‹ La cité future: essai d'une utopie scientifiqueChapitre 71 sur 105 · Rev. de Paris, !«' août 1901, p · texte numérisé non relu

Rev. de Paris, !«' août 1901, p

les services de nuit. Le paysagiste conquerra les mois de liberté qui lui sont nécessaires pour parcourir la campagne, en s'embauchant dans les usines où le travail étant plus dur, l'heure conipte double ou triple. Spinoza s'il revivait dans la Société Future y trouverait encore des verres de lunettes à polir. Quant à Chateaubriand, il pourrait choisir entre la a brillante » louction de gardien d'un phare breton battu par la tempête ou Testimable poste de bal;iyeur de la rue du Bac.

r.e grand Tolstoï a voulu faire des souliers et enseigner leb petits enfants. « Lartiste de l'avenir, dit-il ^ vivra de la vie ordinaire des hommes. Gagnant son pain par un métier quelconque et instruit ;\ connaître le sérieux de la vie, il s'elï'orcera de transmettre au plus grand nombre d'hommes possible, les fruits du don supérieur que la nature lui aura accordé; cette transmission sera sa joie et sa récompense. Aussi longtemps qu'on n'aura pas chassé les marchands du temple, le temple de l'art, ne sera pas lin temple. ^lais le premier soin de l'avenir eera de les chasser. »

La Société Collectiviste aura des musiciens et des comédiens professionnels, mais probablement de moindre impurtance que les troupes d'amateurs. On sait le développement des chorales et des orphéons en Allemagne. Un jour en Suisse, j'assistai à un grand banquet d'un congrès international : après les délégués de tous les pays, au bout de la table vinrent s'asseoir comme des invités, les membres d'un Gesangverein, ciioyens de diverses conditions sociales, employés, ouvriers, bourgeois, réunis par l'art. Au dessert, ils se levèrent et cliantèrent les plus be;;ux morceaux ce leur répertoire. J'eus là une vision de la Société Future.

On connaît aussi les grands spectacles historiques destinés à rappeler les souvenirs glorieux de la libre Hel-

d. Qu'est-ce que l'art ? trad. du russe. Paris, Perrin, 1898, p. 2iH. V. dans le même sens, Georges Renard : le Régime socialiste, p. 151.

SECTION n. i 1. LA NATALITÉ 295

vétie. Au printemps dernier, la jeunesse de Vouyry représenta sur la place de ce village à l'ombre d'un orme séculaire, un drame en 6 tableaux, Nicolas de Flue à la diète de Stanz. Cent cinquante jeunes gens et jeunes filles en costume national, chantèrent l'hommage au grand patriote et terminèrent la soirée par la danse aux rubans. On connaît en France les admirables représentations du théâtre du peui^le à Bussang qui a eu des imitateurs dans les Gharentes, celles des Universités populaires et les belles fêtes civiques organisées ces derniers temps. Le théâtre sera, nul n'en peut douter, mieux représenté dans la Cité Future par des citoyens épris de l'art, par des citoyennes mues par de chaleureuses convictions, que par les griniaces des vieux pitres et la pauvre chair à prostitution qui s'étale sur les théâtres des boulevards

SlCCTlON II

La Main d'œuvre.

L'Etat réglant souverainement la production doit aussi souverainement régler le recrutement du personnel des travailleurs.

Les capitalistes n'ont qu'à embaucher les prolétaires skilled ou unskilled, contre -maîtres ou ingénieurs, que la faim attroupe à la porte de l'usine. Ils ne peuvent cependant se décharger complètement de l'instruction professionnelle sur l'Etat ou ses démembrements provinces ou villes; on les voit fonder et patronner, aider même de leurs subventions, les écoles de commerce ou d'industrie. Lorsque l'Etat, de politique sera devenu économique, les deux points de vue se confondront qui sont aujourd'hui encore séparés dans une certaine mesure : l'intérêt géné- rai de la civilisation et la productivité nationale.

Aussi est-ce à ce point de vue que nous devons nous

préoccuper du grand pro])lèiiie de rinslruction et de l'éducation. La natalité; l'élevage des enfants; l'instruction générale, et l'enseignement professionnel ; enfin le recrutement proprement dit; c'est-iVdire la mise des travailleurs à la disposition des services publics.et économiques, telles sont les divisions naturelles de l'étude que j'aborde maintenant.

