IDENTITÉ DE LA MORALITÉ ET DE LA SOCIALITÉ
de nos deux solutions, pour bien é clair cir La confusion consacrée par le langage courant.
Et voici alors les formulas qu'on obtient, soit en psychologie, soit en morn]c.
1 Psychologie.
L'instinct est la mentalité supérieure d'un organisme inférieur.
La raison (langage courant) est la mentalité inférieure d'un organisme supérieur.
En effet, dansYanimal physique, nous ne voyons que la mentalité condensée au cerveau, la mentalité « générale » ou « publique », la mentalité « gouvernementale ».
La mentalité diffuse dans le reste de l'organisme, la mentalité « particulière » ou « privée », la mentalité « populaire » nous échappe plus ou moins.
Inversement, dans V animal politique, nous ne voyons guère que la mentalité diffuse, « particulière », « privée », « populaire ». Et, ce qui plus ou moins nous échappe au contraire, c'est la mentalité condensée, « générale », « publique », « gouvernementale ».
C'est que, l'animal physique, nous le voyons du dehors, comme « tout ». Tandis que, l'animal politique, nous le voyons du dedans, comme « partie ».
Par conséquent, comparer l'animal et l'homme, c'est errer gravement, puisque c'est comparer la mentalité gouvernementale d'un organisme inférieur avec la mentalité populaire d'un organisme supérieur.
C'est une grave illusion d'optique. Et il est nécessaire de procurer sur ce point un radical redressement de vision.
2° Morale. Même illusion invincible; et même redressement nécessaire.
Dire que la force et le droit s'opposent comme l'animal et l'homme, c'est brouiller déplorablement les points de vue.
La force animale, c'est la loi des rapports extérieurs d'un organisme inférieur; et le droit humain, c'est la loi des rapports intérieurs d'un organisme supérieur.
La comparaison porte à faux. Il n'y a pas correspondance, mais croisement.
Ce qu'il faudrait comparer, c'est la force chez l'animal physique, loi de ses rapports extérieurs, et la force chez l'animal politique, loi de ses rapports extérieurs; ou bien, le droit chez l'animal politique, loi de ses rapports intérieurs, et le droit chez l'animal physique, loi de ses rapports intérieurs.
La force n'est pas un monopole de l'animal physique : les animaux politiques aussi (les cités) y ont recours, dans leurs rapports extérieurs, — on ne le sait que trop.
Pareillement, le droit n'est pas un privilège exclusif de l'animal politique. Il y a un droit aussi chez l'animal physique. En effet, les rapports internes de l'animal physique (rapports de cellule à cellule, c'est-à-dire d'animalcule à animalcule), et les rapports internes dé l'animal politique (rapports d'homme à homme, ou plus exactement de citoyen à citoyen) sont régis nécessairement parla même loi, à savoir la loi d'association, c'est-à-dire de droit et de devoir réciproques, c'est-à-dire encore de justice.
La persistance de tout organisme est donc fondée à la fois sur le droit au dedans et la force au dehors.
Il est imprudent d'affadir et d'énerver la science et la philosophie, en déconsidérant l'idée de force, car la force est la loi nécessaire des rapports externes. Mais il est insensé d'énerver le droit, au dedans, au profit de la force, car c'est dissoudre violemment l'organisme dont on fait partie, c'est inconsciemment mais infailliblement se suicider.
Force et droit ne s'opposent donc pas comme animal
IDENTITÉ DE L\ MORALITÉ ET l»K LA SOCIALltÉ.
et homme , puisqu'ils coexistent chez l'animal, el coexis-i (cul chez L'homme.
Force el droit ne s'opposent pas davantage comme inièrêt et désintéressement , puisque le droit c'est ['intérêt interne, et la force, Yinlérêt externe.
Et pourtant, dans l'opinion générale et dans le langage courant, force, animalité, intérêt sont synonymes ; et synonymes droit, désintéressement, humanité ! Fausses et fâcheuses associations. Mais le pli est pris. Il en coûtera pour revenir là-dessus, et pour changer toute cette vicieuse manière de voir. Il le faut cependant, — à tout prix.
l'lmmense malentendu.
Tout ceci nous explique hien les interminables débats qui se sont élevés entre les savants et les philosophes, en psychologie et en morale, sur la raison et l'instincl, sur la force et le droit.
Psychologie :
Les savants voient surtout l'animal physique, et, dans l'animal physique, surtout la mentalité centrale (cerveau, tête, gouvernement, Etat).
Les philosophes au contraire voient surtout l'animal politique, et, dans l'animal politique, surtout la mentalité diffuse (membres, peuple, individu).
De là un double malentendu.
Le savant voit surtout la mentalité supérieure d'un organisme inférieur. Et le philosophe, surtout la mentalité inférieure d'un organisme supérieur.
Morale :
Le savant voit surtout l'animal physique, et, dans l'animal physique, surtout ses rapports extérieurs. Le philosophe voit surtout l'animal politique, et,
dans Tanima] politique, surtout ses rapports intérieurs.
De là aussi un double malentendu.
Le savant voit plutôt la moralité extérieure d'un organisme inférieur. Et le philosophe, plutôt la moralité intérieure d'un organisme supérieur.
En résumé, soit en psychologie, soit en morale, l'éternel débat entre les savants et les philosophes, entre le matérialisme et le spiritualisme, se réduit à un malentendu immense.
Le matérialisme se préoccupe davantage des rapports extérieurs des organismes inférieurs ; et le spiritualisme a plus particulièrement souci des rapports intérieurs des organismes supérieurs.
Chacun d'eux connaît un élément de la réalité, et méconnaît plus ou moins l'autre. Tous deux sont à la fois vrais et faux. Ils se corrigent et se complètent l'un par l'autre.
Le matérialisme nous propose de fermes bases, et aine grande combativité au dehors : pouvons-nous le blâmer?
Le spiritualisme nous vante les hautes cimes, et une extrême équité au dedans : ne devons-nous pas le louer?
Solidité et énergie, d'une part; et, d'autre part, élévation et justice : les deux moitiés font l'entier.