‹ La cité moderneChapitre 162 sur 467 · RIEN N'EST UN, TOUT EST PLUSIEURS · texte numérisé non relu

RIEN N'EST UN, TOUT EST PLUSIEURS

La complexité d'abord.

A mon sens, l'idée de simplicité a fait de véritables ravages dans l'esprit des Occidentaux, et des Français en particulier. Je ne sais pourquoi, mais jusqu'ici la simplicité a paru un caractère supérieur, un caractère digne et noble, qu'on s'est donc obstiné à appliquer à toutes les choses sacrées.

Or, Gœthe l'a dit, et j'ai cité plus haut cette parole : «Rien nest un, tout est plusieurs ».

Un son qui paraît simple, à l'oreille, l'expérience banale delà roue de Savart le résout en mille sons composants. Les plus durs minéraux que foulent nos pieds, la chimie les décompose en molécules, et décompose encore celles-ci en atomes. Les quelques corps encore

réputés « simples » sont fortement soupçonnés de n'être que des corps qui résistent provisoirement à

L'analyse. Un animal est un édiiice de cellules, dont chacune est à son tour un monde d'éléments non encore inventoriés. Une faculté mentale telle que la mémoire, qui si longtemps est apparue comme je ne sais quelle « simplicité » abstraite, a été récemment résolue en mémoires, c'est-à-dire en une concrète complexité ». Pareillement la volonté, pareillement la personnalité, sous l'investigation de M. Ribot, se sont révélées comme des édifices, qui s'élèvent ou se ruinent pierre à pierre. Partout en un mot Yunité de simplicité paraît destinée à céder la place à Yunité de construction. Et Goethe n'aura pas dit en vain sa parole profonde: Bien nest un, tout est plusieurs.

Page 1