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POUVOIR TEMPOREL : LES POLITIQUES

Le pouvoir temporel, ce sont les hommes qui légifèrent et les hommes qui gouvernent. Législateurs et gouvernants se condensent d'ailleurs dans un groupe unique, le groupe des politiques, — comme les poètes et les savants se condensent dans le groupe des philosophes.

Philosophes et politiques, c'est spirituel et temporel.

Il est d'ailleurs bien évident que la politique a sa source dans la philosophie, et le temporel dans le spirituel.

Les politiques n'en sont pas moins, eux aussi, des contemplatifs. Eux aussi, ils habitent les cimes. L'àme des peuples est dans leurs mains. Et le destin des races est suspendu à leurs décisions.

Gouverner, dit-on, c'est prévoir. Que dire alors de légiférer Y

Les lois, ai-je dit ailleurs, c'est la tutelle de l'élite sur la foule. Les lois, c'est l'inoculation de la sagesse aux in-sensés. Les lois, c'est la socialisation des anarchiques, l'éducation des cerveaux bruts, la lente transformation du sauvage en civilisé, la transfiguration graduelle de l'anthropoïde en homme.

Les poètes et les savants, ou, d'un seul mot, les philosophes, élaborent Y idéal. Après quoi, les législateurs et les gouvernants, ou, d'un seul mot, les politiques, le réalisent.

Des poèmes et des systèmes, clarifiés et fixés en lois et en décrets : telle est la double opération connexe du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel ou, d'un seul mot, du pouvoir.

QUE CE MOT ABSTRAIT, LE « POUVOIR », DÉSIGNE DONC UN GROUPE D'iIOMMES.

Mais qu'est-ce donc encore une fois que ce pouvoir qui se dédouble en spirituel et en temporel? Qu'y a-t-il sous ce mot abstrait, « pouvoir », sinon un groupe d'êtres concrets, d'individus en chair et en os? Et qu'est-ce là, sinon une suprême élite?

Le sens contemplatif que nous attribuons vaguement à l'humanité en général, c'est donc seulement à une minorité infime qu'il le faut attribuer. Et puisque la raison compte pour l'un de ses plus importants éléments ce sens contemplatif, il faut donc le reconnaître sans ambages : la raison, ainsi conçue, est le lot d'une infime minorité.

L'homme, disons-nous, est un animal raisonnable. L'humanité, disons-nous encore, est douée de raison. A la bonne heure. Mais il faut s'entendre.

Si vous donnez au mot raison son sens plein, si par raison, vous entendez par exemple, d'une part la vision

cosmique et le sens du divin, cl, d'aulrc pari, le génie législatif et l'esprit gouvernemental, — alors la raison est le fait d'une élite.

Et comme c'est l'association seule, avec la division du travail social, qui a permis la constitution de celle élite, ou tête de l'animal social, il suit que la raison est une fonction supérieure de cet organe supérieur, la tôte sociale ou élite.

Sans l'organisation de l'humanité anarchique en cité, il n'y aurait pas eu d'élite, et par conséquent pas de raison.

Disons-le donc une fois encore : la raison est bien un produit de la cité.

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