‹ La cité moderneChapitre 119 sur 467 · IG-NORANCE ET IN-GRATITUDE DE L INDIVIDU · texte numérisé non relu

IG-NORANCE ET IN-GRATITUDE DE L INDIVIDU

L'association transforme l'individu, et le dote de ces prérogatives supérieures, la raison et la liberté.

Qu'arrive-t-il cependant ?

Il arrive que l'enfant « dru et fort du lait qu'il a sucé » bat le sein de sa nourrice.

Il arrive que l'individu, enivré de sa raison et de sa liberté, les tourne contre la cité, c'est-à-dire contre l'organisme même où il a puisé ces énergies mystérieuses.

Et si l'individu ne va pas jusqu'à voir dans sa mère une ennemie détestée, en tout cas, il y verra une importune étrangère, — comme ces paysans qui, sans aller jusqu'à étrangler ou empoisonner leurs vieux parents, ne tolèrent qu'avec peine leur timide présence, sourcilleusement.

Mais l'enfant qui bat sa nourrice est excusable : il ne sait pas encore.

Le paysan qui est dur aux « vieux » est excusable aussi en quelque mesure : il obéit encore sans doute à la féroce loi atavique qui condamnait les « bouches inutiles ».

Pareillement, l'individu ingrat envers la cité sa mère, à laquelle il doit tout, est excusable en quelque façon : lui non plus ne sait pas bien. Je l'ai déjà dit : pour être re-connaissant, il faut d'abord être... connaissant. Et l'individu ne connaît pas bien encore ses origines morales.

La cité d'ailleurs, la vieille mère, n'en veut pas à son

TRANSFoKMATION DE L' « ANTHROPOÏDE » KN « HOMME. 163

enfant ingrat, même injurieux, môme meurtrier. Elle lui sourit encore faiblement à travers ses larmes...

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