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couche de Salomon (1), l'auguste Marie, les assistaient en toutes choses; et quoiqu'ils parussent sous une forme visible pour servir leur Reine et son très -saint Fils, qu'elle portait dans son sein, il n'y eut pourtant qu'elle qui les vit; et ayant égard aux anges et à son époux Joseph, la Mère de la grâce marchait avec tant de modestie, qu'elle remplissait par sa présence les champs et les montagnes des doux parfums de ses vertus et des louanges divines, auxquelles elle s'adonnait continuellement. Elle s'entretenait quelquefois avec ses anges, et ils faisaient allernalivement des cantiques divins avec des motifs différents , tirés des mystères de la Divinité et des œuvres de la création et de l'incarnation ; de sorte que dans cet entretien le cœur très-pur de notre Souveraine s'embrasait sans cesse de l'amour de Dieu. Saint Joseph contribuait à tout cela par le discret silence qu'il gardait, recueilli en luimême et absorbé dans une très-sublime contemplation , afin de permettre, pensait-il, à sa pieuse épouse d'eu faire autant.
203. D'autres fois, les saints époux parlaient ensemble et conféraient de beaucoup de sujets relatifs au salut de leur âme, aux miséricordes du Seigneur, à la venue du xMessie, aux prophéties qui l'avaient annoncé aux patriarches, et à divers autres mystères et secrets du Très- Haut. Il arriva à saint Joseph dans ce voyage une chose qui lui causa de l'admiration : il aimait tendrement son épouse d'un amour très-saint et très-chaste, ordonné par une grâce spéciale et une disposition de l'amour divin lui-même (2); d'ailleurs le saint était d'un naturel trèsnoble, très-honnête, très-affable et très-obligeant; tout cela lui inspirait une soUicilude prudente et affectueuse,
(1) Gant., m, 7. — (2) /éirf.; ii, 4.
A LA CITK MTSTIQUK.
à laquelle le portaient déjà la sainteté même et la grandeur qu'il reconnaissait en sa divine épouse, comme en l'objet spécialement favorisé des plus beaux dons du ciel. C'est ainsi que le saint marchait à côté de la très-sainte Vierge, plein de soins et de prévenances, ne cessant de lui demander si elle ne se lassait et se fatiguait point, ou en quoi il pouvait l'aider et la soulager. Or, comme la Reine du ciel portait dans son sein virginal le feu divin du Verbe incarné, le saint éprouvait dans son unie, par les paroles et la convei-salion do son aimabie épouse, des effets tout nouveaux dont il ignorait la cause, si bien qu'il se sentait toujoui's plus enflammé de l'amour divin, et élevé à une plus haute connaissance des mystères qui formaient le sujet de leur entretien, par une flamme intérieure et une nouvelle lumière qui spiritualisaient et régénéraient tout son être; en sorte que plus ils s'avançaient dans le chemin et prolongeaient ces entretiens célestes, plus ces faveurs augmentaient. Aussi saint Joseph comprenait-il que les paroles do son épouse , qui pénétraient son cœur et entUunmaient sa volonté du divin amour, otaiont comme les organes par où ces faveurs lui étaient transmises.