I 1. — Le problème de la natalité. Morale et législation. — La morale étant comme le droit le produit du régime économique, il est facile de comparer à ce point de vue les effets du capitalisme à ceux du Collectivisme. 11 ne faut pas oublier que dans toutes les civilisations passées, le mariage a eu un caractère économique, aussi bien à l'époque des peuples cbasseurs ou pasteurs, que dans la société romaine avec la coutume des dots. Pour nous en tenir à notre temps, on constate en ce qui concerne la procréation, deux morales sinon absolument au moins principalement déterminées par des facteurs économiques, celle des pauvres et celle des riches, ou pour être plus exact, des familleis pour qui les enfants sont une charge, et de celles qui en tirent des prolits. Chez les bourgeois, capitalistes, rentiers, propriétaires, la restriction volontaire de la postérité est une conséquence du désir de ne pas détruire les fortunes par les effets du partage égal, dont on ne conteste pas la justice, mais que Ton évite mieux encore par l'unité d'enfant que par le privilège d'aînesse. En outre, l'élevage des garçons et des filles, leur établissement est fort coûteux et impose aux parents de lourds sacrifices qui diminuent sensible ment leur bien-être. Ce n'est pas seulement l'égoisme qui les guide, mais aussi une tendresse éclairée pour leur^ progéniture qu'ils craignent de voir tomber plus tard dans la misère. Rien n'est plus triste pour nous que de déchoir du rang social atteint par nos parents. .Mieux vaut n'avoir qu'un ou deux enfants et leur laisser un patrimoine, les pousser aux belles carrières, les marier richement! Les conditions économiques agissent en sens inverse sur les souverains. Dès qu'ils mettent au monde

un prince ou une princesse, immédiatement le Parlement lui constitue une dotation considérable laquelle s'accroîtra avec l'âge et sera augmentée de fonctions lucratives. Aussi les reines et impératrices sont aussi fécondes que les plus pauvres d'entre les prolétaires *. Pourquoi ceux-ci méritent-ils si bien leur nom?C'est parce que, comme aux princes, les enfants leur coûtent peu et peuvent leur rapporter. Connaissez-vouslevieuxpro verbe: Lesenfantssont le don de Dieu, la richesse du pauvre. Ceux qui en parlent en ces termes les élèvent grâce à la charité privée ou l'assistance publique jusqu'à l'âge où ils rapportent. Les Irlan dais n'ont certes pas suivi le conseil que leur donnait Swift de se faire des rentes parlatransformation de leurs enfants en viande de boucherie, mais les malheureux paysans des Pouilles, de laBasilicate ou de la Sicile se livrent, inconsciemment veut-on croire, à un trafic aussi odieux ; ils vendent pour une centaine de francs, une fortune pour eux, leurs petits dès huit ans à des padroni qui les envoient mourir en quelques mois dans les soufrières siciliennes ou les verreries françaises -, ou mener dans les

i. Parmi les hommes politiques do notre pays on en remarque qui ont beaucoup d'enfants, sûrs de les caser dans les fonctions publiques, sinécures ou mandats.

2. Voici comment le juge de paix de Rives-de-Gier vient en septembre 4901, de qualifier le contrat par lequel les parents italiens louent moyennant une redevance de 10 à 12 fr. par mois, leurs enfants pour être employés dans la verrerie meurtrière. '

« Attendu que cette obligation a pour cause la location par un père moyennant finances de la personne même de son enfant et cela dans un but pour les deux parties contractantes aussi peu avouable que possible : de la part du père de se procurer une somme d'argent qui ne profitera qu'à lui seul et non à son enfant qui l'a produite ; de la part du locateur celui d'exploiter à son profit, sans peine et sans travail aucuw, les facultés physiques d'un être humain ne jouissant pas de la li])erté de sa personne et encore incapable de s'opposer à l'exécution du honteux marché dont il est l'objet. Que cette cause est donc non seulement contraire à l'ordre public,, contraire à toutes les règles dans notre état social actuel, garantissant l'indépendance de la personnalité humaine, mais qu'elle est immorale au premier chef ».

