AUTRES DIFFÉRENCES
Ainsi l'on a d'un côté : la vie de prédation, c'est-àdire la vie précaire ; l'insuffisance de l'aliment, c'est-àdire la population stationnaire ou décroissante. Et l'on a d'autre part : la vie de production, c'est-à-dire la vie assurée ; la surproduction, c'est-à-dire la surpopulation.
L'on a encore, d'un côté : le bras pour unique outil, le labeur sans trêve, et le souci exclusivement utilitaire. Et l'on a, d'autre part : la machine, le loisir, et l'accès à la vie contemplative.
C'est une différence immense, entre la société humaine et les autres sociétés animales. Mieux encore, ai-je dit : c'est un renversement total.
D'autres différences, non moins importantes, sont à constater aussi, en ce qui regarde l'essentielle question de la hiérarchie.
La hiérarchie est une loi fondamentale, mais qui, dans la cité humaine, comporte au moins cinq correctifs.
Dégageons une fois encore l'idée de hiérarchie, — et tempérons-là par les cinq idées suivantes :
1° Consubslanlialilè ;
2° Solidarité ;
3° Éducation ;
4° Progrès;
5° Sélection.
HIÉRARCHIE ! LA TÊTE ANIMALE ET l'ÉLITE SOCIALE.
La sensation n'est pas la fonction de toutes les cellules qui composent l'animal, mais seulement des cellules spécialisées.
De même Yidèation n'est pas la fonction de tous les individus qui composent la société, mais seulement des individus spécialisés.
Comme la cité physique a les fonctionnaires de la sensation, ainsi la cité politique a les fonctionnaires de Vidèation.
Au faisceau des centres sensoriels, dans le cerveau animal, correspond ainsi le faisceau des centres intellectuels dans ce qu'on peut appeler par analogie le cerveau social.
On dira : l'analogie est forcée. Car, chez l'animal, la sensation est le privilège de quelques cellules seulement; tandis que dans la cité, la raison appartient à tous les individus.
Je conteste cette différence, on le sait, et je rectifie comme il suit. Chez l'animal, Y irritabilité ordinaire appartient à toutes les cellules ; et la sensation proprement dite, à quelques-unes seulement. De même dans la cité, tous les individus ont YinleU'ujence vul-
paire, mais quelques-ans seulement la raison propremenl dite.
En d'autres termes, les cellules du corps chez l'animal ou Métazoaire n'ont que Y irritabilité du Protozoaire, tandis que les cellules du cerveau ont la sensation.
Et les individus de la foule, dans la cité ou Hyperzoaire, n ont guère queï intelligence du Métazoairc, tandis ([ucles individus de l'élite ont la raison proprement dite.
L'irritabilité confuse n'est pas la sensation distincte. La vague et débile intelligence n'est pas la nette et ferme raison.
CONSUBSTANTIALITÉ DE LA TÊTE ET DU CORPS, DE l'ÉLITE