COMMENT PÉRISSENT LES NATIONS
L'association humaine, la société, la cité, essaie de se constituer, depuis dix, vingt, cinquante, cent, deux
L'ÉCOLE ET LA MORALITÉ. ', s t
cent mille ans el plus peut-être. La courte histoire <•! l'immense préhistoire ne sont que le long el tragique catalogue de ces essais toujours avortés, toujours recommencés. Chaque race, chaque famille humaine, chaque nation, en Orient ou en Occident, dans les temps antiques ou dans les temps modernes, a essayé, ou essaie, à son tour. Tous ces essais ont finalement échoué ou menacent d'échouer. Aucune cité n'est restée debout à travers les âges, sauf peut-être la cité chinoise, si mal appréciée encore par les hommes d'Occident.
Comment donc périssent les nations? Il y a, pour les nations, deux sortes de morts, comme pour les individus (sans parler de la mort « naturelle », contestée pour les peuples) :
1° La mort violente, par voie de fait, conquête, écrasement, dispersion, etc.
2° La mort lente, par maladie organique, vice de constitution.
Mort traumatique et mort pathologique, c'est'de la seconde seule que nous avons à nous occuper ici, d'autant qu'elle appelle souvent la première.
Certes, il y a bien des sortes de maladies, soit pour les corps, ces cités de cellules, soit pour les cités, ces corps de citoyens. Mais en un sens il n'y en a qu'une.
Il y a maladie quand le juste rapport soit des cellules entre elles dans le corps, soit des citoyens entre eux dans la cité, est troublé. Et la « pathologie cellulaire » de l'illustre Virchow pourrait avoir pour pendant une « pathologie civique », encore à constituer. Selon d'ailleurs que ce trouble est superficiel et passager ou profond et durable, la maladie « physique » et la maladie « politique » sont anodines ou mortelles.
Il n'y a donc sans doute qu'une maladie, animale ou sociale : Y injustice.
Comment périssent les nations? Sauf les cas de mort
violente par voie de fait, partout et toujours, par une des mille formes de l'iniquité.