208 LA CITÉ FUTUllE. — CHAPITRE 111. PRODUCTIO^N

grandes villes l'horrible vie de mendicité ouverte ou déguisée, de vice et de soutï'rance que notre gouverneuient tolère,

)Mais ces crimes ne sont pas les seules conséquences, au point de vue où nous nous plaçons, du régime économique actuel. M. J3échaux, le distingué professeur de la faculté catholique de Lille, dans une communication à la Société d'économie sociale, divisait la vie de la famille ouvrière en périodes de prospérité et de gène se succédant dans J'oidre suivant. Les salaires du mari ou les salaires réunis des deux époux assurent leur bien-être jusqu'à la naissance du premier enfant, le second empire la condition des parents et le troisième creuse fatalement dans le buciget familial un déficit que doit combler la charité privée ou l'assistance publique. Mais en revanche, à treize ans garçons ou filles commencent à gagner, et au fur et à mesure (ju'ils entrent à l'usine le bien-être revient au logis; loi'squ'iis travaillent tous, le ménage uni connaît une ère d'aisance qui continue jusqu'au jour o\i les enfants quittent la maison paternelle pour s'établir à leur tour. Dès lors, les vieux délaissés voient leur salaire diminuer avec leurs forces, ils s'enfoncent do jour en joui davantage dans la misère avec pour toute perspective le suicide, la mort de faim dans un galetas ou dans la rue, la mendicité et l'asile de nuit et, s'ils ont une grande influence électorale, l'hospice.

Dans un article publié sous le titre « Paradoxe sur la population » *, et qui bien que n'émanant pas d'un marxiste est cependant une remarquable application de la méthode si féconde due à la conception matérialiste de l'histoire, M. Mille donne (p. 79 et s.) des chilïres très frappants recueillis par une enquête personnelle à Choisy-le-Roi et qui montrent des travailleurs à salaire élevé moins riches parce qu'isolés, que des familles nombreuses qui, en groupant des gains cependant modérés, parviennent à un standard of life relativement très élevé; une d'elles com-

1. Reo. de Paris, 8« aimée, n» 13, 1" juillet 1901, p, i)7-88.

posée du père, de deux fils et d'une fille atteint le chiffre énorme pour des ouvriers manuels de dix mille francs, et le père s'efforce par le bien-être et les plaisirs de toute sorte qu'il assure à ses enfants, de retarder l'heure angoissante pour lui, oii comme les oiseaux quittant le nid ils iront s'établir ailleurs.

L'auteur que je cite explique en un mot la forte natalité des prolétaires par l'appel de main d'œuvre infantile (?t juvénile que fait le capitalisme, et c'est cette natalité qui ^.ompense par un accroissement de la population urbaine ia dépopulation des campagnes, laquelle est également due à des causes économiques. La principale de ces causes, dit M. Pierre Mille, (p. 69), « ce n'est point une sentimentalité paternelle dont beaucoup d'hommes sont incapables, ni le souci profond de ce que deviendra « la terre » une fois qu'on sera dessous pour l'éternité, c'est l'intérêt personnel. En d'autres termes plus clairs, il doit arriver souvent que si un père de famille agriculteur en France a peu d'enfants, ce n'est pas pour eux mais pour lui ». La transformation qui s'opère dans la technique agricole sous l'influence du capitalisme diminue le personnel nécessaire pour les travaux des champs qui demandent de jour en jour un nombre moins élevé de manouvriers, et cette classe de la population va diminuant sans cesse dans les dénombrements.

« 11 y a des chances, dit M. Pierre Mille, que l'atelier agricole soit composé des enfants du maître. S'il peut les remplacer par une machine mangeant moins de charbon qu'ils ne mangent de pain, il aura une machine et moins d'enfants. )) Si l'agriculture manque de bras, c'est uniquement pendant les courtes périodes de suractivité et elle se les procure en faisant appel à la population flottante des. ,^ villes ou à l'émigration étrangère. « Or, dit très finement M. .Mille, grâce à la facilité des transports un belge coûtemoins cher pendant huit jours qu'un enfant toute l'année )) et par conséquent le cultivateur obligé d'envoyer ses fils et filles chercher fortune à la ville, ne pouvant" les occuper d'une façon continue chez lui, est amené fata-

