‹ La cité moderneChapitre 388 sur 467 · IM\ PRINC1PA · texte numérisé non relu

IM\ PRINC1PA

notamment au premier chapitre du livre lel au onzième chapitre du livre 111 :

Où que je sois, dans Pair, l'Océan ou la rené Viorne imperceptible en sa ténuil

Je Burvîvraî toujours dans L'infini mystèl . Parcelle d'immortalité !

Je vivrai! le vivrai 1 oorpuscule impalpable, Pans L'espace el te temps, Bourd, aveugle, muet, Gardant toujours en moi l'essence inaltérable, Que transforme le grand creuset.

Je vivrai dans L'horreur dos ténèbres profondes,

On sur les rais jovon\ d'nn flamboyant soloil,

On dans le vaste soin dos clapotantes ondes, Insoucieux de mon réveil.

des milU ans el oVs milU >rc

A pass sur sans pouvoir m'aoo

.1 s l'enfant je n

Don '.:ir:ii plus tourenir.

Camille Delthil, les •>■. chei Lemerre.)

Los t'<vy>N sociaux se désagrègent, el les corps anî- Htatix se dissolvent. Mais les éléments ultimes en sonl indestructibles, et rien ne peut les abolir.

D'autre part, ces ultimates, ces corpuscules, ces atomes, d ont pas uniquement des propriétés/>Àysio£i6s, comme a pu le croire jusqu'ici une science superficielle, mais aussi des propriétés psychiques*

Ce n'est qu'en apparence que l'atome est aveugle, sourd el muet. Intérieurement, obscurément, virtuellement, il est \ i c et pensée, âme enfin.

Seulement il ne révèle plus ou moins ses énergies latentes que dans et par des associations plus ou moins complexes.

IVoîi cette suite éternelle d'enveloppements el </«' opemcnls, comme disait Lcibnitz, ce rhythme sans fin de sommeils ei de réveils, où notre esprit sim-

664 C0NFIRMÀTI3N DE NOTRE HYPOTHÈSE lilO-SOGIÀLE.

plisle ei absolu voit la vie et la mort, — sans se douter de ce qu'il y a encore de sommeil ou de mort dans ce que nous appelons la vie, et d'éveil ou de vie dans ce que nous appelons la mort...

Tout... est, éternellement. Il n'y a, dans le Temps, que des transformations, des métamorphoses, ou, si vous voulez, des alternatives d'élan et de chute, des vicissitudes, des péripéties

Quant au fil de mémoire qui, dans l'infini mystère, peut relier ces phases de l'éternelle existence, peut-être mon poète paraîtra-t-il ici un peu trop négatif, au gré de ceux qui, comme moi, persistent à trouver singulièrement profondes les intuitions du divin Platon.

S'agit-il du caractère sacré de la Nature?

J'en trouve la notation pénétrante dans ces deux vers où le rare et discret poète F. N , tout pénétré de naturisme et de panthéisme germaniques, salue

Le saint et sublime mystère De ce vieil univers obscur...

S'agit-il de la formation de l'homme moral? Je lis dans la Revue de théologie et de philosophie (juin 1893), sous la signature de M. A. Sabatier, professeur de dogmatique à la Faculté de théologie protestante de Paris, les lignes suivantes :

L'homme n'est pas fait ; il devient et doit se faire lui-même en réalisant l'idée spirituelle de sa nature d'homme. Il sort de l'animalité et monte à la vie libre de l'esprit...

S'agit-il de cette idée que l'histoire, au fond, c'est la genèse de la Citél M. Alfred Rambaud, dans ses trois volumes sur la Civilisation française, et M. Seignobos dans ses trois volumes sur la Civilisation générale, en ont certainement le sûr l'instinct, quand ils tentent de

démêler « l'histoire interne » soi! de La France, soit de l'Humanité loul entière.

S'agit-il de comprendre que la Révolution sera stérile tant qu'elle restera strictement politique, c'està-dire superficielle et comme extérieure, tant qu'elle ne

renouvellera pas à fond nos esprits et nos cœurs, enfin, tant qu'elle ne deviendra pas une révolution morale et religieuse? M. Aulard écrit ces lignes remarquables (Le Culte de la Raison et le Culte de l'Être suprême, p. 62; chez Alcan) :

... Ils (les Français) aimaient mieux subir le catholicisme en s'en moquant, que de faire le rude et brisant effort de révolutionner leur propre conscience...