204. Il y avait là quelque chose de si étrange, que le discret époux Joseph ne put manquer d'en être fortemant frappé; mais quoiqu'il n'ignorât point que tout cela lui arrivait par le canal de l'auguste Mario, et que, dans l'admiration où il était, il lui eût été d'une consolation singulière d'en rechercher et d'en apprendre la cause sans une vaine curiosité, sa modestie fut telle, qu'il n'osa lui adresser aucutie <|ueslion pour s'en éolaircir; le Seigneur le disposant de la sorte, parce qu'il n'était pas encore temps de lui découvrir le secretdu grand Hoi (\), qui était ca( hé
(l)Tob.,xn,7
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dans le sein virginal. La divine Souveraine regardait son époux , connaissant tout ce qui se passait au fond de son cœur; et réfléchissant en elle-même avec sa prudence ordinaire, elle vit bien qu'il fallait naturellement que son très-cher et très-chaste époux s'aperçût bientôt de sa grossesse, et qu'elle ne la lui pouvait pas cacher. Notre aimable Reine ignorait alors les voies dont Dieu se servirait pour conduire ce mystère; mais quoiqu'elle n'eût reçu à cet égard aucun ordre du Seigneur, son extrême prudence et sa propre discrétion lui apprirent combien il était bon de cacher à son époux ce divin secret, comme le plus grand de tous les mystères : ainsi, après que l'ange le lui eut annoncé , elle le tint caché sans le découvrir à saint Joseph, ni alors ni plus fard, quand il éprouva de telles angoisses en connaissant la grossesse de Marie, comme nous le dirons ci-après.
203. 0 discrétion admirable ! ô prudence plus qu'humaine! Notre auguste Souveraine s'abandonna entièrement à la divine Providence en attendant ce qu'elle en ordonnerait; mais elle ressentit quelque peine en prévoyant qu'elle ne pouvait ni empêcher ni dissiper d'avance ses perplexités. Ce qui augmentait ses peines, c'étaient les réflexions qu'elle faisait sur les grands soins que le saint prenait de sa personne, et auxquels elle croyait devoir un juste retour en tout ce qui lui serait prudemment possible. Elle adressa à ce sujet une prière particulière au Seigneur, lui représenta ses pénibles sentiments, son désir de bien faire, et le besoin que Joseph avait de son secours dans l'occasion qu'elle prévoyait , et le pria de l'assister et de la diriger en toutes choses. Dans celte anxiété, notre divine Maîtresse exerça des actes héroïques de foi , d'espérance, de charité, de prudence, d'humilité, de patience et do force, donnant la plénitude de sainteté à toutes ses ac-
lions, et exécutant toujours ce qu'il y avait de plus parfait.
206. Ce fut le premier voyage que le Verbe incarne lit on ce monde, quatre joui-s après y avoir fait son entrée : l'ardent amour qu'il avait ne put point souffrir de plus longs retards; il fallait que déjà il se mît, en commençant la justitication des mortels par celle de son divin Précurseur ({), à allumer le feu qu'il venait répandre. C'est pourquoi il communiqua cette ardeur à sa très-sainte Mère, afin qu'elle allât en diligence visiter Elisabeth (2). L'auguste Souveraine sei*vit dans cette circonstance de char au véritable Salomon; mais bien plus riche, mieux orné et plus léger que celui du premier, auquel le môme Salomon la compara dans ses cantiques (3) : ainsi cette sortie fut beaucoup plus glorieuse, plus agréable et plus magnilique pour le Fils unique du Père, parce qu'il se trouvait bien mieux dans le sein virginal de sa Mère, où il jouissait des saints transports d'amour au milieu desquels elle l'adorait, le bénissait, le contemplait, lui parlait, l'écoutait et lui répondait; car elle seule, qui était alors la dépositaire de ce divin trésor et la confidente d'un mystère si inctl'able , lut rendait plus d'honneur et lui témoignait bien plus de reconnaissance pour les faveurs qu'elle et tout le genre humain en recevaient, que tous les honnnes et les anges ensemble ne l'auraient su faire.
207. Durant le trajet qu'ils parcoururent en quatre joui"», nos saints voyageui-s ne pratiquèrent pas seulement les vertus qui ont Uieu pour objet et beaucoup d'autres intérieures, mais ils accomplirent aussi plusieurs actes de cliarité envers le prochain, parce que notre charitable Kcinc ne pouvait pas étie oisive en présence de ceux qui
(1) Luc, XU , 49. — (2) Ibid., i , 39. — (3) Cunl., ni , 9.
