LENTE ACCESSION DE INHUMANITÉ A LA VIE CONTEMPLATIVE
Cette révolution pourtant est loin d'être achevée. Les neuf dixièmes de l'humanité restent encore serfs de l'estomac. Sans doute la culture a profondément changé la situation. Et le grain de blé a déjà mis l'espèce humaine hors de pair. Toutefois, le labeur manuel est un grand esclavage encore. Et ce n'est que tout à fait de nos jours que l'invention de la machine a fait entrevoir un avenir de plein affranchissement. La machine doit, non seulement remplacer, mais encore centupler la force du bras humain. D'où une sur-production inévitable, destinée, après les premiers tâtonnements, inévitables aussi, à créer à l'humanité tout entière ces loisirs, qu'occupera la culture mentale.
Or la machine et les autres inventions industrielles sont dues à la science, laquelle n'est que la spécialisation intellectuelle d'un groupe d'hommes, permise par la « division du travail » dans la société humaine.
Donc la culture mentale est fille du loisir, qui est fils de Yabondance, qui est fille du machinisme, fils lui-
même de la science, elle-même fille de la division du travail, c'est-à-dire de l'association ou de la cité humaine.
\ <>i là la vraie généalogie sacrée.
Il y a donc différence de nature entre l'homme et 1 animal. Mais ecite différence est acquise et sociale, non innée et individuelle.
L'homme n'est pas fait d'autre chose ni d'autre façon que l'animal. Sa substance, c'est du protoplasme, et sa loi c'est Y association, — comme pour tout le reste de la faune. Mais, de ces mêmes éléments, il a su tirer un meilleur parti.
Sa supériorité reste donc entière, mais tout autrement expliquée, — sans rupture avec la nature universelle, sans défi au bon sens et à la science, sans scandale pour la raison, sans blasphème pour Dieu.