S'agit-il de la nécessité d'un total renouvellement spirituel pour l'Europe entière? M. Henri Berr, au chapitre iv de Vie et Science (chez Armand Colin), signale ces paroles de Stuart Mill :

Je suis convaincu, maintenant, que nul grand progrès dans le sort de l'humanité n'est possible tant qu'il ne se fera pas un grand changement dans la constitution fondamentale des manières dépenser.

Les opinions religieuses, morales et politiques, sont tellement discréditées chez les esprits les plus éclairés qu'elles ont perdu la plus grande partie de leur efficacité pour le bien...

Quand les esprits philosophiques ne peuvent plus croire à la religion du monde, ou n'y croient qu'à la condition d'y faire des changements qui ne vont pas à moins qu'à en transformer radicalement le caractère, une période de transition commence, période de convictions faibles, d'intelligences paralysées, de principes plus ou moins relâchés, qui ne saurait prendre fin que par une révolution dans le fondement des croyances, qui favorise le développement de quelque foi nouvelle...

S'agit-il de la probabilité de cette révolution spirituelle? M. Henri Berr, au chapitre vin du même ouvrage, signale également ces paroles de Sainte- Beuve :

Notre xixe siècle, à la différence du xvme, n'est pas dogmatique ; il semble éviter de se prononcer, il n'est pas pressé de conclure ; il y a même de petites réactions superficielles qu'il a l'air de favoriser en craignant de les combattre.

Mais patience! Sur tous les points on est à l'œuvre... Tout change insensiblement de face; et le jour où le siècle prendra la peine de tirer ses conclusions, on verra qu'il est à cent lieues, à mille lieues de son point de départ.

Le vaisseau est en pleine mer ; on file des nœuds sans compter ; le jour où on voudra relever le point, on sera tout étonné du chemin qu'on aura fait.

S'agit-il de rétablir nettement les valeurs respectives du labeur manuel et de la direction intellectuelle, dans les œuvres humaines? Je trouve, dans le compte rendu d'une interview, ce mot catégorique de M. Paul Leroy- Beaulieu :

... Dans une entreprise, c'est Vidée qui est tout...

S'agit-il d'établir l'utilité pratique de la pure spéculation scientifique? Je vois, dans la Bévue bleue (9 sept. 1893), M. Emile Faguet souligner avec M. Rebière cette grande parole de Gondorcet:

Le matelot qu'une exacte observation de la longitude préserve du naufrage doit la vie à une théorie conçue deux mille ans auparavant (celle des courbes coniques) par des hommes qui avaient en vue de simples spéculations géométriques.

S'agit-il d'esthétique, et des rapports du fond et de la forme, de la pensée et du style? J'entends un humo-

riste, M. André Hallays, dire d'une façon plaisante el profonde :

L'horreur des penseurs dénués de style est une des foi

traditions de la race gauloise...

El il est de fait que les livres mal écrits sont des livres mort-nés.

L' « opaque » sociologie des Auguste Comte, par exemple, aura dû être bien ajourée, bien pénétrée de vie et d'âme, de grâce et de feu, avant de pouvoir devenir, comme les Vies de Plutarque ou les Essais de Montaigne, le bréviaire des siècles.

S'agit-il de la passion et du ridicule qu'on essaye de jeter sur elle? Je lis dans un des nombreux volumes posthumes de Barbey d'Aurevilly, édités par les soins fidèles de Mlle Read, la déclaration que voici :

Il n'y a jamais de ridicule dans une passion quand elle est vraie, et je pense même comme madame de Stàel, c'est que le ridicule ici est un mot inventé par le monde pour dégoûter des sentiments exaltés les âmes qui valent mieux que lui.

S'agit-il des degrés de l'intelligence et des échelons du savoir? M. Schuré n'hésite pas à écrire, dans la Revue des Deux Mondes, ces mots qui mériteraient d'être médités par plus d'un pédagogue naïf :

Les plus hautes vérités sont des mystères.

S'agit-il de la nécessité de raccorder toute philosophie polilique à une philosophie cosmique ? M. G. Dumas dit fort bien, en parlant du socialisme de Tolstoy (Tolstoij et la philosophie de l amour ; chez Hachette):

Le panthéisme qui l'encadre lui donne une ampleur philosophique qui manque d'ordinaire aux théories sociales (p. 101),

S'agit-il de l'ardente soif de justice qui est au fond du cœur des foules? J'entends M. Lucien Arréat remarquer que dans la grande crise religieuse que nous traversons en ce siècle, et pour ainsi dire dans le grand interrègne de la morale officielle, c'est le mélodrame des Pixérécourt, et peut-être, ajouterai-je, le drame des George Ohnet, avec ses traîtres punis ou ses héros récompensés, qui fait, tant bien que mal, l'intérim de la morale absente.

