L'ESPRIT DE VIE ET L'ESPRIT DE MORT
NOTES
i , pa<»e 42. — L^ foi nous enseigne qu^ « iXj a deux ▼oie» de doctrine et de pubsance, Tune qui est celle de la lumière, l'autre qui est celle des ténèbres; il y a cette différence entre elles que la première est présidée par les anges de Dieu^ Tautre par les anges de Satan. Or, Dieu est le maître de siècle en siècle, tandis que Satan est le prince du temps de l'iniquité (1). »
« La malice de Satan, dit Bossuet, est spirituelle et ingénieuse; il trompe les plus déliés. Sa haine désespérée et sa longue expérience le rendent de plus en plus inventif ^ il se change en toutes sortes de formes; et cet esprit si beaa> omé de tant de connaissances si ravissantes, parmi tant de mer* veilleuses conceptions, n'estime et ne chérit que eelles qui savent à renverser l'homme : OperaHo eofum est hcminis ev^rsio, n (Tbbtull., Apolog,, II, 22) (2),
« Jésus^Glu*ist n'a pas omis de nous parier du démon par son nom , il la appelé le prince de ce monde, et Ton dirait que certains auteurs chrétiens de nos jours ont un parti pris de ne tenir aucun compte des nombreux passages de l'Ëvangile où cet agent pervers est dénoncé comme l'auteur de tptis
(1) ÉpUre catholique d« saint Barnabe, ch. xviil-XXll.
(2) Sermon fur les démons,
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nos ma\ix. On parle du mal, du génie du mal, de l'erreur^ du désordre, de la dépravation humaine; mais toute cette métaphysique couvre mal la répugnance que Ton éprouve à mettre en scène Tétre mauvais qui profite si habilement de l'oubli qu'il a su répandre de nos jours jusque sur son eiistence (\).y»
<c Est*il téméraire de dire qu'il j a dans la société mo* deme une sourde conspiration de Tesprit de ténèbres^ pour nous ramener à la barbarie^ en éteignant parmi nous la vraie lumière, qui est la vie des âmes^ et le sens moral, sans lequel il n'y a aucune société possible (2). »
Parmi d'innombrables textes de l'Écriture et des Pères . qu'il serait trop long de citer, nous nous bornerons h rappeler les deux suivants :
« Nous avons à combattre non contre la chair et le sang^ mais contre les principautés^ contre les puissances^ contre les princes de ce monde de ténèbres, contre les esprits de malice répandus dans l'air (3). »
« Les démons croient aussi et TfiEkBLENT (4) «
Ces paroles de l'apôtre saint Jacques nous conduisent à une importante d^rvation : souvent, dans notre livre,, les puissances du mal parient entre elles un langage apdogétir que 9 conforme à la pureté, à la beauté de la doctrine évaogéhque. « Si Satan prêche ici une très-bonne morale, dironsa nous avec Chateaubriand, rien ne blesse la convenance et t la réalité même des choses. Les démons connaissent le
(1) Dom t^ÉRANGER, Du Naturalisme dans l'histoire.
(2) Mgr de Bonnechose, Lettre pastorale à V occasion de la prise de possession de son siège métropolitain et de son entrée dans son diocèse, 1858.
(3) Saint Paul, Ép. aux Éphénejis, vi, 12.
(4) Et dœmones eredunt et contremiscunt. Saint JACQUBa , II, 49.
