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CONCILIATION

On le voit, matérialisme et spiritualisme ont chacun leur part de vérité et leur part d'erreur.

Le matérialisme fonde sur le roc les réalités inférieures de la mentalité animale. Mais il méconnaît les réalités supérieures de la mentalité humaine. De son côté, le spiritualisme réclame hautement pour les réalités supérieures. Mais il les fonde... sur le vide!

Je l'ai dit : positif, mais bas, tel est le matérialisme* élevé, mais chimérique, tel est le spiritualisme.

Il faut donc les expurger et les compléter l'un par l'autre. Ils s'ex-cluent par leurs côtés faux. Mais ils s'incluent par leurs côtés vrais. Ici encore, thèse et antithèse peuvent et doivent donner lieu à une syn-thèse ; « position » et « op-position », à une « com-position ».

Voici cette synthèse :

L'impulsion, activité inférieure, est la fonction de cet organisme inférieur appelé animal physique. La liberté, activité supérieure, est la fonction de cet organisme supérieur appelé l'animal politique.

Tant qu'on ne considère en effet que l'individu humain pris à part, on se dit : cet individu est semblable aux autres animaux ; et, pourtant, il a une faculté de penser (raison) et une faculté d'agir (liberté), très différentes de ce qu'on trouve chez les autres animaux et très supérieures. D'où peut bien venir cette supériorité? On ne trouve dans son être rien qui puisse l'expliquer. Et alors on incline à admettre la présence de je ne sais quel mystérieux talisman.

Mais tout change si on cesse de considérer l'individu humain isolément. Cet individu, laissé à lui-même, ne serait guère qu'un animal comme les autres. Mais il

n'est pas laissé à lui-même, à l'état (l'isolement. Il est engagé dans une vaste association appelée cité politique qui le Ira vaille et le transforme, et exalte ses humbles aptitudes animales en hautes et puisssantes facultés proprement humaines.

En un mot la liberté, comme la raison, est fonction de la cité. C'estla haute fonction de ce haut organisme. Et les « citoyens », qui sont les « organites » de l'organisme social, participent, très diversement d'ailleurs, à ces fonctions générales, à ces grandes facultés de la cité qu'on appelle la raison et la liberté.

Ainsi la petite raison et la petite liberté de l'individu sont inexplicables, si on considère l'individu isolément.

Mais elles s'expliquent à merveille, si on y voit des participations à la grande raison et à la grande liberté sociales, des étincelles émanées du grand foyer de la cité.

d'où vient l'erreur des déterministes.

D'où vient l'erreur déterministe, ou Terreur matérialiste en général?

De ce que les penseurs qui la représentent sont plus habitués à considérer l'animalité proprement dite que l'humanité; et par conséquent voient plutôt ce en quoi l'homme ressemble à l'animal que ce en quoi il en diffère.

L'anthropologie, la biologie, qui ne considèrent que l'humanité prise en masse, inclinent naturellement à réduire l'homme à l'animal. La tendance inverse se montre chez les spychologues, les moralistes, etc., qui, par profession, ne s'occupent que de l'élite.

D'un seul mot, les sciences physiques et naturelles, tendent à faire rentrer l'homme dans la faune. Les sciences morales et politiques, au contraire, tendent à l'en faire sortir.

3i2 LA PSYCHOLOGIE BIO-SOCIALE.

Mais ici encore, il faut établir des distinctions.

L'historien, qui considère les hommes par masses, incline volontiers lui aussi au déterminisme. Le moraliste, qui s'occupe plutôt de l'élite humaine, penche plus souvent aussi vers la liberté.

Pourquoi cette différence?

C'est que F « homme » n'est pas fait, il se fait, L' « homme » nest pas, il devient.

Aussi, pour qui ne regarde que le gros de l'humanité, la transformation est si peu accentuée ou si précaire encore qu'elle peut passer pour négligeable. Mais pour qui regarde l'élite, l'avant-garde, la transformation, là, saute aux yeux.

En d'autres termes, la raison et la liberté, dans l'humanité inférieure, sont si voisines de la sensation et de l'impulsion, qu'elles peuvent pour ainsi dire se confondre avec elles. Ce n'est que dans l'humanité supérieure que la raison et la liberté sont déjà vraiment raison et liberté, c'est-à-dire à mille lieues au-dessus de la sensation et de l'impulsion animales.

En résumé, notre espèce est en train de s'élever de l'animalité à l'humanité. Elle s'échelonne entre ces deux termes extrêmes. Par une extrémité, elle plonge encore au monde inférieur; par l'autre, elle entre déjà au monde supérieur.

Selon l'extrémité qu'il regarde, l'observateur est donc tenté de qualifier notre espèce tantôt de bestiale et tantôt de divine.

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