lement à en restreindre le nombre tout comme le propriétaire qui redoute le partage du lopin de terre constitué par les efforts d'une vie entière, le noble désireux de perpétuer la splendeur de sa race, ou le bourgeois qui rêve de consolider une fortune récente. Aussi l'auteur du (( Paradoxe )) qui étaie ses çaisonnements sur des chiffres très significatifs, comparant par exemple trois communes voisines, deux agricoles Thiais où les décès égalent les naissances, Orly ou 20 enfants remplacent en i894, 33 morts et Choisy-le-Roi centre de l'industrie céramique où les naissances excèdent les décès de 5.8 7o' conclut en conseillant aux prophètes de malheur qui se lamentent sur la dépopulation de notre pays le remède suivant (p. 85). (( Développez l'industrie, procurez-lui les matières premières à bon marché, faites baisser les prix des subsistances nécessaires i\ la vie, protégez-le moins possible l'agriculture, les agriculteurs ont peu d'enfants, l^aissez la grande industrie ruiner la petite, les syndicats lutter pour les hauts salaires, désurbanisez l'industrie; si un paysan peut envoyer ses enfants à l'usine prochaine, il aura des enfints. » Je traduirai ces conseils ainsi: prolétarisez de plus en plus la population.

M. Mille laisse entendre que le régime collectiviste réaliserait la plus forte natalité possible. C'est là une question intéressante sur laquelle j'appelle l'attention, ne pouvant formuler que de timides conjectures. Ce qui me paraît évident, c'est que la Révolution Sociale changera certainement les termes du problème, en purgeant de tout facteur économique les relations sexuelles qui ne se fonderont plus que sur l'amour ou tout au moins sur le désir de constituer un foyer familial ; la naissance des enfants ne sera plus pour les parents ni une cause de perte puisque leur entretien sera h la charge de la communauté, comme celui des vieillards ou des malades, ni en principe une source de bénéfices puisqu'il ne sera pas possible de détourner de sa destination la Rente Nationale et les Subventions attribuées aux jeunes citoyens, encore moins de les faire travailler prématurément.

La natalité ne sera donc pas ainsi excitée ou restreinte par les causes économiques que je viens de signaler et qui cesseront d'agir; mais tendra-t-elle à s'accroître ou à diminuer? J'incline plutôt vers cette seconde conjecture, car il semble que les progrès de la civilisaiion et du bienêtre diminuent la fécondité des peuples. Mais même en faisant abstraction de cette considération, nous devons nous garder de croire que le jeu de la population cessera d'être influencé par des facteurs économiques; ceux-ci le domineront plus que jamais. Si la naissance des enfants, en plus ou moins grand nombre, doit importer assez peu aux citoyens en tant que particuliers, ut singuli, elle n'est pas sans les intéresser comme membres de la communauté, puisque celle-ci supportera la charge de l'entretien, de l'instruction et de l'éducation de la jeunesse qui sera certainement énorme. Si la natalité croissait au delà des proportions raisonnables, cette augmentation apparaîtrait immédiatement au budget de l'Etat et la population valide en sentirait le contre-coup, obligée qu'elle serait de moins consommer ou de travailler davantage. A défaut des famines, guerres, épidémies et autres fléaux qui n'interviendraient plus pour rétablir l'équilibre rompu entre les subsistances et la population, on verrait agir avec un caractère social et non plus individuel, — ce serait toute la différence, — la moral resiraint de Malthus.

Un auteur comique formule en un vers célèbre, le rêve d'avenir d'un petit bourgeois

« Nouspoiirrons nous payer le luxe d'un enfant. »

La Société Collectiviste pour qui les enfants seront encore un luxe coûteux, saura de même mesurer sa prodigalité en cette matière sur la richesse, c'est-à-dire en dernière analyse sur son courage au travail. L'opinion publique se montrera suivant les époques, tout n'est qu'action et réac-; tion, tantôt favorable et tantôt hostile aux nombreuses' familles, et cette opinion aura une efficacité d'autant plus' grande que loin d'aller comme la campagne menée de nos ' jours, sous l'empire de préoccupations politiques et mili-

taires, à rencontre de fadeurs économiques, elle seraconstituee précisément sur cei.te base matérialiste.

