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L'HYPOTHÈSE D'UNE AME IMMATERIELLE

Pour que je puisse recevoir ailleurs et plus tard le prix du devoir et la récompense attachée à la justice, il faut évidemment que je puisse me trouver à ce rendez-vous réparateur que me réserve Dieu. C'est-à-dire, il faut que je puisse échapper à la mort, m'échapper de cette vie présente et de la « terre », pour entrer dans la bienheureuse vie future, au « ciel ».

Mais comment puis-je échapper à la mort? Et qu'estce que la mort?

LE PESSIMISME TERRESTRE ET LA MORALE DES SANCTIONS. i '.•'.>

La mort est une dé-composition, une dis-solution. ( )i le corps » est composé, et par conséquent décomposable, ou mortel. Donc il y a en moi autre chose que le « corps », je ne suis pas seulement un corps, sinon je mourrais, et je n'aurais pas accès à la vie future, et je ne pourrais pas recevoir le prix du mérite, et alors il ne serait pas vrai que les bons soient récompensés, et en ce cas il n'y aurait pas d'ordre, il n'y aurait pas de Dieu, — ce qui est contraire à l'opinion que j'ai adoptée, contraire à ma foi profonde, à ma foi absolue.

Si je ne suis pas seulement un « corps », c'est-à-dire quelque chose de composé et de décomposable ou de périssable, il faut donc qu'il y ait en outre en moi quelque chose de non composé, de non décomposable, de non périssable, — quelque chose de « simple ». Ce quelque chose de « simple », je l'appelle mon « âme ».

Je suis donc composé de « corps » et d' « âme ». Mais, à vrai dire, je suis surtout « âme ». C'est mon « àme », et non mon « corps », qui constitue ma personne morale, mon « moi ».

C'est ce moi incorporel qui doit survivre à l'existence terrestre, et entrer au « ciel », pour y recevoir de Dieu, suprême garant de la justice, la « récompense » promise aux « bons », et qui m'a été refusée ici-bas.

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