REJET DE LA NOTION DE DESINTERESSEMENT
Résumons cette argumentation.
Le matérialisme dit : la moralité animale, ou intérêt, s'explique par le corps ; la moralité humaine, ou devoir, se ramène à la moralité animaie, et s'explique aussi par le corps. Le devoir n'est que le masque de l'intérêt.
Le spiritualisme dit : la moralité animale, c'est l'intérêt et le corps ; mais la moralité humaine, c'est le devoir et l'âme. Or l'âme est le contraire du corps : le devoir est donc aussi le contraire de l'intérêt. Devoir, c'est désintéressement.
Nous l'avons constaté : sur la moralité animale, le matérialisme et le spiritualisme sont d'accord. Le désaccord ne porte que sur la moralité humaine.
D'une part, le matérialisme prétend réduire le devoir humain à l'intérêt animal. Contre cette réduction, le spiritualisme proteste énergiquement. Et, pour notre compte, nous protestons avec le spiritualisme.
D'autre part, le spiritualisme, non content de maintenir l'irréductibilité du devoir humain à l'intérêt animal, prétend faire du devoir le contraire de l'intérêt, c'est-à-
dire un désintéressement, un renoncement, une abnégation, un sacrifice.
Or cette conception spiritualiste du devoir, nous la rejetons radicalement. Nous avons scruté sous ses principaux aspects la notion de désintéressement, et, sous tous ces aspects, nous l'avons trouvée fausse, erronée, mensongère, sinon contradictoire et absurde.
Le désintéressement n'existe pas. Il n'est ni réel, ni possible, ni désirable.
Le ressort de l'univers, c'est l'intérêt, l'égoïsme, la «^//-affirmation. Sans ce principe, l'univers croulerait. Nulle existence n'est possible que par l'égoïsme. L'intérêt est la base, le centre, le ressort de toute réalité.
Désintéressement c'est abdication. Et abdication, c'est ruine, mort, écroulement et anéantissement. La morale du désintéressement est donc une morale folle, contradictoire, insensée.