XX INTRODUCTION
Qu'arriva-t-il? Il y eut révolte de la part delà nation, ou plutôt révolution. La caste gouvernante fut renversée. L'aristocratie fut jetée à l'échafaud ou à l'exil, au cri de « à bas l'aristocratie î » Et ce cri est devenu
notre devise.
Il n'y a qu'un malheur, c'est que ce cri, pris ainsi tout brut, est une pure folie.
Si vous voulez dire : à bas la fausse aristocratie, l'aristocratie qui n'est pas ou qui n'est plus vraiment une aristocratie; à bas une Elite qui n'est pas vraiment l'Elite, une mensongère Elite usurpatrice du rang et de la place de l'Elite vraie, — si c'est cela que vous voulez dire, à la bonne heure, vous avez raison mille fois, car il ne saurait y avoir rien de plus scandaleux à la fois et de plus funeste que des indignes mis au lieu et place des dignes, à la tête du gouvernement d'un peuple.
Mais si vous voulez dire au contraire : à bas toute aristocratie, à bas toute Elite, à bas toute supériorité de talent et de vertu, alors vous êtes fou et sacrilège. Alors, vous blasphémez à la fois la raison et la Révolution, la philosophie politique et la Déclaration des Droits qui met au sommet de l'Etat les « hommes de talent et de vertu », les mieux doués d'entre tous leurs concitoyens, en un mot les meilleurs de la nation (aristoï).
Il faut donc le déclarer nettement : la Révolution n'est pas venue pour supprimer les supériorités; bien au contraire, elle est venue pour expulser une fausse Êide et pour introniser Y Elite véritable; elle est venue, non pour pratiquer un nivellement despotique, mais pour instaurer ou restaurer la spontanée et organique hiérarchie.