Le grand philosophe (luyau a très justement remarqué que le domaine du conscient s'accroissait chaque jour aux dépens de l'inconscient: la procréation tend à sortir du second pour entrer dans le preaiier i, et ce mouvement ne pourra que s'accentuer dans une Société, dont tous les membres s'élèveront à un degré toujours supérieur de liberté et de personnalité, où la femme surtout sera réellement l'égale de l'homme et non plus l'instrument servile de ses plaisirs; où des milliers d'enfants ne seront plus conçus dans les brutales ivresses d'un pardon, ou d'une kermesse, d'un ^'ocl ou d'un Quatorze Juillet.

A'oici la grande règle de morale sociale que j'entrevois comme devant dominer, dans l'Htat Futur les relations sexuelles qui auront alors, probablement, moins d'importance que nous ne leur en ;itlachons, la population tout entière se rapprochant du niveau supérieur atteint par l'élite intellectuelle de notre époque. Renan nous parle de ce savant Indien dont le nom signifiait en sanscrit « dont la force génésicjue s'est portée au cerveau » et je crois qu'effectivement les races avancées en civilisation ne peuvent avoir la fécondité de celles à peine sorties de la barbarie ^. « L'appel à la vie d'être destinés à prendre notre

1. V. dans le même sens la citation faite par M. Mille, p. 76, d'un ouvrage de M. Arsène Dumont. « Les progrès de la vie consciente tendent à détruire toutes les propensions spontanées de l'individu vers la solidarité et à les leur faire envisager, comme une duperie. Les ruscs de l'inconscient perdent leur puissance sur un peuple d'analyseurs ou plutôt l'inconscient devient lui-même conscient. Du moment où l'amour n'est plus un Dieu aveugle, du moment où la fécondité n'est plus chose instinctive ou crépusculaire, mais l'cflet raisonné d'une volonté réfléchie, il est inévitable qu'elle diminue. »

2. t La véritable cause, la cause grave de la diminution du taux de la natalité, a dit M. Emile Macquart à la séance du J7 janvier 1001 de la Société d'anthropologie, c'est la civilisation. *

Plus l'animal se perfectionne moins il est fécond ; audéveloppenu^nt des facultés intellectuelles correspond un décroissemcnt fatal de la force génératrice.

La diminution du taux de la natalité ne fera que s'aggraver

place quand nous ne serons plus doit être, dira-t-on, non, pas la conséquence accidentelle et la rançon involontaire de plaisirs, bestiaux mais le résultat d'un vouloir libre, conscient, réfléchi. ))

Je n'insiste pas sur cet ordre d'idées fort délicat, mais que les socialistes ne doivent pas hésiter à aborder t'rancheuient, et j'en arrive à un autre qui n"est pas moins iijrave.

Du jour où l'Etat reconnaîtra à chaque citoyen un droit à la vie corrélatif d'une obligation de travail , où il assumera en un mot la charge de nourrir l'ensemble de la population grâce à une juste répartition des richesses par elle créées, il aura le droit absolu comme le devoir rigoureux de mettre en œuvre tous les moyens propres ;\ constituer des générations saines, fortes de corps et d'esprit capables d'un raisonnable rendement économique. Il faut alléger dans la mesure du possible le poids mort que les malades et les débiles feront peser sur la communauté. Ainsi raisonnent déjà les organismes créés par les lois sociales de la fin du dernier siècle. Les grandes corporations d'assurance contre l'invalidité en Allemagne, constatant l'énorme charge de la tuberculose ont créé des sanatoria qui font notre admiration.

Hygiénistes et sociologues se lamentent sur la décadence de la race, le nombre toujours croissant d'hommes, et de femmes condamnés à la misère physiologique par les tares de leurs parents, les conditions déplorables dans lesquelles ils sont élevés. Les pourvoyeurs de chair à canon se plaignent, de ne plus en trouver de suffisamment fraîche dans les populations sacrifiées au capitalisme. Cessante causa cesset e/fectus. Avec le libéralisme manchestérien disparaîtra le surpeuplement, la mauvaise nourriture^ le travail de la femme enceinte, l'entrée prématurée del'en-

avec la marche du progrés dont elle est la conséquence, et toutes mesures que l'on prend et que l'on pourra prendre pour le combattre le ralentiront peut-être, mais ne l'arrêteront pas. » Emile Macquart Le problème de la dcpopulalion. {Grande Revue du i«' août 1901, p. 416-429.)

fant à l'usine. On peut conjecturer que le Collectivisme voudra décharger l'avenir de ces dégénérés que nous transmettons stupidement d'âge en âge, toujours plus nombreux, pourriture d'hôpital ou de bagne, chair à tortures physiques ou à douleurs morales.

