LES TRAINS A TRAVERS LE MONDE
Ah ! les trains bondissants, lourds de houille et de fer, Comme ils s'en vont tordant leurs panaches d'éclairs Sur le sol réveillé de l'antique univers!
Ce sont eux les trains noirs, ce sont eux qui secouent
Le monde sous l'appel tournoyant de leurs roues ;
Leur trépidation anime la planète,
Ils disent le labeur fervent et la conquête,
Le désir effréné de l'homme et son pouvoir.
Ah les trains lourds d'enthousiasmes et d'espoirs !
Ah ! les trains assoiffés d'espace,
Les trains fous, les trains noirs,
Qui ronflent, roulent et terrassent
Sous leur essor de feu les plaines dans le soir !
Ah ! leurs sifflets, appels jetés vers la chimère, Vers les Eldorados du songe et des combats, Vers les pays de l'or, vers les fauves climats, Et tous les infinis rêvés qui sont là bas, Aux Atlantides de la terre !
Quand ils passent le soir dans la paix des vieux bourgs, Trouant de leur ardeur les profondeurs rétives, C'est avec un bruit de tambour Que ronflent leurs locomotives.
L'espace alors est transpercé par un grand cri, Les hommes réveillés s'agitent, les esprits Vibrent plus fervemment d'un désir de conquête. Et des vouloirs puissants soulèvent la planète, Sonnent, casqués d'azur, dans leurs clairons vermeils, La diane formidable et pourpre des réveils, Culbutent autour d'eux les temples du silence Et l'ancienne torpeur du vieux monde accablé.
Et le train passe avec sa fougue et sa démence, Remorquant ses wagons chargés d'orge et de blé, Lourds d'huile et d'animaux beuglant aux ouvertures, Emportant les moissons fécondes dans ses flancs, Les produits de la mine et ceux des filatures, Les fontes, les goudrons, les fers bruts, les fers blancs, Et les tonnes de naphte et les cuves d'essence, Les anthracites, les bitumes et le benzol, Et des tonneaux de vin et des barils d'alcool, Menés là bas vers les navires en partance .
Et c'est toujours des trains, des trains noirs, des trains tous,
Qui vont et viennent et partout
Disent la frénésie et le labeur des êtres.
Et le rêve de Phomme à leurs rails s'enchevêtre,
Frissonne éperduement vers des désirs nouveaux ;
Une flamme de feu brûle dans les cerveaux,
Les poings se tendent, les yeux brillent pleins de fièvre,
Des paroles de foi montent du cœur aux lèvres,
Les cieux palpitent, et les foules des cités
Et les- hommes nouveaux qu'aucun doute n'afflige,
Se sentent tout à coup, frémissants, emportés
Au delà du réel, sur le rail du vertige.