PRÉFACE
VU
(le la province de Liège (1), œuvre qui, sous son aspect modesle, reprcseiite une somme énorme de laheur courageux et patient. Lorsque, de temps en temps, il est arrivé à M. Bormans de meltre en œuvre ses matériaux, il nous a donné, sur la topographie de Liège, sur les anciens métiers, sur telle ou telle de rios sources narratives, des monographies d'un grand intérêt et qui ont été le point de départ de plus d'un autre travailleur. Cest en s' inspirant de lui et en appliquant la méthode qu'il a inaugurée dans ses Recherches sur les rues de l'ancienne paroisse de Saint-André à Liège (2) que M. Théodore Gobert est devenu Vhistorien autorisé des Rues de Liège.
L'ouvrage dont je viens de transcrire le titre est de ceux qui donnent plus qu'ils ne promettent. Les noms de rue, nés spontanément dans un tenips^ oii l'on se persuadait que ces vorahles doivent servir a désigner leur objet et non à glorifier des grj. nds hommes authentiques ou apocryphes, cachent sous leurs proportions exiguës, à la WALniére des phonographes d'aujourd'hui , récho retentissant des drames et des catastrophes d'autrefois : les interpréter, c'est faire entendre aux contemporains h voix du passé dans toute sa vérité sonore. Il s'ensuit que le livre de M. Gobert n'a pas seulement résolu la plupart des questiom relatives à l'histoire topographique de la Cité (3), mais qu'en plus d'un de ses articles il apporte une contribution excellente à son histoire politique et religieuse.
Il me reste à signaler encore le livre de M. le chevalier de Borman sur Les Echevins de la souveraine cour de justice de Liège.
(1) Procès-i 6/ baux de la Commissiou lioyalii pour la publ/cati .n des ancicumx lois et ordonnances, t. VI.
(2) Liège, Carmanne, 1S07.
(3) Je !.'' y plupart, et qvtl pins bel éloge pourrais-jr- faire di' li> re? Je fit'rr'^ hir/ié que M. Gobert trouvât ce jugement trop rcstri'-iif, i/tnis du ^ Ir d<':'Ui';iu- l'r l éiinlitiim, si bien rnniïSimné que soit un champ, il a tn'ijniirs tSt' /i- /s .f peiiti'.s df i,laner, d je, le J'ai. < sans en demander la permission.
Consacré à la plus importante institution judiciaire de la principauté, et dont lliistoire est si intimement unie à celle de la Cité elle-même, cet ouvrage ressuscite tout le personnel de ce tribunal ^ et il élucide, en passant, nombre de questions avec une fermeté de critique et une siireté d'information impeccables, fose dire, après avoir manié pendant plusieurs années le livre de M. de Borman, qu'il peut être considéré comme Vœuvre la plus remarquable de r érudition liégeoise au XIX^ siècle.
De mon propre travail, je ne dirai rien, sinon que je ne m'en dissimule aucunement les multiples défectuosités. Mieux que personne, j'en connais les lacunes, les erreurs, les témérités, les incorrections de forme, et jusqu'à l'insuffisante toilette de telle pièce justificative qui a dû être imprimée d'après une copie non collationnée. Je prie le lecteur de me pardonner toutes ces taches à raison des conditions dans lesquelles il m'a fallu travailler. J'ai peut' être le droit de compter sur son indulgence pour un livre commencé à Liège, continué a Rome^ et achevé dans un village brabançon. lljn^a pas tenu à moi qu'il ne vît le jour avant le moiffênf oîi les ressources des bibliothèques et des archives liégeoises ont cessé d'être à ma disposition quotidienne. En réalité, il m*a coûté trois ans de plus que je n'avais prévu : je croyais l'achever en 1906, au moment oiije quittais Liège, et j'écris ces lignes à la fin de l'année 1909.
Au surplus, je ne regrette pas le temps que j'y ai consacré. De toutes les besognes scienti/iques, la plus agréable est celle qui consiste à explorer le premier un domaine vierge et à y tracer les chemins par lesquels on passera après vous. C'est une satisfaction que j'ai goûtée dans une large mesure pendant tout le temps qu'a duré mon labeur. Je voudrais en avoir une autre : c'est que mes lecteurs liégeois y trouvassent quelque trace de la .sympathie sincère que je garde au peuple parmi lequel se sont écoidés quarante ans de ma vie.
Assche, le 19 octobre 1909.^^