‹ La Cité des hommesChapitre 24 sur 24 · VISION DE LA CITE FUTURE · texte numérisé non relu

VISION DE LA CITE FUTURE

Les plus grandes vertus sont filles de l'épreuve, La lutte et la douleur sont le philtre des forts, C'est le vin généreux où notre âme s'abreuve Pour tenter un nouvel effort.

La meute des maudits et la tourbe des lâches, Peut dans notre labeur nous suivre pas à pas, Sans détourner les yeux nous poursuivons nos tâches, L'injure ne nous atteint pas.

O mes amis, tous les tourments que nous subimes Dans notre œuvre d'amour, d'espoir et de beauté, Sont nécessaires pour atteindre aux hautes cimes Où nous voulons monter.

La tempête n'est pas pour vaincre notre audace, Le cri des impudents ne nous fait pas frémir, Nous avons pour soutien, pour glaive et pour cuirasse Notre foi d'or dans l'avenir.

Nous sommes les coureurs qui transmettons la flamme, Là-bas brille le but que nous devons toucher, C'est là notre destin, et la voix de notre âme Nous dit : Va-t'en sans trébucher !

Lève les yeux, étends tes muscles, sois l'athlète, Le porteur du flambeau et l'annonciateur, Prédis les temps futurs, et des vertus parfaites Clame les noms sur les hauteurs.

Elles s'appellent foi, pitié, grandeur, vaillance, Ce sont les vrais soleils où tend tout être humain, Elles luisent au fond de l'avenir immense Où s'élaborent les demains.

Voyez-les, mes amis, et cheminons vers elles, Et nous les atteindrons avant la fin du jour, Elles nous parleront de bonté fraternelle, D'harmonie et d'amour.

Elles seront pour nous les brûlants viatiques Qui viendront embraser l'ardeur de nos cerveaux, Elles nous feront voir dans l'azur nostalgique Des horizons nouveaux.

C'est là-bas, mes amis, vers les saintes collines, Que nous saurons bâtir, fervents, d'un geste sûr, Les cités de la joie et les cités divines Des Paradis futurs.

Elles se dresseront comme un cri de victoire, Belles de l'union de la force et du droit.

Sur leurs tours claqueront les pennons de la gloire Et les étendards de la foi.

Des phares étendront leurs réseaux de lumière, Ses carrefours seront remplis de beaux enfants, Et la justice aura sa place — la première — Au sein des peuples triomphants.

Non sur les murs, mais dans la chair de tous les êtres, Scintilleront en longs traits d'or et de clarté, Tous ces grands mots qu'il faut apprécier et connaître: Amour, travail et vérité.

Au ciel émerveillé claqueront nos bannières, Le monde sera pur de tout le jour vermeil, Et nous aiguillerons les instincts populaires A la conquête des soleils.

Nous saurons les pousser hors des ambiances noires. Vers les triomphes exaltant l'esprit vainqueur, Et nous mettrons tous les héros dans leur mémoire Et tout l'espace dans leur cœur.

Et pour les délivrer du mal qui traîne et rôde, Pour les rendre à jamais plus forts et radieux, O mes amis, nous leur ferons chanter des odes A la gloire du plus grand Dieu !

iH) LA CITE DES HOMMES

O mes amis, approchez-vous, que je vous sente ! J'ai besoin de vos mains fidèles près de moi, Je veux vous dire encor et ma ferveur puissante Et la tour d'airain de ma foi...

Je veux vous redonner le désir de la palme,

Je veux vous exalter vers des pensers nouveaux,

Et vous montrer le feu qui luit dans mes yeux calmes

Et qui flambe dans mon cerveau.

Je veux vous dire encor le but que je m'assigne, Le temple haut et fier où nous nous reverrons, Loin des bas insulteurs et des rivaux indignes Que l'envie impure corrompt.

En attendant les apothéoses promises, Dans la lumière, dans l'amour et la beauté, Allez, ô mes amis, œuvrez avec franchise Pour la plus grande humanité.

Bâtissez avec moi des cités dans vos rêves, — Tout ce que conçoit l'homme un jour s'élèvera — Et nous prophétisons pour que d'autres l'achèvent Et le construisent de leurs bras.

Nous sommes, mes amis, les fervents d'un grand songe, Qui peu à peu s'intègre en la réalité.

Quand une voix de nuit vient nous crier : Mensonge! Nous lui répondons : Vérité !

Nous sommes les voyants. La flamme nous dévore, Tous les futurs grondent au fond de notre esprit, Et déjà dans les feux jaillissants de l'aurore, Je vois s'élever comme un cri,

Les tours d'orgueil et les palais d'apothéose, Les temples immortels aux magiques arceaux, Et la terre promise aux jardins lourds de roses, Où va l'essor de nos vaisseaux.

Je vois des ports joyeux, pleins de mâts et de voiles, Je vois bondir au ciel de grands arcs triomphants, Et près des seuils féconds, tout couronnés d'étoiles, S'égayer des rondes d'enfants.

L'espace rouge est sillonné d'aéroplanes,

O mes amis, ô mes amis, je les entends !

Ils sont là des milliers qui volent et qui planent,

Angoissés d'un désir ardent.

Sous eux la ville noble en ses architectures, Se cabre palpitante et je la vois hennir Vers tous les absolus des conquêtes futures De l'inconcevable avenir...

Les foules vont chantant l'héroïsme et la gloire, On attend le départ des vainqueurs du ciel bleu, L'azur exhausse au loin ses arches de victoire Comme pour saluer un dieu.

Ils s'élancent ; déjà tout le zénith s'effare, J'entends dans le silence infini des hauteurs, Mêlés aux déclics fous et tournoyants des phares, Les ronflements de leurs moteurs.

Et toute la cité dans une ardente extase, Frémissante et crispée en un désir vermeil, Regarde s'élancer dans l'azur qui s'embrase, Tous ces conquérants du soleil.

O mes amis, j'ai vu tout ceci dans mon âme, Le dieu va se lever, je le sais maintenant, Je le vois s'avancer tout couronné des flammes Et des astres du firmament.

Notre place est là-haut sur la Tour, en vigie, C'est là que nous devons veiller et nous tenir, Pour ranimer le feu divin des énergies, Et guetter l'Immense Avenir,

Pour que le jour où de l'infini solitaire,

Il viendra lumineux, escorté du réel,

Nous soyons les premiers à crier : Terre ! Terre !

Dans le vaste océan du ciel !

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