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LES PRÉTENDUS CARACTERES DE L'INSTINCT

Les partisans de l'opposition et de l'irréductibilité de l'instinct à la volonté disent : la volonté, c'est une activité éclairée, faillible, perfectible; l'instinct, au contraire, c'est une activité aveugle, parfaite d'origine, et immuable.

Cette opposition absolue de caractères n'implique telle pas une opposition absolue de nature?

La tactique des Lamarck et des Spencer consiste naturellement à contester la prétendue opposition de caractères.

Dans l'instinct, selon eux, pas de cécité, pas deperfeclion originelle, pas à' immutabilité.

Quand l'homme veut agir, il délibère d'abord. L'animal paraît agir sans délibérer. Mais il y a là un malentendu.

Primitivement, quand l'animal s'est trouvé en présence de difficultés à résoudre, il a observé, réfléchi, délibéré, jusqu'à ce qu'il ait eu trouvé la solution. Mais, celle solution trouvée une fois pour toutes, il n'a plus eu qu'à s'y tenir. Et de là, désormais, une activité qui, pour ainsi dire, n'exige plus de sa part aucun calcul ; de là. une activité de moins en moins réfléchie, une activité de plus en plus machinale. Mais l'effort mental est-il donc pour cela absent des actions animales? Point. Il y a été inclus à l'origine, et il y persiste invisiblement. L'action animale a toujours le bénéfice de l'intelligence ; seulement elle n'en a plus Xefforl. Les descendants vivent sur le mérite des ancêtres.

L'argument de la « cécité » se réduit donc à un assez grossier malentendu.

Les deux autres arguments tombent du même coup.

Perfection originelle, dites-vous? Dites plutôt : longue période d'essais, de recherches, de tâtonnements infinis, laborieux et onéreux, — dont la sanction sévère était tout simplement la vie ou la mort de l'individu et de l'espèce. Les espèces ou les races les plus ingénieuses ont seules survécu. L'intelligence, l'habileté, la ruse, tel a donc été originellement l'instrument de la victoire, dans la faune terrestre, ainsi que l'a d'ailleurs parfaitement vu Lucrèce, quelque temps avant Darwin.

Quant à l'immutabilité, à l'invariabilité, à la fixité de l'instinct, là aussi il y a malentendu ; malentendu et aussi méprise. Il faut en effet distinguer deux cas. Celui-ci d'abord : la solution la meilleure étant trouvée, je suppose, ne serait-ce donc pas folie que de ne s'y pas tenir? Puis, cet autre cas : si les conditions de milieu viennent à changer, ne voit-on pas aussitôt l'animal s'ingénier et s'évertuer pour s'adapter à ces conditions nouvelles?

Ainsi dans le premier cas, la conduite de l'animal est fixe, parce qu'elle doit l'être, et dans le second cas, elle n'est plus fixe, parce qu'elle ne doit plus l'être.

Que reste-t-il de l'objection?

Tel est le débat.

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