‹ La cité mystique de DieuChapitre 1 sur 122 · La cité mystique de Dieu · texte numérisé non relu

La cité mystique de Dieu

Le voyage de la très-sainte Vierge pour aller visiter sainte Elisabeth, et son arrivée chez Zacbarie.

200. En ce temps-là, dit le texte sacré, l'auguste Marie, se levant, se hâta d'aller vers les montagnes, en une ville de Jiida (1). Ce mouvement de notre Reine n'aboutissait pas seulement à une démarche extérieure et au départ pour la maison de Zacharie; il se produisait aussi dans son esprit et dans si volonté, sous une divine impulsion, pour l'aire sortir son ùme de cette pauvre retraite intérieure où elle se tenait dans une fort humble estime d'elle-même. Elle sortit de là comme du pied du trône de Dieu, où elle attendait sa volonté pour en exécuter les ordres, à la manière de la plus humble servante, qui a, selon David, les yeux fixés sur les mains de sa maîtresse (2), afin de saisir les moindres signes de ses commandements. S'éfant donc levée à la voix du Seigneur , elle s'anima des plus douv sentiments pour accomplir sa très-sainte volonté, en h;\tant autant qu'il lui était possible la sanctification du prérur-

(1) Luc, I , 39. - (2) Ps. cxxil ,2.

t. Ml. i

2 I-A r.lTK MYSTIQUE.

seul" du Verbe incarné, qui était dans le sein d'Elisabeth , renfermé, pour ainsi dire^ dans la prison du péché originel. C" était là le but de cet heureux voyage; voilà pourquoi la Souveraine du ciel se leva, et partit avec la diligence que saint Luc exprime dans son Évangile.

201. Or les très-chastes époux Marie et Joseph, ayant quitté la maison de leurs parents et oublié leur peuple (1), se mirent en chemin pour se rendre chez Zacharie dans les montagnes de Judée, qui étaient à vingt-sept lieues de Nazareth ; une grande partie de la route était âpre et rude pour une jeune femme si frêle et si délicate. L'unique res- .source qu'elle eût contre des fatigues si au-dessus de ses forces était un petit animal, dont elle se servit durant tout le voyage. Il n'avait été pris que pour son service et pour son soulagement; néanmoins la plus humble et la plus modeste des créatures en descendait souvent , et priait son époux Joseph de partager les aises aussi bien que les peines, et de se reposer lui-même de temps en temps en y montant à son tour; ce que le discret époux ne voulut jamais faire. Mais pour condescendre en quelque chose aux prières de la divine Marie , il permettait qu'elle marchât de temps en temps à pied avec lui, autant qu'il lui semblait que son tempérament délicat le pouvait souflrir sans une trop grande fatigue. Ensuite le saint lui disait avec beaucoup de respect de ne point refuser ce faible soulagement, ef la Reine du ciel obéissait en se remettant sur .sa monture.

20*2. Ils conthiuaicnt leur voyage dans ces humbles débals, et ils y employaient si bien le temps, qu'il n'y eut aucun moment où ils n'accomplissent quelque acte de vertu. Ils marchaient seuls, sans être accompagnés des créatures humaines; mais les anges qui gardaient la

(1) Ps. XLIV, 11.

Page 1