QUATRIÈME PARTIE
Dans la grande salle de la mairie de Lux, autour de l'immense table ovale placée au centre et revêtue du traditionnel tapis vert, les invités s'étaient assis. . . Il y avait là Yillance et l'abbé Coupé, Mme Polonais, le marquis et la marquise de Laiglon, Mme Ysolde Villance (née de Rochefaille), M. Baluzot, Me Dupaty, MM. Golden, Chrétien et Couard, eux et leurs femmes, le juge et Mme Pigé, Inès Golden, la comtesse de Rochefaille et sa fille Roxane... Timidement, M. Nil, l'instituteur, secrétaire de la Commission d'intérêt local, essayait sa plume dans l'angle d'une grande feuille blanche. . . Debout, le maire. M. Dézessart, toussota.
— Mesdames et messieurs, prononça-t-il, la séance est ouverte.
Il s'inclina à droite et à gauche, sur le corsage rebondi et pailleté de Mme Polonais et sur la soutane mal odorante de l'abbé ; il sourit aux loupes de M. Couard et au ventre rebondi de Golden, mais les yeux de la belle marquise de Laiglon, fixés sur les siens, faillirent lui faire perdre le souvenir des premières phrases de son discours. . .
— C'est avec une émotion bien légitime, dit-il, que je vois réunie autour de moi l'élite même de la société de Lux. Vous savez, Mesdames et Messieurs, la pénible
IvA CITÉ DES IDOLES
situation où se trouvent les travailleurs de notre chère ville de L,ux et, je puis bien le dire, de notre île de Morrow tout entière. La misère, la misère dans ce qu'elle a de plus horrible, s'est abattue sur un grand nombre d'honnêtes familles ! . . . Non, jamais une aussi effroyable misère