Le devoir de l'Etat, dira-t-on, est d'empêcher ses ressortissants de mettre au monde, par ignorance ou aveugle tendresse, des enfants condamnés par d'irrémédiablestares héréditaires, à la misère physiologique, à une mort prématurée, â la souiïrance, au vice, au crime, à l'impuissance économique tout au moins.

De là trois conséquences que sanctionnera une sévère législation.

D'abord l'union sexuelle passagère ou permanente ne sera permise sous des peines disciplinaires, et surtout sous la sanction très efficace de l'opinion publique, qu'aux personnes pubères ou nubiles. Chaque citoyen auradu jour de sa naissance à celui de sa mort, un a casier médical » qui tenupar l'inspection sanitaire, le suivra dans toutes ses résidences. Ce casier constitue, la pièce essentielle de son dossier, lorsqu'il comparaîtra à un âge légal, 15 ou 10 ans par exemple, devant le nKîdccin, membre de la cour médicale. Celui-ci sous réserve d'appel, lui donnera le permis demandé ou prononcera une sentence d'ajournement à l'année suivante, s'il estime que le postulant ou la postulante n'a pas le développement physique lui permettant de subir sans risques pour sa santé et pour la postérité éventuelle les fatigues de la vie sexuelle.

Ce que je propose revient en somme à ceci : d'abord, unifier les deux théories sur la puberté du Code civil et du Code Pénal; ce dernier ne protège pas suffisamment les enfants et leur permet d'assouvir la lubricité alors qu'ils ne peuvent encore songer au mariage; en second lieu n( plus se liera un âge inscrit dans la loi, mais recourir un examen individuel, (jui chose curieuse ramènera U vieille théorie romaine de Vinspectus corporis. On a conjecturé que si, dans le droit des guirifes, ce système s'esl maintenu plus longtemps, pour les garçons que pour lei

SECTION II. i 1. LA NATALITÉ « 305

filles, cela tient à ce que cet inspectus se confondait avec le conseil de révision militaire. Il en sera encore ainsi dans l'Etat Social; le même examen réglera la situation du jeune homme quant aux obligations militaires, qui pourront subsister et pour lui comme pour les filles, déterminera son classement professionnel. Je reviendrai sur ce sujet en parlant du recrutement.

Pour le moment, j'en reste à la question des unions sexuelles. Je suis entièrement de l'avis de Mantegazza K C'est du consentement de la science que les hommes, doivent tenir le plus élevé des droits, celui de transmettre la vie aux générations futures, et nous sommes des barbares puisque nous le concédons à tout le monde.

Si donc en procédant à l'examen médical dont je viens de parler le médecin-juge estime que le postulant ou la postulante, est condamné de par sa constitution physique à ne mettre au monde que des enfants dégénérés, il pourra avec toutes les garanties, offertes aux justiciables par l'organisation judiciaire, [(plaidoiries, appel, etc.,) prononcer une sentence de stérilisation, laqueWe sera exécutée par les moyens dont la science disposera, dont elle dispose déjà.

C'est le grand pédagogue Paul Robin de Cempuis qui a le premier posé hardiment ce terrible problème. Dans l'Education Intégrale 2 il demandait qu'on privât de la faculté d'engendrer, les enfants d'alcooliques, de cancéreux ou de syphilitiques. « J'affirme, disait Paul Robin et toutes les statistiques confirment mon assertion, que l'on dépense des quantités énormes d'argent et d'énergie pour relever d'une quantité insignifiante l'état physique et moral de dégénérés, que cela se fait aux dépens d'hu- .mains de qualité supérieure ou au moins passable qui par suite à leur tour deviennent ou produisent des dégénérés.

Mais direz-vous, faut-il donc tuer ou laisser mourir les fous, les vicieux, les infirmes? Bien loin de là. Que l'on

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