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LE POEME DES TRAINS

Dans un crépitement de braise et d'étincelles, L'express ouvrit enfin ses ailes.

Il s'avança plus vif, par ahans, par à coups, Se tordit sur la voie, eut comme la couleuvre, Des rampements subtils afin de mettre en œuvre L'effort multiplié des mécanismes fous.

La trépidation des roues qu'un feu pénètre, Le grondement bourru des traverses des rails, Toute l'intensité des bielles en travail Exalta le vertige assoupi de mon être.

Un rythme plus vibrant électrisa mon corps, Et toute la beauté moderne au vol de flamme, Déesse fauve, aux poings d'acier, au regard d'or, Apparut dans l'éveil radiant de mon âme.

Le train ronflait, rauque et terrible, et par moments Sur la nocturne ampleur des campagnes passives, On entendait — verbes d'éclairs, hennissements, — Le foudroyant labeur de sa locomotive.

Il éventrait le sol, il culbutait le vent, Il se lançait fougueux et toujours plus vivant, Dans la paix de la nuit dont il trouait les voiles. Il semblait affamé de soleils et d'étoiles, Il asser vissait l'ombre à son rythme de feu. Il régnait triomphal. Il était bien le dieu Au panache de flamme ardente et de fumée, Au cri de foudre, aux yeux d'éclairs, Soulevant dans ses bras de vertige et de fer La vieille terre inanimée.

Les cylindres chantaient l'effort de la vapeur. Et dans le tourbillon de ce vol frénétique, Les échos réveillés sortaient de leur torpeur. On entendait le mouvement des excentriques, Le crissement des freins et des roues sur le rail. Tout l'express aboyait tordu dans le travail Des soupapes œuvrant dans l'enfer des fournaises. Les bouilleurs s'activaient dans la fièvre du feu, Les bielles crépitaient, les pistons, les essieux, La tuyère crachait une vapeur de braise. Tout bramait, s'exaltait, crevait le firmament, D'un hymne formidable et rouge, plus dément A mesure que l'eau, la chaleur et la flamme, S'unissaient, se fondaient pour ne former qu'une âme.

Et le train flamboyait sombre et fauve. A son bruit

Les hameaux se cabraient apeurés, et les cloches

S'entrechoquaient à son approche

Et jetaient un appel angoissé dans la nuit.

Les peupliers courbaient leurs têtes,

Les talus se crispaient sous ce vol de tempête,

Le silence fuyait de la terre et des cieux,

Chassé par le fracas explosif des essieux

Et par le rougeoiment vertigineux des phares.

Formidable, il ronflait dans l'ombre qui s'effare,

Soulevait les poussiers de coke et de charbon ;

En tumulte de foudre il écrasait les ponts,

Et les poteaux du télégraphe faisaient rage.

Et parfois, plein de flamme et de désirs nouveaux,

Il semblait entrainer au feu de son sillage,

Les disques rouges, les passages à niveaux,

Tunnels et viaducs et postes d'aiguillage,

Et les gares et leurs fanaux.

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