‹ La cité moderneChapitre 284 sur 467 · IL FAUT PÉRIR ENSEMBLE OU SE SAUVER ENSEMBLE · texte numérisé non relu

IL FAUT PÉRIR ENSEMBLE OU SE SAUVER ENSEMBLE

La vieille morale s'attarde donc dans une erreur immense. Elle continue à croire aux sanctions séparées, individuelles, alors que les sanctions sont étroitement solidaires, sociales.

Le « juste » d'autrefois se drapait dans sa vertu, en attendant avec une confiance imperturbable la récompense méritée, et en observant de loin le « méchant », d'un regard qui semblait dire : « Ma foi! tant pis pour lui; après tout, il n'aura que ce qu'il mérite; il l'aura bien voulu... » Sans doute ce « juste » s'avisait souvent de plaindre les « méchants », et même de leur tendre

une main secourable. Mais ce n'était là qu'une aumône, qu'il octroyait et mesurait en somme à sa fantaisie. Son sort, après tout, n'était pas lié au leur.

Tout autre sera le « juste » de demain. Il saura, lui, qu'il ne s'agit pas d'aumône, de condescendance, de pitié, de bienveillante charité. Daignerai-je, moi qui suis en sûreté, tendre la main à celui qui se perd ? Cette question sera remplacée sur ses lèvres par cette autre: Puis-je laisser se perdre quelquun qui me perd avec lui ?

C'est bien différent, on en conviendra: les destins apparaissaient séparés ; ils apparaissent inséparables ! Les « bons » et les « méchants » ne peuvent quatre perdus ensemble ou sauvés ensemble!

Je le répète : c'est une tout autre morale que la morale courante. La morale « des bons récompensés et des méchants punis » est une morale inférieure, irrévocablement dépassée.

L'iNSTINCT POPULAIRE S'ÉLÈVE DU « CHACUN POUR SOI » AU « TOUS POUR UN ET UN POUR TOUS ».

Oui, la vieille morale est irrévocablement condamnée, la vieille morale des sanctions strictement individuelles, la vieille morale des destins séparés, la vieille morale du « chacun pour soi ».

L'instinct populaire le sent bien, lui qui, dans la décoration des rues de Paris au 14 juillet, fait flotter de larges banderoles où on lit la cordiale et scientifique devise : « Tous pour un et un pour tous ».

C'est le passage de Fin-solidarité à la solidarité.

Et ce n'est point là, comme le croient ou affectent de le croire les beaux esprits, une effusion naïve de sentimentalité, mais bien l'instinctive affirmation d une vérité scientifique et positive, l'instinct que la sociélé

Page 1