ODE AUX POETES NOUVEAUX
O mes amis, nos chants pieux sortis du cœur, Sortis de notre sang et de notre poitrine, Encor tout frémissants de la ferveur divine De notre abîme intérieur ;
Nos chants tout spontanés et couronnés de flammes, Nos chants immédiats, nés d'un élan de feu, Comme ils sont bien les fils du dieu puissant, du dieu Paroxyste, jailli de la vie et de l'âme !
O dieu nouveau, dieu vers qui nous tendons Les odes d'un lyrisme instinctif et sans voiles, O dieu de mouvement qui nous pousses par bonds Vers l'exaltation aux lucides étoiles ;
Tu as su nous placer au sommet du réel,
Tu nous as révélé les extases fécondes,
Et notre sentiment de l'individuel
S'est agrandi soudain du sentiment du monde.
Nous ne sommes plus un, mais aux heures de foi Nous sentons l'univers palpiter dans notre être. Une conscience haute et rude nous fait naître A quelque chose de plus grand que notre moi.
Le lyrisme épuisé par nous se renouvelle, Nous insufflons à l'art un sang jeune et plus pur, Et le monde joyeux se pénètre d'azur Et nos poèmes nouveau-nés battent des ailes.
Ils dansent avec foi sur les cimes du jour, Clament des hymnes d'or aux puissances superbes. O mes amis, ô mes amis, les blondes gerbes Que nous moissonnerons demain avec amour !
Semons la graine ardente aux sillons de l'idée, Contre les négateurs affirmons hardiment. Notre besogne sainte en sera fécondée, Et la bouche qui dit une autre chose ment.
Malgré les insulteurs et les avortons mièvres, Et tous les contempteurs des œuvres de l'esprit, Oui, chantons nos espoirs exaltés et nos fièvres,
Et déployons sur toi nos ailes, ô Paris :