LE « MOI » DOUBLEMENT DERACINE DE LA REALITE
Confrontons avec cette notion scientifique du « moi » la notion vulgaire et courante.
Tel individu, tel Français, si vous voulez, dit : « moi ».
Qu'est-ce pour lui que son « moi »?
C'est une force vraisemblablement indépendante de son corps à lui (corps animal) et sûrement indépendante de la société dont il fait partie (corps social).
Son « moi », dit-il fièrement! C'est une propriété où le corps n'a pas à voir grand chose, et où la cité n'a rien à voir du tout.
Voilà comment pense, au fond, le premier venu, s'il s'interroge ou si vous l'interrogez instamment.
Pas d'erreur plus complète, — et plus grave.
La vérité, c'est que le « moi » ou la « personne » a toutes ses racines d'une part dans le corps physique et d'autre part dans le corps politique.
Ce « moi » doublement déraciné, il faut donc doublement le ré-enraciner.
Cela seul peut moraliser l'individu.