CHAPITRE PREMIER. — GÉNÉRALITÉS
drais dès maintenant étendre à tous les litiges un grand principe des tribunaux administratifs : c'est au juge à instruire l'affaire dont il est saisi par requête et à citer en la forme administrative les personnes qu'il convient de mettre en cause.
L'idée de justice éveille en nous les perspectives les plus terrifiantes ; hommes de loi retors et rapaces, grimoires illisibles et rédigés en une langue incompréhensible car elle date duxiv'' siècle, bavardages interminables et diffamatoires, frais énormes et le plus souvent hors de proportion avec l'intérêt engagé, lenteurs incompatibles avec les nécessités de la vie moderne, voilà pour nos contemporains le contenu du mot procès. Ne nous laissons pas hypnotiser par le spectacle des abus monstrueux, survivances historiques maintenues, consolidées par la fiscalité ; ils s'écrouleront d'eux-mêmes avec les intérêts économiques qui les ont engendrés.
Il est chimérique de supposer sans litiges une société d'une grande activité économique, composée de citoyens se gouvernant eux-mêmes et conscients de leurs droits ; il ne l'est pas au contraire d'imaginer que le Collectivisme réalisera enfin les promesses de la Révolution de 1789 quant à la justice simple, rapide et absolument gratuite où l'homme de loi, déchu de son antique suprématie sociale, de parasite du capitalisme, deviendra un serviteur de la communauté, tout comme le comptable. Cette comparaison n'est pas oiseuse, elle m'amène à un second point très important.
J'ai dit que les juridictions administratives disparaîtront. Une cependant subsistera, la Cour des Comptes, qui aura dans la Société Future une importance bien plus grande qu'aujourd'hui puisqu'elle s'étendra à la comptabilité, deniers et matière, de toute la vie économique du pays, production et consommation. On connaît les attri- Ibutions de ce tribunal ; elles sont chez nous politiques [(Déclaration Générale de Conformité et rapports généraux laux Chambres), juridictionnelles, (Jugement des Compta- |bles). Elles se sont augmentées en Italie du contrôle pré-
ventif sur tous les actes de l'Etat, de quelque nature qu'ils soient, administratifs ou contractuels, qui peuvent engager les finances publiques (marché de travaux comme création de fonctions). Ce contrôle préventif, dont je souhaite vivement l'introduction dans notre pays, assurerait le bon fonctionnement financier du Collectivisme. Ce régime empruntera à notre organisation financière actuelle l'inspection des finances et le sj'stème du contrôle des comptables imaginé en 1836 après un détournement d'un million par le Caissier Central du Trésor à Paris, qui place à côté du comptable un fonctionnaire visant toutes les pièces avant qu'elles puissent servir de cause à un décaissement. Je me suis préoccupé de perfectionner ces deux services, et je crois qu'il serait bon, pour leur donner la plus grande autorité, la plus parfait»*, indépenda^nce, de les déU\cher complètement des administrations à surveiller en les rattachant à la Cour des Comptes elle-même. En un mot, ce seraient des membres ou des délégués de cette Cour répartis sur tous les points du territoire où leur présence à demeure serait nécessaire ou le parcourant en des tournées régulières et improvisées qui assureraient la parfaite gestion de la fortune publique, l'exécution stricte des budgets économiques, financiers et administratifs. Il va sans dire que cette justice comptable présenterait, quant à la capacité et à l'indépendance de ses magistrats de carrière, comme pour les arbitres ou experttechniques nécessités par la comptabilité matière, Ic^ mêmes garanties que la justice civile et discijiiinaire^ et que la troisième justice à laquelle j'ai déjà fait de nombreuses allusions, \a justice médicale.
Composée de personnes préparées i\ leur tâche par des études supérieures médicales psycho-phvsiologiques et juridiques elle assurera le contrôle, l'inspection et la juridiction dans tout ce qui touche à l'hygiène publique et privée. Elle donnera aux citoyens les permissions qui leur seront nécessaires pour transmettre la vie, leur imposera s'il le faut la, stérilité. Semblable au pater familias des sociétés antiques, elle jugera le nouveau-né et le r