CHAPITRE VI
l'homme et la bête.
Raison et instinct, activité humaine et activité animale, y a-t-il, entre ces deux termes, analogie ou opposition?
C'est, comme on voit, la question des rapports de Y homme et àeï animal. Y a-t-il entre eux passage et transition, ou, au contraire, solution de continuité, essentielle différence de nature?
Les deux opinions ont leurs partisans.
Pour la naïve antiquité, comme le disent très bien MM. Janet et Séailles, hommes et animaux ont même origine : « Les uns et les autres sont sortis du limon de la terre » .
Entre eux, point d'opposition, mais seulement superposition; point d'antithèse, mais hiérarchie.
Cette hiérarchie, Platon et, d'après lui, Aristote, la constituent avec leur théorie des trois âmes, qui s'enveloppent pour se dépasser.
1° Ame végétative, ou âme des plantes;
2° Ame sensitive, ou âme des bêtes;
3° Ame cogitative, ou âme des hommes.
Saint Augustin et saint Thomas, au moyen âge, conservent plus ou moins cette théorie platonicienne et aristotélique.
Celte filiation, Leibnitz la pousse plus loin encore,
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puisqu'il résout la matière inorganique elle-même en « monades » qui sont, au fond, de véritables âmes.
Enfin les naturalistes contemporains, Lamarck, en tète, s'acharnent à démontrer la consubstantialité de la mentalité animale et de la mentalité humaine.
Contre ce quadruple courant, vaste et formidable, représenté par les noms d'Aristote, de Saint-Thomas, de Leibnitz, de Lamarck, quelques écoles essaient de soutenir la thèse de la séparation radicale entre l'animal et l'homme.
De nos jours, par exemple, Guvier dit : barrière î là où Lamarck dit : transition !
Mais, il faut en convenir, la thèse de la séparation radicale ne semble plus rencontrer qu'une faveur décroissante. L'Université notamment semble s'en désintéresser peu à peu.
C'est ainsi que M. Marion [Leçons de Psychologie), après l'avoir exposée, s'empresse de développer, non sans complaisance, la thèse adverse. C'est ainsi encore que MM. Janet et Séailles {Histoire de la philosophie), n'hésitent pas à écrire .
La vie humaine enveloppe la vie animale, la comprend, l'achève ; il n'y a pas entre l'intelligence et l'instinct d'opposition absolue ; l'habitude permet d'entrevoir leur commune nature.
Après ce coup d'œil d'ensemble, descendons a l'argumentation, pour la résumer, sinon pour y ajouter.