LA DOUBLE « MORT », PHYSIQUE ET POLITIQUE
Comme nous voilà loin de la conception traditionnelle d'une âme indépendante du corps!
L'âme est étroitement dépendante du corps social, — tant s'en faut qu'elle soit indépendante du corps animal.
L'âme meurt donc ? Certes. Et plutôt deux fois qu'une ; ou mieux, en deux fois.
Car il y a deux âmes : l'âme inférieure, Yâme « sentante » ou animale, fonction du corps animal (association de cellules), et l'âme supérieure, Yâme « pensante » ou sociale ou proprement humaine, fonction du corps social (association de citoyens).
Si l'association des citoyens se dissout, l'âme supérieure ou sociale périt, pour ne laisser subsister après elle que l'âme inférieure ou animale.
Et si l'association des cellules à son tour se dissout, l'âme animale elle-même s'évanouit.
Non seulement donc Y « âme humaine » est amissihle parla mort du « corps physique »; mais elle est amissible par la simple mort du « corps politique ».
Cest donc bien en deux fois que meurent la pensée, l'âme :
1° A leur degré supérieur, elles meurent, quand le « corps politique », ayant perdu sa force de cohésion, se dissout et se résout en ses éléments constitutifs, les « anthropoïdes ».
Et c'est ce qu'on appelle : dissolutions, « décadences » .
2° A leur degré inférieur, elles meurent, quand le « corps physique », ayant perdu sa force de cohésion, se dissout et se résout en ses éléments constitutifs, les « cellules »
LA MORT ET LES SANCTIONS IMMANENTES. iv>
El c'esl <•<• qu'on appelle : décompositions, * pourritures ».
La conception d'une « Ame supérieure » distincte, indépendante, et séparable, non seulement du «corps social », mais aussi du « corps animal », et capable par conséquent de traverser les deux morts, du « corps politique » et du « corps physique », pour s'envoler allègre et nue au fond de je ne sais quels cieux, — c'est donc la une conception qui, au point de vue historique peut s'expliquer certes, comme je le ferai voir, mais qui, prise en soi, froidement, apparaît ce qu'elle est, à savoir, un cruel non-sens.