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// n'était pas [a£ile^'éçj'u'e L'histoire de la Cité de Liège. Cette grande ville n'a pas d'archives. Cinq catastrophes, marquées par les dates de 1212, de 1408, de 1461, de 1468 et de 1194, ont anéanti la plupart des documents qui auraient pu nous renseigner sur son passé. A l'heure qu'il est, le chercheur qui descend dans les sous-sols oïl l'administration communale de Liège a recueilli ce qu'elle possède de papiers n'y découvre que des actes postérieurs à la révolution française (1).
On se tromperait si l'on croyait trouver un dédommage)ne)U dans les sources narratives. Certes, comme l'a établi le beau mémoire de M. l'abbé Balau (2)^ l'historiographie du pays de Liège est, au moyen-âge, d'une richesse extraordinaire et n'a peut-être son égale nulle part. Mais, ecclésiastiques ou nobles, les chroniqueurs liégeois ne se sont guère intéressés qu'à l'histoire des princes-évéqucs : ils ont pour ainsi dire totalement ignoré la vie communale, et ils n'ont parlé de la Cité qu'à l'occasion des
(1) Sur l'hi-toir'i des urchives coimnurutlcs de Liège, je renv ie au mémoire de •W. Th, Gnbert dans le Bulitlin do riiislitùl archéologique liégeois, t. XXXIV (lOOJj,
(2) En voir le titre plus luin dans la Dihlivijraphie .
•PRÉFAGE.
contins qui la mettaient aux prises avec le prince ou avec l'un des corps privilégiés. Les rares fois qu'ils la mentionnent, c'est sous la forme de l'allusion ou de la prétérition. Celui de tous les Liégeois qui, étant le ynieux renseigné, eût pu nous apprendre ce que nous laissent ignorer ses pareils, Jacques de Hemricourt, n'a pas porté son attention au delà du tribunal des échevins. C'est donc à la principauté seule que se rapportent les trésors de l'historiographie liégeoise : aucune part n'y revient à la Cité. En d'autres termes, tout le monde, à Liège, s'emploie à faire l'histoire; nul ne pense à l'écrire. ^
Les Liégeois ne se sont vraiment intéressés au passé de leur ville que le jour oîi ils ont cru y trouver des arguments et des armes pour les luttes de parti. Au XV H'^ siècle, alors que la Cité était brouillée avec les princes de la maison de Bavière et qu'elle essayait de se faire reconnaître comme Ville Libre Impériale, il se trouva des polémistes qui imaginèrent d'appeler l'histoire à leur aide. Égarés, ce semble, par les rêvasseries des humanistes de la RençLissan€^j-ih~x(écidèrent que Liège était en possession de ses libertés depuis l'époque romaine, et que le pouvoir exercé sur elle par les princes-évéques était une usurpation de date récente. En luttant contre ce pouvoir, la Cité ne faisait que revendiquer des droits incontestables, qui n'avaient pu être prescrits et qui étaient plus anciens à Liège que la domination épiscopale elle-même.
Telle était la thèse des Grignoux. // n'en reste rien aujourd'hui, mais elle a été soutenue pendant plusieurs générations avec une passion extraordinaire. C'est elle qui a inspiré la plupart des révolutions du A' 177*^ siècle, c'est elle encore que professaient les hommes qui, au XV HP, renversèrent les princes- évêques et livrèrent leur patrie à l'étranger. Mais, chose curieuse, au plus fort des luttes politiques livrées par ses adhérents, elle n'est point parvenue à pénétrer dans l'historiographie liégeoise : on la roicontre dans une multitude de pamphlets, on ne la trouve défendue par aucun historien.
