CHAPITRE V
LE DÉSINTÉRESSEMENT, NOTION CONTRADICTOIRE, \PPARITION DE L'IDÉE DE «DESINTERESSEMENT».
La force et le droit ne s'opposent donc pas comme l'animal et l'homme, je viens de le démontrer.
Mais cette théorie se présente souvent sous un autre aspect; et une autre démonstration encore est nécessaire.
La violence, dit-on, c'est l'intérêt qui l'inspire, l'égoïsme, l'appétit matériel, la voix du corps.
Or le droit et la justice sont le contraire de la violence et de la force. Donc la justice et le droit sont le contraire de Y appétit matériel, c'est-à-dire une aspiralion immatérielle; le contraire de la voix du corps, c'est-à-dire une voix de lame', le contraire deYégoïsme, c'est-à-dire un altruisme, le contraire de Y intérêt, c'est-àdire un désintéressement.
Désintéressement, voilà le mot lâché ! La force et le droit, cest l'intérêt et le désintéressement !
L'idée de désintéressement est le fond de la morale spiritualiste courante.
D'autre part, le matérialisme n'a pas assez de sarcasmes pour cette notion. Selon le matérialisme, il n'y a qu'une loi pour l'individu, c'est de prospérer aux dépens de tous et de tout : droits et devoirs sont des absurdités.
Notre attitude à nous sera bien nette. Pour nous,
l'idée de désintéressement est contradictoire : il n'y a pas, il ne peut pas y avoir de désintéressement. Ce qui n'empêche pas qu'il y ait, très sûrement et très heureusement, des droits et des devoirs.