S'agit-il du magistère social des poètes? Je vois M. Paul Desjardins (Le Devoir présent, chez A. Colin, p. 54) citer ces vers d'Elisabeth Browning, dans Aurora Leigh (VIII):

. . . poets get directlier at the soûl Than any of your œconomists

vers, que M. Desjardins lui-même commente en ces termes (p. 70):

Un poète énergique ou un homme de foi indépendant sera toujours de plus d'utilité que cent députés timides.

M. Gréard, philosophe moraliste, citant Prévost- Paradol, qui se réclame lui-même de Spinoza; M. James Darmesteter, orientaliste, citant les prophètes d'Israël; M. Bourdeau, publiciste philosophe, citant Marc-Aurèle et Léopardi; M. Camille Delthil, poète de terroir; M. F. N., Parisien nourri de Goethe; M. Sabatier, théologien etpubliciste; M. Rambaudet M. Seignobos, historiens de la civilisation; M. Aulard, historien de la Révolution; M. Henri Berr, citant StuartMill et Sainte- Beuve; M. Paul Leroy-Beaulieu, économiste; M. Faguet, critique littéraire, citant Condorcet; M. Hallays, chroniqueur et humoriste; M. Hello, philosophe: Barbey d'Aurevilly, critique et romancier; M. Schuré,

mystagogue; M. (i. Dumas, exégète deTolstoy; M. \i réat, polygraphe; M. Paul Desjardifts, citani Elisabeth Browning; et bien d'autres que je pourrais, que je

devrais me rappeler : n'est-ce pas un beau spectacle que de voir ainsi tant d'hommes si divers, apportant chacun sa vérité, chacun sa pierre pour l'édification de la philosophie future : unité substantielle du monde, acceptabilité de la mort, indestructible de l'être, sainteté de la nature, lente genèse psychique de l'homme, conception sociologique de l'histoire, inachèvement de la Révolution française, nécessité d'une révolution spirituelle en Europe, probabilité de cette révolution, légitime supériorité du travail cérébral sur le travail musculaire, utilité de la pure spéculation scientifique, importance de la forme et du style, néant de la critique négative, grandeur et beauté de la passion, pérennité de l'ésotérisme, connexion de la philosophie politique et de la philosophie religieuse, soif populaire de justice, magistère des poètes, etc., etc.?

N'est-ce pas un spectacle émouvant que tout ce labeur collectif, et peut-être anonyme pour nos plus lointains descendants, d'où sort, d'où se dégage lentement sous nos yeux cette grande philosophie de demain, où s'abritera l'humanité pacifiée, cette cathédrale invisible qu'habitent par avance nos esprits et nos cœurs?

Oui, l'Avenir soulève nos espérances. Et je suis tenté de lui dire ce que Novalis dit à la Nuit (dans Les disciples de Sais, traduits par M. Pujo) :

. . . Oue caches-tu donc sous ton manteau, qui, quoique invisible aux yeux, me va si puissamment à l'âme ?

Mais entre tant de justes et fortes paroles contemporaines, celle qui me paiau de beaucoup la plus utile à méditer à cette heure, à condition de savoir l'enlen-

dre, c'est une parole de Joseph de Maistre, dont je me nourris depuis des années.

Voici cette parole : voici cette révélation de la révélation :

Toute la science changera de face ; Yesprit, longtemps détrôné et oublié, reprendra sa place...

Attendez que Yaffinité naturelle de la, religion et de la science les réunisse dans la tête d'un seul homme de génie : l'apparition de cet homme ne saurait être éloignée, et peut-être même existe-t-il déjà. Celui-là sera fameux et mettra fin au dix-huitième siècle qui dure toujours.

Gomment s'accomplira cet enivrant hymen de Y âme religieuse et de Yesprit scientifique?

C'est ce que cherchent, j'imagine, tous les jeunes hommes pensifs du temps présent.

Etc'est ceque j'ai essayé de m'expliquer à moi-même, dans le présent ouvrage.

Joseph de Maistre dit encore (Du Pape ; discours préliminaire) :

Nous touchons à la plus grande des époques religieuses, — où tout homme est tenu d'apporter, s'il en a la force, une pierre pour l'édifice auguste, dont les plans sont visiblement arrêtés.

La médiocrité des talents ne doit effrayer personne, du moins elle ne m'a pas fait trembler.

J'entends cela à ma façon.

Mais, en tout cas, je ne saurais mieux dire, pour confesser ma foi, et pallier ma témérité.

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