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LA FAUNE APPARENTE, AVANT LA DECOUVERTE DES PROTOZOAIRES

La révolution astronomique est connue, assez stérilement d'ailleurs, puisqu'elle n'a pas encore développé ses effets dans les esprits et dans les cœurs des hommes.

Sommairement, elle consiste en ceci : jadis on opposait la terre et le ciel. Aujourd'hui on sait que la terre est clans le ciel.

La révolution biologique n'est encore que peu ou point connue.

La voici en gros : jadis on opposait ï animal el l homme. Aujourd'hui on entrevoit que Y homme est un animal.

N'est-ce que cela, dira-t-on ? Pour n'être pas admise peut-être par telle ou telle confession religieuse, il y a beau temps que cette idée court le monde. Elle est à la fois ancienne et vulgaire. Il n'y a donc pas là trace de découverte et de révolution.

Je réponds : êtes-vous bien sûr d'aller au fond des choses ?

(Juand nous prononçons, vous ou moi, le mot « animal », nous nous représentons aussitôt quelqu'un de ces animaux, sauvages ou domestiqués, qui constituent pour ainsi dire la faune classique. Les industriels qui montrent au peuple des collections de bêtes vivantes ou empaillées, font généralement peindre, sur une toile ou sur un mur, un raccourci naïf de la création. On voit là, dans un paysage irréel, parmi de larges eaux et des arbres géants, errer des lions, des girafes, des éléphants, des boas, et un peu à l'écart, un Adam nu, genou en terre, prier, et par-dessus le tout, là-haut, les

pieds sur des Quées bleues ou roses, trôner un grand vieillard, à barbe limoneuse, qui n'est autre que Dieu. Ajoutons par la pensée à ce lablcau ingénu quelques dix ou vingt animaux domestiques, bœuf, cheval, chien, chat, mouton, poule, dindon, etc., et nous aurons à peu près la faune courante, celle qui, je le répète, est évoquée à nos imaginations dès qu'on prononce devant nous le mot animal.

Dans cette faune-là, une antithèse s'impose, celle de ï animal proprement dit et de Y homme. D'un côté, tous les animaux, et, de l'autre, l'homme tout seul : telle est bien l'antithèse familière et traditionnelle.

Or, rien de plus faux que cette conception, ou plutôt que cette vision de la faune terrestre. Et c'est précisément là ce qu'est en train d'établir la biologie contemporaine.

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