‹ La cité future: essai d'une utopie scientifiqueChapitre 44 sur 105 · CHAPITRE PREMIER. — GÉNÉRALITÉS · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. — GÉNÉRALITÉS

[plongera dans le néant si elle estime qu'il est voué par sa condition à la misère physiologique ou psychologique. Gomme les médecins-majors de nos armées permanentes» elle prononcera sur le conscrit le « Bon pour le service se* cial » et classera les travailleurs suivant leur force corporelle, comme les membres de l'enseignement d'après leur développement intellectuel et leurs aptitudes d'esprit. Elle prendra sous la tutelle tous les citoyens qu'une infirmité physique ou mentale exclut des cadres normaux dut travail et qui ne peuvent exercer les droits et remplir les devoirs d'ordre politique, économique ou privé. • Enfin, ce sont des tribunaux présentant ce caractèremixte médico-juridique qui seront saisis des délits dénotant chez leur auteur un état mental défectueux non pour leur imposer, au nom de la vindicte sociale une expiation, vestige ridicule d'anciennes croyances religieuses abolies, mais pour les guérir s'il est possible, sinon pour protéger leurs concitoyens contre les dangers qu'ils leur font courir, par la surveillance strictement nécessaire et la plus douce possible.

J'estime, en un mot, que la Société Future mettra en pratique les théories de l'Ecole criminaliste italienne,, dans ce qu'elles ont de juste.

Mais, direz-vous, ces trois justices civile et disciplinaire, comptable et médicale n'entreront-elles pas en conflits? Ces conflits seront, répondrai-je, tranchés par an tribunal supérieur pour lequel je m'inspirerai mutatis mulandis de celui que nous avons en France pour mettre l'accord Conseil d'Etat et Cour de Cassation.

En résumé, pour la justice comme pour tout le reste» e Collectivisme m'apparaît comme devant utiliser des insitutions existantes sauf à les mettre au point et les porer à un degré de perfectionnement que le régime écononique actuel ne nous permet pas d'atteindre.

Je dois terminer ce trop long chapitre par une prière [ue j'adresse au lecteur, celle de. m'apporter toute son ttention et de s'armer de patience. En auront besoin sur- Dut les hommes qui vivent d'idées générales, de gran-

des théories en me voyant exposer de minutieux détails d'organisation. Il m'a fallu descendre à ces détails pour me donner la conviction qui me possède maintenant que le Collectivisme n'est pas un rêve de songe-creux mais une économie aussi naturelle que toutes celles qui l'ont précédé. Peut-être les socialistes seront-ils heureux de profiter des longues réflexions dont je leur apporte le fruit, lorsque au cours de polémiques, les conservateurs prétendront les mettre au pied du mur ; ils ouvriront alors les portes qu'ils ne voient pas peut-être maintenant et dont je leur aurai donné la clef. Mais alors ils entendront les gens qui ne veulent pas être convaincus clore la discussion parun:(( Tout cela est bien trop compliqué. » Qu'ils se gardent de céder même sur ce point. Nous devons nous garder de laisser passer sans y répondre aucune objection, même la plus oiseuse.

Sans doute, la Société Collectiviste dont je démonterai les rouages est. moins simple que le communisme anarchique, mais il faut dénier aux théories libertaires le caractère heureux de simplicité et dire d'elles : c'est du simplisme, un simplisme enfantin, qui détruisant tout, ne crée rien et remplace, dans la production l'ordre mauvais par le désordre, comme la répartition défectueuse par le gaspillage dans la consommation. Si je laisse de côté l'anarchie, je n'hésite pas à affirmer que le Collectivisme n'est pas plus compliqué que l'individualisme orthodoxe. Soutenir le contraire, c'est prétendre que la main est plus simple que telle ou telle machine-outil. Un jour, je visitais une féculerie. Le Directeur, avant de m'introduire, me dit : Si vous voulez comprendre mes machines, rappelez-vous qu'elles font ce que ferait l'homme. Pour avoir de la fécule vous prendriez un couteau, vous éplucheriez la pomme de terre, la couperiez, la râperiez pour ensuite tamiser et laver la râpure. Ainsi agit l'outillage, et à mesure que je passais devant un engin, mon cicérone me rappelait le geste de la main qu'il remplaçait, dans le même ordre.

Eh bien, au cours de mon étude, il m'arrivera d'ex-

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