épouse de Pierre de Frémont, revint en arrière et attaqua la sentence du il août 1758, en vertu de laquelle le comte de Durtal s^^était fait attribuer la seigneurie de paroisse, pour Tinféoder ensuite au baron de la Barbée.
Il serait trop long de suivre toutes les nouvelles phases du procès. Il suffira de dire que M« de Frémont contestait à M. de la Rochefoucault le droit qu'il avait prétendu s'arroger, et le déniait également au baron de la Barbée.
Les défendeurs s'appuyèrent sur les chartes extraites, jadis, du cartulaire de Saint-Serge et sur ce fait que tous les héritages au milieu desquels s'élevait l'église étaient mouvants du comté de Durtal, par moyen de la baronnie de la Barbée et fiefs en dépendant.
La partie adverse fut obligée d'avouer la vérUélle €dtte mouvance, mais elle soutint que l'église formait un&jBiklave. Quant aux chartes , elle refusa d'y reconnaître aucun titre propre à soutenir les prétentions au droit de seigneurie de paroisse ou de fondateur, attendu, disait-elle, que ces pièces avaient été arrangées par le seigneur de la Barbée pour les besoins de sa cause. C'est ce que Philippe de la Vairie avait déjà soutenu sans ^ccès.
Il paraitbien certain que les personnages dont il est question dans ces chartes étaient les seigneurs primitifs de Bazouges. Si l'un d'eux est qualifié, une fois, du nom de la Barbée^ ce ne peut-être que par suite d'une interpolation, ou par le fait de la réunion, en ce temps là, des fiefs de Bazouges et de la Barbée. En outre, l'intervention de Hubert de Durtal n'entraine pas les conséquences déduites par M. de la Rochefoucault et par son vassal ; rien n'est en effet moins net que le rôle de ce personnage, ni plus embrouillé que la description de ses droits fonciers ; l'altération du texte primitif des chartes peut très bien être admise ici.
Enfin, l'argument tiré, par M. de la Bérardière, du voisinage du Creux, n'a pas grande valeur, car ce prieuré est aussi près de Bazouges que de la Barbée.
Néanmoins, les juges semblent avoir été fort embarrassés ; leur arrêt rendu le 13 août 1776, en partie conforme aux chartes, en partie divergent, ne brille guère par la logique. D'après ses termes, la dame Frémont est maintenue « dans » le droit et possession de se dire dame et haute justicière » de l'église et paroisse de Bazouges et dans les droits » honorifiques en dépendant. »
Mais d'un autre côté, M. de la Bérardière est maintenu » dans le droit et possession de se dire fondateur de l'église » de la paroisse de Bazouges et dans les honneurs et préro- » gatives en dépendant :»,
EnQ^ IL de la Rochefoucault est maintenu € dans l'exercice » de Jn liâote Justice sur le bourg et paroisse de Bazouges » pafr tel itall mouvant du comté de Durtal ».
Chada0rlti0Bvait donc sa part ; tout le monde avait raison, mais avait tort en même temps. La sentence est étrange ; on ne saurait en établir la raison, les considérants du jugement étant inconnus.
M. de la Bérardière pensa, cependant, que le procès était perdu pour lui. Il en parle du moins en ce sens, dans une note qu'il rédigea pour prouver que, malgré cet insuccès, son titre de baron restait plein et entier. Il consen^a toutefois l'espoir de prendre sa revanche, mais les revendications furent arrêtées par les événements de la révolution. Les droits litigieux allaient être supprimés et le fameux différend, tranché d'une façon péremptoire.
Nous retrouvons M. de la Bérardière à la Barbée en 1793 et 1797. Il semble avoir éprouvé tous les ennuis inhérents à cette période, mais être resté à l'abri des menaces les plus graves. Il mourut vers 1804.
Il laissait un fils (i) qui vendit la terre de la Barbée à François, comte de la Bouillerie, devenu plus tard ministre de la maison du roi Charles X.