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LA LIBERTÉ HUMAINE ET LA CONTINGENCE DES LOIS DE LA NATURE

Est-ce tout, cette fois enfin? Pas encore peut-être.

Le problème doit encore être élargi.

Le fond de la liberté, nous venons de le voir, c'est le

devenir, — un devenir gouverné par une aspiration, ellemême suspendue à un but « idéel » ou « idéal ».

Pour notre eas spécial, il s'agit de la longue évolution qui transforme peu à peul' « anthropoïde » en « homme » ou 1' « animal » en « citoyen ».

Mais qu'est-ce là, sinon, comme je l'ai dit à plusieurs reprises, un chapitré de l'éternelle création ?

Or ce qui est vrai de l'humanité, l'est aussi de la l'aune et de la flore terrestres, et de la terre elle-même et de son soleil, et de tous les mondes, et de la nature entière, et de tout l'univers.

« Mens agitât molem » : l'esprit, l'énergie créatrice, l'àme divine, sont éternellement à l'œuvre dans l'immensité. La « masse » est donc toute pénétrée d' « esprit », c'est-à-dire d' « idéal ». L'univers est tout saturé de pensée et dame. Ces granits si durs, diraiton, sont, au fond, plus tendres que des flocons de neige. Ces « lois », si rigides, ce semble, sont, au fond,, plus souples que des anneaux de fumée. Oui, ce dur mécanisme, dont on nous rebat depuis si longtemps les oreilles, ce n'est là que l'apparence des choses. Pour nous, humains débiles et éphémères, le système du monde nous apparaît comme quelque chose de brut et de pétrifié. Mais en réalité, rien n'est sourd, et rien n'est immobile. Tout aspire et tout devient, tout est plastique, et tout est « contingent », comme l'a bien senti M. Emile Boutroux. Ce n'est pas la rigidité absolue qui est le fond des choses, mais bien l'élasticité infinie.

L'homme n'est pas, dans l'univers, un emmuré vivant. Il est comme un brahme dans sa vivante forêt. La vie, la pensée, et l'amour sont partout autour de lui, comme en lui. Toutes les créatures de l'immensité et de l'éternité sont consubstantielles. L'être n'est pas un bloc aveugle, sourd et muet. C'est un chœur qui noue et dé-

noue ses évolutions harmonieuses, un drame qui croise sans fin ses passionnantes péripéties.

Or si tout est élastique, mouvant et gravitant sans fin vers un idéal qui toujours fuit, c'est-à-dire si l'idéal mène le monde, si la pensée et l'amour sont le fond 'le l'être, si Dieu enfin est le fond des choses, n'est-ce pas dire que le mot de l'énigme, non seulement humaine et terrestre, mais aussi cosmique et universelle, c'est « liberté »? La liberté est le mystique ferment de la nature

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