LA VIEILLE THEORIE DES SANCTIONS EST UNE INSOLIDARITÉ
Les bons récompensés et les méchants punis : telle est la formule de la traditionnelle théorie des sanctions. Tel est, sinon le fait, du moins le vœu.
Cette théorie, ce vœu aboutiraient donc à diviser l'humanité en deux groupes, fort inégaux d'ailleurs : d'une part les récompensés, tout seuls; et, d'autre part, tout seuls, les punis.
Cette théorie est-elle vraie? Il s'en faut bien. Elle est l'erreur même. En elle se résume et se condense toute l'erreur de la conception individualiste de l'humanité, toute l'erreur de Yin-solidarisme.
On peut le prouver en quelques mots.
LES « BONS » SONT A LA FOIS RECOMPENSES ET... PUNIS; — ET RÉCIPROQUEMENT.
La société n'est pas un antagonisme; c'est une association.
Dans une association, quels sont les « bons », sinon les vaillants et les loyaux ? Et quels sont les « méchants », sinon les lâches et les fourbes?
Les « bons » peuvent-ils être seuls ou seulement ré-
REJET DE LA VIEILLE THÉORIE DES SANCTIONS SÉPARÉES, i
compensés, et les « mauvais » seuls ou seulement punis? L'évidence du contraire saule aux yeux. Oui, l'évidence du contraire...
La vérité, en effet, c'est que les justes, ceux qui remplissent vaillamment et loyalement leur fonction dans cette vaste division du travail qu'on appelle la société, sont récompensés, en ce sens que leur effort sincère n'étant pas perdu pour la société, ne peut être perdu pour les sociétaires; mais ils ne sont pas seuls récompensés, car leur effort profite aussi aux associés lâches et déloyaux, aux sociétaires infidèles et parasites.
Et ils ne sont pas seulement récompensés, mais aussi punis; car la moins-value sociale qui résulte de la nullité ou de la perversité d'action des mauvais associés, ils ont à en souffrir eux-mêmes gravement; de sorte qu'ils ne sont pas seulement récompensés de leur propre mérite, mais aussi punis du démérite et de l'indignité d'autrui.
Tel est le jeu de la solidarité, réelle, positive, j'allais dire brutale, qui constitue le phénomène social.