PERSISTANCE DES MAXIMES SECRETES DE L'ANTAGONISME
Le grand obstacle à une juste et féconde association, c'est que beaucoup d'hommes, le plus grand nombre peut-être, ne s'avise pas ou n'est pas convaincu que la société soit en effet une association.
La majorité des hommes conserve sous le régime de 1' « association pour la production » les instincts ataviques et les maximes secrètes du régime de 1 * antagonisme pour la prédation ».
Voyez la société actuelle. Chacun ne se dit-il pas
secrètement : au lieu de travailler et de produire moimôme, si je pouvais, par violence ou par ruse, m'emparer du produit du travail d'autrui !
Et, sans parler des grands cyniques, de ceux qui, ostensiblement, ne font rien, ne produisent rien, mais vont cherchant, quêtant, flairant les « coups » à tenter ou les pièges à tendre, et mènent au grand jour leur vie de proie : politiciens tarés, financiers louches, banqueroutiers frauduleux, agioteurs, agents de chantage, etc., croit-on que la masse en général, moins forte et moins hardie certes, par conséquent hypocrite et sournoise, croit-on que cette masse, démoralisée d'ailleurs quotidiennement par l'exemple des grands prédateurs, ne soit pas, elle aussi, toujours à l'affût de quelque prédation possible?
Et ces milliards de menues fraudes quotidiennes, croit-on qu'elles ne fassent pas autant et plus peut-être pour ruiner le pacte social que les vastes escroqueries intermittentes des larrons de haut vol !
C'est par cette multitude de petites et grandes iniquités que la société, rongée et minée sans relâche, toujours s'éboule et croule intérieurement. Avec la justice, au contraire, elle serait fondée sur le roc.
Voilà donc la grande, l'éternelle cause de la ruine sociale : l'iniquité, la grande ou la menue iniquité, la cynique ou l'hypocrite iniquité, — de tous contre tous, en tout et pour tout.
Equité et iniquité, c'est entre ces deux pôles qu'oscille toute cité humaine, — c'est-à-dire entre grandeur et décadence, entre haine et amour, entre vie et mort.