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a bien^ et font le mal; c^est ce qui les read coupables. Ils « applaudissent à la justice qui leur donne des victimes... a Uhonime une fois tombé, Satan rit de la .(rédulité de sa «( victime (!)• »
Ainsi l'on ne s'étonnera pas que ces esprits si he<mo, ornés de connaissances si ravissantes^ comme dit Bossuet^ apprécient dans sa grandeur et sa sublimité Tœuvre divine de la rédemption. S'il n'en était ainsi^ comment pourraient-ils concerter leurs efforts, calculer leurs artificieux ccHnplots^ et se vanter de leur triomphe dans la lutte qu'ils ont enga^ gée? Une des chances de la victoire n'esi-elle pas de connaître les ressources de Tennemi^ et le génie de ses manœuvres, pour les déjouer ou les failre tourner contre lui? Les anges de Satan ne sauraient Tignorer (2)« Aussi ont-ils bâti la cité du mal sur un plan parallèle à la cité de Dieu^ en s'efforçant de substituer partout, à l'esprit de vie, l'esprit de mort^ qui peuple leur empire, a C'est là le monde dont Satan est le « créateur, c'est sa création opposée à celle de Dieu (3). »
« Que fait le savoir personnifié dans Satan ? Il fait ce que « doit faire le génie du mal, les ténMfres^ Satan n'ignore pas, a il sait. A quoi tient-U que, savant pai; sa nature, et por- « tant le nom de lumière, Lucifer soH nommé le prince des « ténèbres? C'est qu'il est le mal et qu'en lui la science ou « la possession de la lumière^ par une contradiction appa*> « rente qui est le mystère profond' de la vérité, devient la « puissance de faire les ténèbres (4). »
(1) Les Martyrs, liv. VIII, notes xvi et ivii.
(2) « Satan n'est la plus haute personnification de Têtre malfaisant que parce qu'il joint la plus vaste intelligence à la plus profonde dépravation; ange déchu, dont le front sillonné par la foudre garde encore Téclat de sa céleste origine. » Mgr Tévêquâ de Rodez, discours prononcé à la distiibution des prix de son petit séminaire, août 1858.
(3) BossuET, Traité de la Concupiscence^ ch. xxTir.
(4) Le R. P. FÉLIX, Conf, de Nôtre-Dame, t. ï, p. 285.
--Kotrd siècle j' livré à tous lés délires^ a travaillé à la réhabilitation, à la glorification de Satan.
« Viens, Satan^ viens, le calomnié des prêtres et des rois^ que je t'embrasse^ que je te serre siu: ma poitrine! Il y a longtemps que je te connais^ et tu me connais aussi. Tes œuvres > ô le béni de mon cœur, ne sont pas toujours belles ni bonnes ; mais elles seules donnent un sens à l'univers et l'empêchent d'être absurde. Que serait, sans toi, la justice? un instinct; la raison? une routine; l'homme? une bête. Toi seul animes et fécondes le travail; tu ennoblis la richesse, tu sers d'excuse à l'autorité, tu mets le sceau à la vertu. Espère encore, proscrit \ je n'ai à ton service qu'uneplume ; mais elle vaut des millions de bulletins (1). »
Nous verrons plus loin un poêle célèbre chanter cette même réhabilitation et faire s'embrasser le Christ et Bélial, r&ttnb dans le ciel.
Enfin, un membre de l'Institut, un jeune écrivain, qui se pique de science et de philosophie, a tenté aussi de foire l'apologie de Satan, l'ange maudit par toutes les gkiérations qui se sont succédé sous le ciel.
« Beau comme toutes les créatures nobles , plus, malheureux que méchant, le Satan de M. Scheffer signale le dernier efibrt de l'art pour rompre avec le dualisme et attribuer le mal à la même source que le bien , au cœur de l'homme...
€ De tous les êtres autrefois maudits, que la tolérance de notre siècle a relevés de leur anathème, Satan est sans con^* tredit celui qui a le plus gagné au progrès des lumières et de l'universelle civilisalion. 11 s'est adouci peu à peu dans son long voyage, depuis la Perse jusqu'à nous; il a dépouillé toule sa méchanceté d'Ahrimane. Le moyen âge, qui n'entendait rien à la tolérance, le fit h. plaisir laid, méchant, tor-
(1) Proudhon, Dtt la Justice dan* la Révolution, etc.j t. II, pa^e 540.