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LA PSYCHOLOGIE SOCIALE EST LA SOURCE DU CIVISME

Et pourquoi, direz-vous, cette insistance? Pourquoi? Pour écarter l'illusion la plus funeste dont puisse être victime le genre humain, à savoir que l'individu de notre espèce possède directement et personnellement, par prérogative antérieure et supérieure à toute associa*

SYNTHÈSE DU MATÉRIALISME ET OU SPIRITUALISME. iiS3

tion, ces hauts attributs qu'on appelle raison et liberté.

Car telle est bien l'illusion, l'invincible illusion qui démoralise l'humanité.

Dès avant l'association, l'individu se croit pourvu. On pressent donc de quel air il daignera entier dans 1 association, combien son adhésion au pacte social sera dédaigneuse, hautaine, superficielle et précaire....

Au contraire, dissipez l'illusion, remettez les choses au point, dites à l'individu la vérité vraie et forte, diteslui : mon ami, avant toute société, hors de toute société, savez-vous ce que vous êtes et pouvez être? Un simple animal.

Oui, cette raison et cette liberté, dont vous vous targuez si superbement, ce n'est pas de vous-même et par vous-même que vous les possédez, mais uniquement par la société. Oui, c'est la cité qui vous confère ces hautes prérogatives. Et, sans la cité, vous seriez réduit à ces humbles aptitudes animales, la sensation et l'instinct. Changez-donc d'attitude et de sentiments à l'égard de la cité, et soyez désormais envers elle aussi reconnaissant que vous étiez ingrat, aussi pieux que vous fûtes impie...

Analyser son âme, c'est fort bien. Mais savoir d'où on la tient et à qui on la doit, c'est mieux. La psychogènie est encore plus importante que la psycho-/o^/e.

L'âme est fille de la cité : voilà le dogme fondamental. Toute psychologie doit donc être essentiellement, avant tout et par-dessus tout, sociale.

PSYCHOLOGIE MATÉRIALISTE ET PSYCHOLOGIE SPIRITUALISTE ; LEUR PART D'ERREUR : ELLES SONT TOUTES DEUX ANTI- SOCIALES.

Or, les deux grandes psychologies qui se partagent l'opinion sont précisément toutes deux des psycholo-

gies individualistes, c'est-à-dire extra-sociales, sinon anti-sociales.

Comparez en effet la psychologie matérialiste et la psychologie spiritualiste.

Par un côté, et au premier abord, elles apparaissent différentes, opposées, inverses.

En effet, qu'est-ce que la pensée pour le matérialisme? C'est la fonction d un organe matériel, le cerveau. Et qu'est-ce que la pensée, pour le spiritualisme? C'est la faculté a" un principe immatériel, l'âme. Quoi de plus opposé? matière ou esprit, corps ou âme, on ne voit que cette opposition, et c'est là-dessus que depuis des siècles on se bat.

Mais par un autre côté, et en y regardant de plus près, de notre point de vue, on s'aperçoit tout à coup que matérialisme et spiritualisme ont, sous leur différence superficielle, un essentiel trait commun.

En effet, que la pensée soit une fonction du cerveau ou une faculté de l'âme, cette différence, quelque importante d'ailleurs qu'elle puisse paraître, s'efface devant cette ressemblance fondamentale, à savoir que, âme ou cerveau, il s'agit toujours d'une substance strictement individuelle, dont la pensée serait le produit.

Que ma pensée soit le produit de mon cerveau ou de mon âme, elle est toujours le produit de quelque chose qui m'appartient à moi exclusivement. Elle est toujours le produit exclusif et par conséquent la propriété exclusive de mon individu, et la société n'a absolument rien à y voir.

La psychologie matérialiste et la psychologie spiritualiste sont donc également, quoique diversement, extra-sociales, sinon anti-sociales. Et en cela, elles constituent, toutes deux, des psychologues fausses et funestes, des psychologues dissolvantes et démoralisatrices.

El nous niions avoir à les critiquer, a les condamner, el à les rejeter l'une après l'autre.

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