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QUATRE RESSEMBLANCES ET QUATRE DIFFERENCES PRINCIPALES

Voyons maintenant à serrer de près la comparaison de l'organisme social et de l'organisme animal.

Herbert Spencer admet entre eux quatre ressemblances principales et quatre principales différences que M. Ribot va nous formuler.

Ressemblances :

1° Tous deux commencent par être de petits agrégats; leur masse augmente, et ils peuvent même devenir cent fois ce qu'ils étaient à l'origine.

2° Leur structure est si simple d'abord qu'on peut dire qu'ils n'en ont pas ; mais dans le cours de leur développement, la complexité de structure croît généralement.

3° A l'origine, la dépendance mutuelle des parties existe à peine ; mais elle devient finalement si grande que l'activité et la vie de chaque partie ne sont possibles que par l'activité et la vie des autres.

4° La vie du corps est beaucoup plus longue que celle des éléments qui constituent le corps; et l'organisme total survit à

la disparition des individus qui la composent; il peut même croître en masse, en structure, en activité, malgré ces pertes successives.

Différences :

1° Les sociétés n'ont pas de formes extérieures déterminées ; .encore faut-il remarquer que dans le règne végétal, comme dans les classes inférieures du règne animal, les formes sont souvent très vagues.

2° L'organisme social ne forme pas une masse continue, comme le fait le corps vivant.

3° Tandis que les derniers éléments vivants du corps individuel sont le plus souvent fixés dans leur position relative, ceux de l'organisme social peuvent changer de place ; les citoyens peuvent aller et venir à leur gré pour gérer leurs affaires. Remarquons cependant qu'il y a une certaine fixité dans les grands centres de commerce et d'industrie.

4° La plus importante différence, c'est que dans le corps animal il n'y a qu'un tissu doué de sentiment (tissu nerveuxj, et que, dans la société, tous les membres en sont doués.

Cette quatrième différence, « la plus importante », est, selon nous, tout à fait contestable. M. Ribot luimême indique la critique :

Comme entre les classes laborieuses et les classes très cultivées, il y a une grande différence de susceptibilité intellectuelle et émotionnelle, le contraste, à la réflexion, paraît moins grand qu'il ne semblait d'abord.

Selon nous, ce n'est pas encore assez dire. En effet, et nous l'avons fait voir : dans l'organisme animal, toutes les cellules sont irritables; mais quelques-unes se spécialisent, et aiguisent leur irritabilité; ce sont les cellules cérébrales. Pareillement, dans l'organisme social, tous les citoyens sont ratiocinants; mais quelques-uns, spécialisés dans les professions intellectuelles, aiguisent en eux la raison ; et c'est Y élite.

RÉSUMÉ DE NOTRE HYPOTHÈSE BIO SOCIALE. 10t>

A notre avis, la quatrième différence, <« la plus impur ante », dit-on, serait «loue, non une différence, mais au contraire une ressemblance, ou, toul, au moins, une analogie.

Aussi, M. Ribot, a-il infiniment raison de dire :

En somme, entre les deux organismes, les ressemblances sont fondamentales, essentielles, et les différences toul extérieures et, à la rigueur, contestables.

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