CHAPITRE V
TRANSFORMATION DE L' « ANTHROPOÏDE » EN « HOMME », LA CITÉ TRANSFORME L'iNDIVIDU.
Soit l'homme, à l'état d'isolement relatif, appelé état de sauvagerie. Ce n'est guère alors, avons-nous dit, qu'un anthropoïde (un animal)» si l'on veut bien décidément nous permettre d'user de ce mot, plus commode qu'une périphrase.
L'homme primitif, nous le savons, n'a encore ni la raison ni le verbe. Il ne pense pas et ne parle pas.
Il a comme l'animal, la sensation et la voix, non la raison fit la parole.
Comment la raison sort-elle de la sensation, et la parole de la voix? Dans et par l'association.
L'histoire est la genèse de la cité.
Mais, par une merveille inexprimable, la cité, cet édifice qui se construit avec des anthropoïdes, tout en se construisant elle-même, transforme ses matériaux, et change les « anthropoïdes » en « hommes », — comme un édifice qui s'assemblerait de lui-même, et cependant transformerait ses matériaux de pierre vulgaire en marbres précieux.
Il faut dire plus encore : c'est précisément cette transformation de la pierre en marbre qui est le but véritable de la construction; c'est cette transfiguration de l'anthropoïde en homme qui est le but de l'histoire, cette genèse de la cité. La constitution de la société, de la
cité, de TEtat, a pour bal la métamorphose profonde d'un être de sensation et d'impulsion en un être de raison et de liberté. L'état est un moyen pour l'indivi dû-fin.