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LA QUESTION CAPITALE : « MOI » ET « TOI

La morale est la science suprême. Et, en morale, il n'y a, à vrai dire, qu'une question : quels sont, quels doivent être les rapports des hommes entre eux? Cette question dépend de cette autre : les intérêts des hommes sont-ils opposés ou conformes, conciliahles ou irréductibles?

Moi et autrui : voilà les deux termes en présence. Vous et moi : nous voilà face à face. Quètes-vous pour moi'l Aide ou obstacle^. Et par conséquent, qu'excitezvous en moi ? A mour ou hainet Tout tient en ces quatre mots.

L'homme, comme l'animal, comme le végétal, comme tous les êtres, « tend à persévérer ». Cette tendance à persévérer, ce désir d'être, cette soif d'exister, cet amour de soi, cette passion de la vie, est d'ailleurs aussi légitime qu'universelle. Sans elle tout s'abandonnerait et s'effondrerait. Elle seule soutient l'univers

Mais l'homme, animé de l'indomptable désir de vivre, ne tarde pas à constater que toutes choses ici-bas se divisent pour lui en deux catégories : celles qui favorisent sa vie, et celles au contraire qui la menacent.

Résultat forcé : deux sentiments, deux forces, deux

énergies, deux puissances s'éveillent et se développent dans le cœur de l'homme, à savoir le désir et l'aversion, l'attrait et la répulsion, l'amour et la haine.

L'homme ne peut pas ne pas détester ce qui lui nuit, et chérir ce qui le sert.

Eh hien donc, se demande l'homme tout d'abord, mon semblable, dans laquelle de ces deux catégories faut-il le ranger? Dans la catégorie des êtres utiles? ou dans la catégorie des nuisibles?

C'est en effet la question capitale. Voyons si notre hypothèse ne nous fournira pas aisément la décisive réponse.

L'ASSOCIATION, PRINCIPE DE LA DOUBLE ÉVOLUTION PSYCHOLOGIQUE ET ÉCONOMIQUE.

L'individu isolé est misérable moralemenl et matériellement. Moralement, parce qu'il n'a que des rudiments de pensée, et qu'il est réduit à la sensation et à l'impulsion animales. Matériellement, parce qu'il n'a que des rudiments d'industrie, et qu'il est réduit comme l'animal à la quête errante d'une proie incertaine.

Mais l'association humaine se fonde, et l'individu passe, de sa misère morale et matérielle, à la richesse morale et matérielle. Richesse morale, car en lui se développent et s'épanouissent lentement les hautes puissances appelées raison et liberté. Richesse matérielle, car autour de lui s'aménage la nature, par l'invention des arts et des métiers.

Le progrès mental et le progrès industriel sont connexes et vont de pair. A vrai dire, ce ne sont là que les deux faces, interne et externe, de la civilisation.

h' anthropoïde transformé en homme, et le désert transformé en jardin : telle est la double merveille accomplie par l'association sur notre planète.

LA JUSTICE EST L'ACCORD DES INTÉRÊTS

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