LA SOLIDARITÉ C'EST LA CONSCIENCE DE LA DETTE-CRÉANCE
Supposez une cellule du corps, une cellule enfouie dans le repli le plus reculé de tel ou tel tissu musculaire ou osseux.
L'ÉCOLE ET LA MORALITÉ. isl
Cette cellule a quelque connaissance de l'organisme immense où elle est plongée.
Mais peut-elle s'en l'aire véritablement une idée?Non sans doute.
Alors se pose la question qui nous intéresse. Cette cellule, qui doit à l'association un précieux surcroît d'aptitudes, se rend-elle compte de sa dette'! Sait-elle quelle serait sa misère à l'état isolé? Connaît-elle la plus-value obtenue par l'association? Compare-t-elle les deux états, et mesure-t-elle la différence? Appréciet-elle exactement l'appoint, l'apport, le bénéfice social? Se félicitc-t-elle par conséquent d'être associée, et non isolée, c'est-à-dire inter-dépendante et non in-dépendante, solidaire enfin et non solitaire?
A-t-ellc conscience du service que lui rendent, en s'associant à elle, les autres cellules? A-t-clle, encore un coup, conscience de sa dettel
Et, inversement, a-t-elle conscience aussi du service quelle leur rend à son tour. A-t-elle conscience de sa créance!
Et tire-t-elle de là un double sentiment, de reconnaissance et de fierté, d'orgueil et d'amour, — double sentiment qui est le lien organique lui-même et comme le ciment du temple social?
La solidarité, c'est la conscience de la dette-créance, c'est-à-dire d'une réciprocité de bienfaits.