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CIEL APPARENT ET CIEL RÉEL

La révolution astronomique est d'avant-hier. La révolution biologique n'est que d'hier, sinon d'aujourd'hui môme.

Le vrai système du monde, découvert par les Copernic, les Galilée, les Kepler, les Newton, les Laplace, a déjà pu être en quelque mesure divulgué. Le vrai tableau de la faune se dégage à peine des travaux des Spallanzani, des Leuvenhoeck, des Gœthe, des Bordeu, des Schwann, des IL Milne-Edwards, des Claude Bernard, des Haeckel, etc., etc. : comment pourrait-il être déjà gravé dans tous les yeux.

Mais les temps sont proches, et le mystère du monde animal sera dévoilé à tous, aussi largement que le mystère du monde sidéral.

Apprenons cependant à mesurer par l'exemple de l'illusion astronomique l'étendue possible, probable, certaine, de notre illusion biologique.

Pour un ignorant, dupe du ciel visible, les astres sont petits; situés sur le même plan; en nombre considérable, mais limité; de môme nature entre eux, mais d'une autre nature que la terre; opposés à la terre topographiquement ; à peu près immobiles, sauf quelques-uns; indestructibles, etc., etc.

Or, c'est exactement le contraire de tout cela qui est vrai.

Les astres sont énormes. Ils sont distribués dans l'espace sans limite, sur tous les plans, à des profondeurs indéiiniment accrues et éternellement insondables. Ils sont en nombre illimité. Ils diffèrent entre eux, et se distribuent au moins en deux catégories bien distinctes : les planètes et les soleils. Ils sont d'ailleurs chimiquement de même nature que la terre. Ils sont si peu opposés topographiquement à notre planète, et la terre est si peu opposable au ciel, que, tout au contraire, la terre est dansle ciel. Loin d'être immobiles, les astres, et en particulier les plus « fixes » en apparence, c'est-à-dire ces lointains soleils que nous appelons étoiles, volent dans l'espace avec des vitesses de boulets de canon. Enfin les astres se construisent et se détruisent, naissent et meurent, — tant s'en faut qu'ils soient incorruptibles et indestructibles; et Humboldt a pu comparer la forêt des astres à une forêt d'arbres, où la naissance, la croissance, le déclin et la mort se jouent éternellement.

En un mot le ciel réel est tout simplement le contraire du ciel apparent.

Or, il n'en est pas autrement pour la faune terrestre. Et c'est bien ici le cas de répéter la formule orientale (citée par M. Rabier) : ce qui paraît nest pas ce qui est.

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