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L ABERRATION DU SPIRITUALISME

D'autre part, le spiritualisme a-t-il raison de médire de la force, de la décrier, de la poursuivre de son animadversionet de ses imprécations? Je ne le crois pas. La force a sa place et son rôle dans l'économie de la création. Elle est, je le répète, la loi des rapports externes. Les espèces et les races se disputent l'espace et la place au soleil des vivants. La compétition est âpre. De cette épreuve, il ne sort de vainqueurs que les mieux trempés. Un individu « éprouvé», cette locution n'est-elle pas expressive? La « sélection » est une méthode rude, mais sûre. Les mots le disent, combien éloquemment, dans leur laconisme : la vie « dissolue », c'est la vie « dissoute ». Les Capoue fondent en dissolution et en putréfaction. Il n'y a de forts que les purs. Dans la concurrence vitale, les amollis sont balayés. Hegel le déclarait profondément et hardiment : l'histoire est le tribunal de Dieu. Otez ces terribles sanctions : où ne tomberait-on pas ? Le relâchement est la pente fatale. La « paresse » est le vice fondamental des vivants. Par quoi la contrebalancer, sinon par un instinct plus fondamental encore, à savoir l'instinct de conservation, l'amour de la vie, l'aveugle et frénétique désir de persévérer dans l'être? Un organisme est une association d'individus. Si ces individus pratiquent l'effort et l'accord, i'organisme qu'ils composent est sain et puissant. C'est donc la synergie intérieure qui donne la force extérieure. La santé intérieure, c'est le règne du devoir et du droit, le règne de la justice. La justice au dedans pour la force au dehors : voilà la loi, la double loi de toute existence. C'est ce rôle de la force au dehors qu'ont bien vu la biologie en général et le darwinisme en particulier, et que le spiritualisme tend à méconnaître, préoccupé

qu'il est du droit et de la justice. Mais, il est aisé <!<' s'en rendre compte, les deux éléments ne s'excluent pas, mais au contraire s'incluent. Et le spiritualisme est aussi mal venu à nier la force, que le matérialisme à nier le droit.

On l'a dit : en un sens, la force est la mesure du droit. On pourrait dire même : en tous sens.

Oui, en tous sens, si on sait l'entendre. En effet, les purs sont forts. Les États, fondés sur la justice audedans, sont sains, robustes, vigoureux, puissants au dehors. Mais la santé et la force d'un organisme, qu'est-ce donc, sinon l'accord dans l'effort, chez les composantes, c'est-à-dire l'énergie conspirante ou la synergie? L'énergie extérieure n'est donc qu'une conséquence, une application, une extériorisation de l'énergie interne. Et on aboutit à cette tautologie : les forts sont forts, ou encore, la force est la force.

Maudire la force, au nom du droit, ne va donc pas toujours sans quelque naïveté. Nous avons singulièrement abusé de cette antithèse déclamatoire. Nous risquions d'y perdre le sens même de la réalité. C'est alors que la biologie est intervenue pour nous montrer dans la nature entière cette concurrence vitale que nous ne savions plus voir, pour nous rappeler le rôle immense et nécessaire de la force dans le monde, et pour infuser un sang nouveau à notre philosophisme affadi.

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