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avaient besoin de secours, lis ne trouvaient pas partout le uiôme accueil ; car quelques-uns , se laissant aller à leur naturelle insouciance, les congédiaient brusquement, tandis que d'autres, mus de la divine grâce, les recevaient avec plaisir et bonté. Mais la Mère de la miséricorde ne refusait à personne celle quelle pouvait exercer ; c'est pourquoi elle n'en laissait échapper aucune occasion; et si elle pouvait décemment visiter ou chercher les pauvres, les malades et les affligés, elle les secourait et les consolait, ou bien elle les guérissait de leurs maladies. Je ne m'arrête point à raconter tous les faits de ce genre. Je dirai seulement l'heureuse rencontre qu'une pauvre fille malade eut de notre grande Reine dans un village par où elle passait, au premier jour de son départ. La charitable Marie la vit, et, touchée de compassion de l'état dangereux où elle se trouvait, elle se serxit de son pouvoir, et, comme Maîtresse des créatures, elle commanda à la lièvre de quitter cette tille, et aux humeurs de reprendre leur cours et leur tempérament naturel. Grâce à ce commandement et à la très-douce présence de la bienheureuse Vierge, le corps de la malade recouvra aussitôt une parfaite santé, et son âme un meilleur état : elle vécut ensuite fort saintement, parce qu'elle ne perdit jamais le souvenir de sa bienfaitrice; elle en conserva toujours l'image dans son imagination, et elle lui porta toute sa vie un amour intime, quoiqu'elle ne revit plus notre divine Souveraine , et que ce miracle ne fût point divulgué.
"208. Le quatrième jour de leur voyage ils arrivèrent à la ville de Juda, qui était le lieu où Elisabeth et Zacharie demeuraient. C'était le nom propre de cette ville, que les parents de saint Jean habitaient alors, et c'est pour cela que l'évangéliste saint Luc l'appelle Juda (1), quoique la
(i)Luc.,i,3a.
8 LA CITÉ MTSTIQCE.
plupart des commeiitaleurs de l'Évangile aient cru que ce n'était pas son nom propre, mais qu'elle le tirait de cette province qu'on appelait Jvcla ou Judea, par la même raison qu'on appelait aussi montagnes de Judée celles qui de la partie australe de Jérusalem s'étendent vers le midi. Mais ce qui m'a été manifesté, est que la ville était appelée Jiula, et que l'évangélisle la nomme par son propre nom, bien que les docteurs aient pris counnunément pour le nom de Juda celui de la province où elle se trouvait. Cela vient de ce que celle ville, appelée Juda, lut ruinée quelques années après la mort de Notre-Seigneur Jésus-Christ; et comme les commentateurs n'en ont trouvé nulle part aucune mention, ils ont cru que saint Luc, par le nom de Juda, avait entendu la province et non point le lieu; et c'est à cela qu'il faut attribuer les diverses opinions sur la question de savoir quelle était la ville où la Visitation a eu lieu.
209. Or, puisqu'il m'a été ordonné d'éclaircir ce point à cause de la difficulté qu'il peut présenter, je déclare, en faisant ce que l'obéissance m'a prescrit en ce cas, que la maison de Zacharie et d'Elisabeth où se fit la Visitation, se trouvait à l'endroit même dans lequel ces mystères divins sont maintenant honorés par les fidèles qui habitent les saints lieux de la Palestine, et par les pèlerins qui y vont satisfaire leur dévotion. Et bien que la ville de Juda, où était la maison de Zacharie, ait été détruite, le Seigneur ne permit point que l'on perdit entièrement la mémoire de lieux si vénérables , témoins de tant de mystères et consacrés parles pas de la très-pure Marie, de Notre-Seigneur Jésus-Christ, de Jean-Haptistc et de ses saints parents. Ainsi les anciens fidèles qui firent construire ces églises cl qui réparèrent ces sanctuaires, furent éclairés, indépendamment du fiambeau de la tradition, d'une lumière di-