‹ La cité moderneChapitre 27 sur 467 · SELON LEIBNITZ, L ASSOCIATION EST STERILE · texte numérisé non relu

SELON LEIBNITZ, L ASSOCIATION EST STERILE

Dans nos temps modernes, c'est Leibnitzqui a fait à cette question la réponse la plus catégorique.

Pour Leibnitz, tout corps (minéral, végétal, animal, social) se résout en « simples ».

Tous ces « simples » sont des forces qui se dévelop pent indéfiniment, sous réserve des créations probables et des anéantissements possibles, c'est-à-dire sous réserve des rapports du monde avec Dieu.

Chacune de ces « unités », de ces « forces », de ces « monades », « tend confusément à l'infini ».

Mais — et voilà le trait essentiel — chacune aspire, s'efforce, s'évertue pour son compte.

Les monades n'agissent pas les unes sur les autres. Elles ont beau être rapprochées, groupées, unies, associées, elles n'en restent pas moins solitaires. Aucune d'elles ne peut subir ni infliger d'action. Aucune ne peut rien donner ni recevoir.

Chaque monade porte en elle ses vertus. Chacune,, livrée à elle-même, « développe » à travers les siècles et les âges, les énergies latentes qu'elle « enveloppait». Chacune déroule solitairement les vicissitudes de son destin.

Rapprochement, union, groupement, association, synthèse : ce sont donc là, quant au fond, des mots creux. Toute vertu appartient au « simple », non au « composé ». L'idée de « composition » est, pour Leibnitz, intrinsèquement stérile. Il peut y avoir entre les diverses monades parallélisme, synchronisme de développement, mais jamais action proprement dite, jamais influence, jamais efficacité.

En ce sens, le leibnitzianisme est un individualisme absolu.

Et, que telle soit bien la pensée de Leibnitz, un de ses plus autorisés interprètes parmi nos philosophes contemporains, M. Emile Houtroux, l'affirme et le confirme, en ces mots décisifs : « La composition n'est, pour Leibnitz, qu'un accident tout extérieur, qui ne contribue en rien à la nature même des choses... »

Il n'y a donc pas de doute possible sur la pensée de Leibnitz.

l'association est, selon nous, le principe de fécondation.

Que penser de cette doctrine de Leibnitz?

Cette doctrine contient deux éléments : une vérité suprême et une erreur suprême.

il est vieux comme le inonde, ce conflit des « parties » et du « tout », des « simples » et du « composé », des « individus » et de « l'Etat ».

Qui a raison, et qui doit l'emporter, de « l'individu » ou du « groupe » ?

Oui? L' « individu », répond Leibnitz. C'est dans 1' « individu », dans 1' « individu » seul, que résident toute réalité, toute énergie, toute vertu. L' « individu » se suffit à lui-même. L' « individu » est fin et moyen.

Ainsi parle Leibnitz.

Or il faut, selon nous, voir dans cette doctrine deux éléments : une vérité précieuse, sacrée, indestructible, et... une erreur radicale.

Oui, 1' « individu » est fin. Mais c'est Y « association » qui est moyen, l'association seule.

Oui, 1' « individu » est principe et fin. Tout part de lui, et tout doit aboutir à lui. Voilà ce qu'il faut bien savoir. Et voilà ce que Leibnitz a énergiquement mis en lumière. Voilà en quoi Leibnitz a bien mérité de la science et de l'humanité.

Mais 1' « individu » n'est pas moyen. C'est l'« association » qui est moyen. Et voilà ce que Leibnitz a méconnu. Voilà en quoi il a contribué à fausser l'esprit des temps modernes. Voilà en quoi il faut essayer de redresser sa doctrine.

Essayons donc, bravement.

Page 1