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PAROLES FERVENTES

A mes amis poètes.

Ce soir plus que jamais, au seuil de ce grand livre,

Où toute la ferveur de mon âme se livre

Comme l'âme du sol se livre au renouveau,

Je sens combien l'amour exalte mon cerveau,

Combien il fait vibrer mon être et le captive,

Et chante dans mon sang, et met dans ma chair vive

Le désir d'être bon et la soif du bonheur.

Venez plus près, je veux parler à votre cœur,

Je veux être celui qui verse la tendresse.

Je ne vous dirai rien de la meute traitresse,

Ni rien des imposteurs, ni rien des charlatans ;

Amis, le jour viendra, avant qu'il soit longtemps,

Où vous assisterez à leur déroute noire.

Vous, restez purs, restez dignes de la victoire

Qui vous regarde au loin de son beau front lauré.

Vous êtes, mes amis, pleins d'un désir sacré,

Une flamme de feu vous brûle dans les moelles,

Et vous rêvez de mettre en vos vers tant d'étoiles,

Que l'homme en les lisant avec des yeux d'espoir,

Y sente palpiter tout l'infini du soir,

Roulant ses feux et ses symboles de mystère Vers qui montent les cris angoissés de la terre. Je connais tous vos vœux, je sais votre vertu, Et le tourment qui tient votre esprit abattu. Je sais votre souci de vivre, votre ivresse, Et le puissant désir qui vous tient et vous presse, Et tout ce qu'ici-bas vous voulez conquérir, Et les sources de foi que vous voulez tarir, Et tout ce saint espoir de votre âme profonde De vouloir égaler tout l'infini du monde.

Oui vous avez raison, ouvrons sur la cité Nos fenêtres, tendons nos cœurs vers la clarté, Laissons dans cette chambre entrer le bruit des foules Et de tout ce qui vit, pense, s'agite et roule. Soyons l'homme total qui rêve, souffre et veut, Et tournons nos regards vers la ville de feu, Où dans l'explosion des marteaux et des forges, Les lutteurs valeureux chantent à pleine gorge Vers le soleil futur et l'ardent avenir. Penchez-vous au dehors, déjà j'entends venir Dans l'aube radieuse où le siècle s'enfante, L'appel mystérieux des foules triomphantes. Ecoutez vous les purs, écoutez vous les forts, Quelque chose palpite et s'exalte au dehors, Les trains sifflent dans l'ombre et les forges halètent, Les steamers voguent sur les mers de la planète,

Les ports sont pleins de cris, de voiles et de mâts, Quelque chose va naître et je lui tends les bras, Quelque chose va naître en la lumière prompte, Quelque chose va naître, et c'est vers nous qu'il monte '<

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