‹ La cité moderneChapitre 327 sur 467 · LE JUSTE FRUSTRÉ · texte numérisé non relu

LE JUSTE FRUSTRÉ

Or l'homme constate qu'ici, sur la terre, le juste n'est pas payé de sa justice, c'est-à-dire n'est pas heureux.

C'est là une constatation, ce qu'on appelle un fait.

Voilà donc que l'expérience donne un démenti brutal à la conscience : le juste doit être heureux, et le juste ri est pas heureux.

4° l'hypothèse d'une vie future.

Que conclure de là? 11 n'y a que deux alternatives possibles :

1° Ou bien il n'est pas vrai que le juste doive être heureux, et ce n'est là qu'un acte de foi gratuit de la conscience ; et alors la conscience n'est qu'une folle voix, qui prouve que la misérable humanité a pris son secret désir pour une loi objective des choses ; ce qui revient à dire que rien dans l'univers ne confirme la foi humaine à l'ordre, que tout l'infirme au contraire, et que par conséquent là où le chétif genre humain murmure « ordre et Dieu », le monstrueux univers clame « désordre et Hasard » î

2° Ou bien, si la conscience a raison, c'est-à-dire si Dieu existe, et que pourtant le juste ne soit pas heureux ici et aujourd'hui, c'est donc qu'il le sera ailleurs et plus tard.

C'est cette seconde alternative que l'humanité occidentale a adoptée, — ce qui a nécessité l'élaboration de tout un système philosophique qu'on appelle le spiritualisme traditionnel et que nous allons résumer.

Page 1