Cest que les historiens n'ont pas porté plus iVintérét que les chroniqueurs du moyen-àge aux destinées de la Cité. Et cela s explique si l'on considère qu'ils se sont contentés, jusqu'à nos jours, de compiler et, tout au plus, de compléter et présenter sous une forme plus neuve les données des chroniqueurs. Fisen, qui est le premier en date, ne consulte les archives- de la Cité que pour les faits de l'histoire générale de la principauté. Foullon, qui a plus de critique et qui compose mieux que Fisen, ne représente pas un progrès. Bouille a beau intituler son livre Histoire do la ville et pays de Liège, il n'y a là qu'un titre trompeur, et, au surplus. Bouille marque déjà un recul sur ses deux devanciers. Les modernes : Dewez, de Gerlache, Polain, Daris, n'ont pas poussé plus loin que Fisen. Le point de vue de tous ces érudits est le même : l'histoire deJgjCité ne frappe leur attention que là ail elle se confond avec l'histoire du pays.
Un seul, parmi nos contemporains, a porté aux annales de la Cité un intérêt sincère et semblait appelé à en élucider les ténèbres. Liégeois de naissance et passionnément épris de sa vieille Cité, Ferdinand Henaux tournait volontiers son regard du côté des choses communales et des problèmes qu'elles soulevaient. Par malheur, à part son patriotisme et so}i ardeur au travail, cet érudit manquait des qualités les plus essentielles à l'historien. Esprit faux et ne sachant regarder les choses qu'à travers la lunette de ses passions politiques, dépourvu à un degré étonnant de cette faculté de critique sans laquelle il n'y a point d'historien, n'ayant que de la lecture à la place de culture et d'idées générales, Ferdinand Henaux était un Grignoux du XVfl'^ siècle égaré dans le AYA'^ L'histoire, telle qu'il nous la racoïite, ressemble aux images reflétées par ces miroirs coiicaves qu'on rencontre dafis les jardins de certains parvenus : c'est une carirature qui trahit V action déformante de la main humaine, et qui choque le regard le plus indulgent comme u)i altentat à la dignité de l'histoire.
Uhistoire de la Cité de Liège restait donc un sujet en friche. Non seulement personne ne Va Jamais traitée dans son ensemble, mais f jusque dans les derniers temps, elle n'avait pas même été l'objet de la moindre monographie comme tout sujet historique en a inspiré. La première fois que je m'avisai de dresser, pour mon usage, la liste des méinoires qui lui ont été consacrés, je fus épouvanté de la pauvreté de la bibliographie : elle tenait tout entière dans quelques lignes.
Mais s'il en est ainsi, comment, me dira-t-on peut-être, avezvous pu écrire ces trois volumes ?
Je vais le dire.
Si la ville de Liège a perdu toutes ses archives, cela ne veut pas dire que toutes soient détruites. Les documents relatifs à sa vie intime, à sa comptabilité^ aux séances de son Conseil communal, au fonctionnement de ses diverses institutions, sont peut-être irrémédiablement perdus, mais il n'en est pas de même d'un grand nombre d'autres qui, à cause de leur caractère d'utilité quotidietinej jmL été conservés ailleurs que dans le coffre de IcTCité.
Ainsi, les principaux actes réglant la vie publique ou consacrant les droits des citains ont été colligés dans les Paweilhars, recueils juridiques dont il y avait des exemplaires presque dans chaque maison avant la Révolution de 1189, et où tout Liégeois pouvait se renseigner sur ses droits à peu près comme aujourd'hui dans un code. D'autres, relatifs aux conventions ou aux débats avec des établissements ecclésiastiques tels que la cathédrale, les collégiales, les abbayes et couvents de Liège et du pays, ont été transcrits dans les cartulaires de ces maisons, qui sont conservés pour la plupart. Des chroniqueurs du XIV" et du XV'^ siècle, surtout Jean d'Outremeuse et Jean de Stavelot, en ont reproduit un certain nombre, sans d'ailleurs les accompagner du moindre commentaire explicatif Enfin, la correspondance de la Cité a kiissé aussi quelques traces dans les archives des autres villes.