IL Y A DES « SIMPLES
« Rien nest un, tout est plusieurs », disait Gœthe, cité par MM. Félix Ravaisson et Henri Milne-Edwards
Rien de ce que nos sens aperçoivent n'est simple; tout est composé.
Tout corps est composé de corpuscules, tout animal d'animalcules, et toute masse (moles) de molécules.
A leur tour, ces corpuscules et ces animalcules, ces
2 EXPOSÉ DE NOTRE HYPOTHÈSE lilO-SOCIALE.
molécules et ces particules sont composés. Et ainsi de suite.
Dans cette étonnante divisibilité de la matière, la pensée humaine a voulu trouver un point d'arrêt. — V atome.
Mais l'atome n'est-il pas lui-môme composé? Un n'en sait rien. On feint de le croire in-sécable ou simple en efTet, par impossibilité d'aller plus loin, par impuissance en quelque sorte de descendre plus avant dans ce puits sans fond de l'invisible.
L'in-dividu, l'in-sécable, l'a-tome, ce n'est donc là en somme qu'une pure hypothèse, une pure fiction. Peutêtre en effet ce prétendu atome est-il encore lui-même un faisceau d'éléments, un réseau de forces, un système de puissances, un abîme d'énergies, tout un monde. Peut-être l'infinitésimal atome est-il, comme l'entrevoyait déjà Descartes, un tourbillon de mouvement, tout comme l'immobile univers est 1' « ouragan de l'être ».
Faut-il admettre la divisibilité à l'infini ? Faut-il admettre le point d'arrêt?
Je n'ai pas à scruter ici ce mystère. Je n'ai à discaler ici ni la deuxième antinomie kantienne, ni le principe de continuité leibnitzien, ni le calcul de l'infini de Leibnitz et de Newton.
Je veux m'en tenir au mot frappant de Leibnitz, au deuxième des quatre-vingt-dix paragraphes de sa Mona- ^dologie : « Il faut qu'il y ait des substances simples puisqu'il y a des composés. »
Ces deux notions, en effet, « simple » et « composé », paraissent bien s'impliquer, comme s'impliquent, on l'avoue enfin, ces deux autres notions supérieures, « relatif » et « absolu ».
Ainsi se clôt, ou se voile, l'abîme de « l'infinimcnt petit », entr'ouvert naguère à notre vertige par l'œil visionnaire de Pascal.
11 faul qu'il y ail des simples, puisqu'il y a «les composés : tel est donc notre postulai fondamental, notre unique postulat.
QU'EST-CE QUE l' « ASSOCIATION? »
Voilà notre point de départ, notre point d'appui : il y a des « simples ».
Or, nous le savons, ces « simples », l'homme ne les aperçoit jamais en fait à l'état isolé, mais toujours à l'état groupé; jamais à l'état séparé, mais toujours à l'état composé.
D'où cette question : quel est le rapport des « simples » entre eux?
Cest la question capitale de toutes les sciences, infra-organiques, organiques, supra-organiques.
Quel est le rapport des « simples » entre eux? C'est-àdire : Quel est le rapport des atomes dans la molécule? -des molécules dans la masse (moles)? des composants dans le composé? des corpuscules dans le corps ? des animalcules dans l animal? des citoyens dans la cilèf
On entrevoit la portée immense de la question?
L'ana-lyse dé-compose et la syn-thèse re-compose. Mais qu'est-ce au juste que dé-composition et re-composition ? Qu'est-ce que de-struction et con-struction ? Qu'est-ce que as-sociation et dis-sociation?
Association, n'est-ce que juxtaposition ? Ou est-ce autre chose? Est-ce plus ?
Encore une fois, quel est au juste le rapport des simples entre eux? Que sont les « simples » l'un pour l'autre?
C'est la question capitale, sinon unique.